A Madagascar, la messe très attendue du « pape des pauvres »

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©Mamyrael

Près du million de Malgaches venus des quatre coins du pays, et 3 000 voisins réunionnais, se sont rassemblées dimanche en lisière de la capitale, Antananarivo, pour assister à la grande messe du pape François, point d’orgue du deuxième jour de sa visite dans la « Grande île ». 

L’Église catholique locale attend jusqu’à 800 000 personnes à « Soamandrakizay » (« Un bien pour l’éternité » en langue locale), un ancien vignoble de 60 hectares spécialement aménagé, pour y entendre le message du Saint-Père. Dès l’aube, la capitale malgache a été parcourue de Malgaches prenant la route pour assister à la messe du pape. Pour cette messe exceptionnelle, des fidèles de tout le pays sont arrivés ces derniers jours à Antananarivo, hébergés sous des tentes installées dans les cours des paroisses et des écoles.

Au départ de l’église d’Andravoahangy, 5 000 pèlerins ont ainsi entamé un parcours de deux heures à pied sous une bise froide. Non sans conseils du président du comité pastoral de l’église, Jean-Yves Ravoajanahary. « On ne se sépare pas sur le chemin ! », a-t-il crié. « La route est très dangereuse, c’est l’heure des pickpockets et des bandits qui sortent pour dépouiller les gens qu’ils croisent sur leur chemin », explique-t-il. Au petit matin, l’une des voies de la route qui mène au lieu de rassemblement était noire de monde, l’autre concentrait un vaste embouteillage de voitures. Sur le chemin, Hery Saholimanana accélère le pas. « J’ai peur d’arriver après l’heure limite d’entrée des fidèles, fixée à six heures du matin à Soamandrakizay », confie cet étudiant en informatique de 23 ans, parti de chez lui à trois heures.

« Message fort aux leaders » 

Rado Niaina, 29 ans, a pris la route encore plus tôt depuis la banlieue sud d’Antananarivo. « J’ai hâte de voir le pape » dont il dit attendre « un message fort à l’endroit des leaders politiques pour la lutte contre la corruption et le népotisme ». Samedi, lors d’une rencontre avec les autorités politiques et civiles du pays, le pape avait appelé à lutter contre « la corruption et la spéculation qui augmentent la disparité sociale » évoquant « la grande précarité » parfois « inhumaine » de la population de l’île.

L’instabilité politique du pays a freiné son développement économique, essentiellement basé sur l’agriculture, avec notamment l’exportation de la vanille et du cacao. Considéré comme écologiste, François Ier a poussé ce samedi un cri d’alarme face à « la déforestation excessive » de Madagascar, en suggérant aux autorités de créer des emplois respectueux de l’environnement et de lutter contre la corruption. Le pape a aussi recommandé de « créer des emplois et des activités génératrices de revenus qui respectent l’environnement et aident les personnes à sortir de la pauvreté ». « Il ne peut pas y avoir de véritable approche écologique, ni un travail concret de sauvegarde de l’environnement, sans l’intégration d’une justice sociale », a insisté néanmoins le souverain pontife.

A Madagascar, cinquième plus grande île du monde (587.000 km2) où les neuf dixièmes de ses 25 millions d’habitants vivent avec moins de deux dollars par jour, beaucoup d’habitants ne mangent pas à leur faim et ne vont pas à l’école. Le long des routes de la capitale, une foule ardente et pauvre a guetté samedi le passage de la voiture du pape, progressant sur des routes accidentées le long de rizières, bordées de fours à briques artisanaux et de modestes étals de fruits. Majoritairement chrétienne avec un tiers de catholiques, les institutions religieuses jouent un rôle fondamental dans l’éducation et la santé. La dernière visite d’un pape, Jean-Paul II, à Madagascar, remonte à trente ans.

« Le bras de Dieu » 

Dans l’après-midi, le pape argentin est attendu dans la cité d’Akamasoa (« Bons amis » en malgache). Son fondateur, le père Pedro, Argentin comme le pape, a sorti des milliers de personnes de la misère en créant sur les immondices d’une ancienne décharge une ville de 25 000 habitants. Sa genèse remonte à 1989, ses maisonnettes à un étage, couleur pastel, semblent tout droit sorties d’un conte pour enfants.

Mais l’odeur insoutenable des déchets et les colonies de mouches tenaces rappellent l’immédiate proximité des déchets qui s’accumulent toujours sur des mètres de hauteur. Figure incontournable du catholicisme à Madagascar, le père Pedro, 71 ans, y est considéré comme « le bras de Dieu » voire « le deuxième pape » par ceux qui lui doivent une vie meilleure.

Les écoles d’Akamasoa, financées par des dons, accueillent plus de 14 000 élèves nourris sur place. Lors de cette visite, François prononcera aussi « une prière pour les travailleurs » sur le site d’une carrière gérée par la cité. Il terminera sa journée par une rencontre avec les prêtres, religieux et religieuses du pays, avant une visite-éclair lundi sur l’île touristique et multi-ethnique de Maurice, où 5 000 Réunionnais sont également attendus.

Avec AFP.

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