À La Réunion, les ENR en première ligne : de nouveaux parcs et une prison modèle

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La prison de Badzour à La Réunion ©DR / DMF

Pour l’instant, même s’il ne répond pas complétement aux besoins, l’unanimité des territoires semble se dessiner autour du renouvelable : moindre investissement, durabilité incontestée et amortissement rapide. « Si la question de l’intermittence se règle comme cela semble être le cas grâce au stockage, l’avenir des ENR sera assuré ». Et à l’heure où l’état des prisons Outre-mer pose question en termes de droits humains, la prison de Badzour apparait comme véritable modèle d’inspiration mêlant énergies renouvelables et réinsertion professionnelle. 

Malgré ces atouts, la question sur une île où le foncier est peu disponible restera « où mettre centrales solaires et éoliennes » ? Une question retrouvée au niveau administratif dans tous les DROM sauf peut être en Guyane où l’espace ne manque pas.

Alors comment produire plus sans conflits d’usage des terres ? 

Les producteurs se sont lancés dans ce qu’ils nomment le « repowering ». Il s’agit de renforcer et d’augmenter la puissance des champs existants. C’est ainsi que les deux principaux sites historiques de Sainte rose (EDF SEI) et Sainte Suzanne à La Réunion vont démanteler les installations pionnières d’éoliennes anticycloniques de Marc Vergnet. « A St Suzanne, nous allons en remplacer 37 par 8 plus grosses, dernière génération à trois pales » précise Gaël Vallée responsable Océan indien (QUADRAN devenu Direct Energie et repris par TOTAL).

David Augeix (le Directeur Régional Sud et Outremer de RDF Renouvelable) et Jerôme Billerey, responsable DOM SER (syndicat des énergie renouvelables) sur la centrale de Saint-Rose ©EDF Renouvelables

David Augeix (le Directeur Régional Sud et Outremer de EDF Renouvelable) et Jerôme Billerey, responsable DOM SER (syndicat des énergie renouvelables) sur la centrale de Saint-Rose ©EDF Renouvelables

Là où les 37 éoliennes fournissent chacune 275 kW, (soit 10 MW pour le parc) avec une production annuelle moyenne constatée de 12 Giga Wattheure par an, les huit éoliennes dernier cri délivreront chacune 2 000 kW (soit un parc de 18 MW) avec une production annuelle attendue de 40 Giga Wattheure par an. Pour les élus, Sainte-Suzanne est désormais devenue un site emblématique et son engagement dans l’application des objectifs de développement durable (ODD) en font un site exemplaire pour demain.

Conformément aux obligations de la CRE (commission de régulation de l’énergie), il faudra installer des stockages qui permettront de « lisser » la production et de décaler les productions très fortes à midi vers les heures de pointe de17/18H. Si les nouvelles éoliennes n’ont plus le pouvoir de se coucher en cas de cyclone elles ont été conçues pour résister aux vents les plus violents. A partir d’une certaine vitesse elles s’arrêteront pour ne pas s’emballer.

A plus petite échelle, les expériences fourmillent

Outre la multiplication des équipements individuels (photovoltaïque pour l’eau chaude et l’électricité domestique ) , les innovations deviennent des vitrines et encouragent au développement.

Champ de Sainte-Suzanne ©DMF

Champ de Sainte-Suzanne ©DMF

Grace à Akuo Energy, la bataille du foncier entre les centrales solaires et l’agriculture s’apaise à certains endroits. Eric Scotto, président d’Akuo Energy aime le répéter « nous développons des centrales d’énergies renouvelables en cohérence avec le développement du territoire », créant ainsi plus de valeur pour la collectivité. Pour cela Akuo loue les terres et les met gratuitement à la disposition des agriculteurs des coopératives. Des fermes photovoltaïques voient le jour : culture de fleurs, de plantes aromatiques ou cultures de Vanille qui trouvent leur place sous ombelle solaire à Saint Louis… Ces modèles sont également portés par l’industriel aux Antilles

La centrale de Bardzour, une prison modèle ?

En créole réunionnais, Bardzour signifie aube naissante. Le premier étonnement en découvrant ce site s’accroche à la verdure et à l’espace qui entourent le quartier haute sécurité à gauche et les bâtiments des peines moindres en face des serres.

Les serres d’Akuo ©DMF

Les serres d’Akuo ©DMF

Bardzour a été largement médiatisée en 2014, comme lauréate de la campagne « my positive impact » porté par la Fondation Nicolas Hulot. C’est une initiative impressionnante. Deux hectares d’arboretum avec 48 espèces endémiques ou fruitières « lontan » permettent l’accueil des familles des détenus qui peuvent même y pique-niquer. Puis on découvre 7 immenses serres anticycloniques, équipées de panneaux solaires, un parcours de santé, et surtout une couronne de panneaux solaires, connectés au centre, et qui alimentent en plus 13 000 habitants, soit 30% de la consommation de la ville du Port. Une quarantaine d’emplois ont été créés. D’une puissance de 9 MWc la centrale combine 8,4 MWc de panneaux au sol installés sur le no man’s land du centre de détention de la commune du Port, à l’ouest de l’île, et 0,6 MWc installés sur 6 000 m2 de serres Agrinergie®.

Bardzour a en outre été associé à un programme de réinsertion ambitieux : durant la phase de chantier, plus de 15 000 heures ont été dédiées à la formation pour la réinsertion sociale de prisonniers en fin de peine de la prison, apportant à ces détenus des compétences en matière de construction d’unités photovoltaïques.

Le chantier fini, chaque matin les prisonniers sont amenés et repartent le soir dans leur cellule. Ils n’ont pas un régime dérogatoire, ils ont dû passer devant le juge d’application des peines pour travailler à l’extérieur du centre de détention sous les serres.

Sanassy Duquesne directrice de l’opération Agriterra ©DMF

Sanassy Duquesne directrice de l’opération Agriterra ©DMF

Six détenus y sont formés annuellement par la société Agriterra partenaire du centre. Sous les serres construites sur les 36 ha d’emprise agricole, les détenus s’initient à l’agriculture bio. Ici poussent des salades -mâche, mesclun-, des épinards, des plantes aromatiques, des fleurs de capucines, mais aussi des fruits de la passion, des fleurs coupées… Tout est cultivé en bio. Les graines arrivent certifiées de métropole. Au départ du projet les serres devaient alimenter la cantine centrale de la prison, mais les prisonniers ne sont pas fans de légumes !

Certains détenus ont pu trouver un travail en sortant : un a été embauché à Saint Louis dans une pépinière, un autre s’occupe de maraichage à St Joseph. Huit d’entre eux ont même étaient formés à l’apiculture avant que les 60 ruches du site ne soient touchées par le varoa qui a décimé les abeilles.

Certes, nous n’avons pas visiter les cellules des prisonniers pour juger de l’état des lieux de détention, mais quand on considère l’établissement de la prison de Rémire en Guyane qui souffre tant actuellement du manque de place, de frigidaire, de douches…, la réplication du modèle Bardzour pourrait être bénéfique, ne serait ce qu’en équipement solaire et en fourniture d’espace.

Dominique Martin Ferrari, Métamorphoses Outremers. 

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