Biodiversité en Guyane : Du mercure dans l’alimentation des populations autochtones (étude IRD)

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© C. Furger À Vila Brasil (Brésil), en face de Camopi (Guyane française), de l’autre côté de l’Oyapock
Une étude de l’IRD menée dans le bassin guyanais où sont installées des mines d’or artisanales montre la présence de mercure liée à ces activités dans l’environnement, ainsi que l’imprégnation des poissons piscivores et des communautés natives qui s’en nourrissent.

Dans cette nouvelle étude, les chercheurs de l’IRD se sont intéressés à l’impact de ce type de mines d’or dans le bassin du fleuve Oyapock, située en Guyane française, le long de la frontière brésilienne, et alimentée par la rivière Camopi. Entre mars 2010 et octobre 2013, les scientifiques ont effectué 46 prélèvements dans les sédiments, les sols et les eaux de surface. Ils ont aussi échantillonné 317 poissons et 111 cheveux humains parmi les populations Wayãpis et Teko, des communautés autochtones établies sur différents sites du bassin de l’Oyapock.« Le bassin de l’Oyapock présente surtout l’intérêt de posséder des régions orpaillées et d’autres qui ne le sont pas : c’était une caractéristique essentielle pour pouvoir évaluer les différences d’imprégnation mercurielle dans l’environnement aquatique entre les zones exploitées et celles qui ne sont pas touchées par ces activités », explique Laurence Maurice. Jusqu’ici, les recherches similaire menée en Bolivie par la même équipe n’avaient pas réussi à détecter un apport de mercure lié directement à l’exploitation d’or alluvial car les bassins hydrographiques y sont trop grands et les dynamiques hydrologiques et sédimentaires trop puissantes. La taille restreinte du bassin de l’Oyapock, ainsi que la dynamique hydro-sédimentaire des petites criques ont permis de lever ces obstacles.

Les résultats ont mis en évidence un apparent paradoxe entre la distribution de mercure dans l’environnement et les impacts sanitaires: les zones d’orpaillage et où les poissons sont les plus concentrés en mercure ne sont pas celles où l’imprégnation humaine est la plus élevée. « Il y a cependant une explication. À Trois Sauts, un village éloigné des sites d’exploitation de l’or, les populations natives sont contaminées du fait de leur régime alimentaire : isolées, elles ont un mode de vie très traditionnel, basé sur la chasse, la culture du manioc et la pêche. Cette communauté consomme donc régulièrement des poissons dont certains présentent de fortes concentrations en mercure. Aux alentours de Camopi, un village en amont duquel se concentrent des sites d’orpaillage, la situation est différente : il y a une épicerie et il suffit de traverser le fleuve pour atteindre la berge brésilienne, où sont regroupés de nombreux petits commerces. Les habitants ici ont donc accès à d’autres aliments, notamment industriels, ce qui réduit leur consommation de poissons », commente Laurence Maurice.

© IRD/Laurence Maurice Poissons pêchés sur le fleuve Oyapock par des Wayãpis pour l'analyse du mercure et le traçage de ses sources par isotopie

© IRD/Laurence Maurice
Poissons pêchés sur le fleuve Oyapock par des Wayãpis pour l’analyse du mercure et le traçage de ses sources par isotopie

Amélioration de la prévention auprès des populations

Les chercheurs sont parvenus à quantifier l’impact de l’orpaillage sur la contamination au mercure de l’environnement aquatique (jusqu’à 70 % dans les sédiments de criques orpaillées), et d’autre part, parce qu’ils permettent de renforcer la prévention visant les populations autochtones locales. Ces travaux ont ainsi pu permetttre l’élaboration d’affiches préventives, en coordination avec l’Agence régionale de santé en Guyane et le Parc amazonien de Guyane, expliquant quelles espèces de poissons étaient les plus contaminées par le mercure (celles en bout de chaîne, dites piscivores) et dont il fallait éviter la consommation, notamment pendant la grossesse. « Les effets d’une exposition in utero au mercure sont irréversibles et vont d’un retard du développement mental et moteur à des malformations graves, des problèmes de vision mais aussi des atteintes du système immunitaire », décrit la spécialiste. À partir de cette année, ce travail sera prolongé par une étude sur l’exploitation durable de l’or, cette fois-ci à l’échelle des trois Guyanes (la Guyane française, le Guyana et le Suriname).

Le mercure est un métal toxique qui peut être rejeté dans l’environnement via des processus naturels, tels que le volcanisme ou l’érosion des sols, mais aussi par les activités humaines comme l’orpaillage. Les mines artisanales et à petite échelle (ASGM, pour artisanal and small-scale gold mining ) sont celles qui contribuent le plus aux rejets de mercure : 775 tonnes ont été relâchées dans l’atmosphère en 2015 et 800 tonnes aboutissent dans des réserves d’eau douce chaque année.

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