TRIBUNE : « Il ne faut pas plus mais mieux d’Etat en partenaire de notre ambition pour La Réunion » demande Éric Leung

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Pour Éric Leung, Président de la CPME Réunion, « l’heure n’est plus à obtenir des moyens financiers supplémentaires mais à se montrer capable et responsable pour les mettre en œuvre dans un projet collectif », écrit-il dans une tribune publiée sur Outremers360. La semaine dernière, le représentant des petites et moyennes entreprises réunionnaises s’exprimait sur l’inclusion qui « ne se décrète pas » mais « se planifie »

Nous avons coutume de dire que les Réunionnais sont résilients. L’histoire récente nous le démontre. Entre la crise financière de 2009, le Chikungunya, le risque requin, les aléas climatiques, les Gilets jaunes et maintenant la COVID, grâce à la mobilisation de l’Etat et des collectivités locales et surtout au courage et à la détermination de nos entreprises, nous avons réussi à préserver notre écosystème économique et social. Nous, Réunionnais, pouvons, avec fierté, croire en l’intelligence collective qui a animé nos engagements durant ces périodes difficiles.

Des inquiétudes légitimes s’expriment néanmoins chez nombre de nos collègues chefs d’entreprises. Nous devons reconnaitre que grâce aux dispositifs d’accompagnement de l’Etat –certes insuffisants pour certains – et au sens de la responsabilité et de la solidarité de nos entrepreneurs, la société réunionnaise, que certains croyaient trop fragile, a affronté sans fractures majeures, ce choc d’une violence inouïe et exceptionnelle qu’est la Covid.

Le risque sanitaire reste présent et appelle à la vigilance : nous sommes peut-être dans l’œil du cyclone. Les fondamentaux économiques de nos entreprises sont profondément dégradés et les perspectives de reprise sont fragiles voire absentes pour certains secteurs comme le tourisme.

C’est pourquoi, il nous faut rapidement consolider des mesures de sauvegarde et engager un ambitieux plan de relance pour construire un futur désirable avec nos concitoyens. Un plan que nous entendons baser sur 3 convictions : l’inclusion, une meilleure gouvernance territoriale et un effort soutenu pour la structuration et le soutien à nos filières.

Il faut en effet, en premier lieu que cette croissance, que nous construirons tous ensemble, soit plus inclusive. On ne peut accepter que le retard de développement entre La Réunion et les autres départements français soit encore de 30 % malgré des années de politiques spécifiques et de larges soutiens financiers. Ce retard interpelle sur l’efficacité des investissements publics réalisés et les efforts de compétitivité de nos entreprises. On ne peut accepter qu’un jeune réunionnais sur deux soit au chômage et que beaucoup d’entre eux, sortis sans formation du système scolaire, ont abandonné l’idée d’avoir accès à un emploi. Nous travaillons d’ailleurs à un rapprochement entre les entreprises dites traditionnelles et les acteurs de l’insertion par l’activité économique pour trouver des solutions innovantes. Comme nous avons pu le dire par ailleurs, ces passerelles sont indispensables.

En outre, pour répondre aux enjeux, les difficultés constatées, par exemple, ces derniers mois dans la mise en œuvre du plan régional d’investissement dans les compétences (PRIC) nous montrent l’urgence de retrouver une gouvernance territoriale dynamique. Nous appelons depuis longtemps à la consitution d’une Conférence Territoriale de l’Action Publique (CTAP) élargie à l’ensemble des collectivités locales et aux représentants du monde économique. Cette instance pourrait anticiper, adapter et ancrer les investissements publics avec pour finalité la maximisation de chaque euro investi sur notre île.

Malgré un calendrier électoral constamment chargé, nous devons retrouver notre capacité à travailler ensemble pour l’intérêt général et au service du développement durable de notre île. En mettant de côté nos ambitions personnelles et nos guerres d’ego. La grande majorité des Réunionnais et nos entreprises, comme les partenaires sociaux, nous le demandent. C’est le message que nous porterons dans les semaines à venir à l’ensemble des maires et des Présidents des intercommunalités que nous rencontrerons.

Au niveau national, la CPME Réunion plaide pour l’urgence à sortir de cette culture de la mendicité législative dans laquelle certains ont voulu nous enfermer, pour fixer de nouvelles règles plus claires et inscrites dans le temps pour les économies ultramarines. Un statut d’entreprise ultramarine qui sera cohérent avec la reconnaissance que nous accorde le droit européen et qui nous assurera la stabilité des règles de droit et des investissements nécessaires au développement de nos entreprises et de nos territoires. Il ne s’agit pas de charité mais d’équité et de discriminations positives.

Il nous faut enfin poursuivre le travail engagé sur la structuration de nos filières économiques et l’ancrage territorial. La CPME Réunion œuvre depuis longtemps pour la reconnaissance et la valorisation des artisans et du savoir-faire « péi ». Nous proposons une circulation plus harmonieuse des flux économiques sur le territoire et pour le territoire. Nous militons pour des politiques publiques engagées, via des Espaces d’initiatives territoriales mobilisés dans une dynamique sociétale. Ils peuvent permettre le redéploiement d’une économie locale forte pour un rayonnement de La Réunion, positionnée comme plateforme avancée de l’Europe indocéanique.

C’est le sens de la dynamique Ré-Enraciner l’Économie LocaLE (REELLE) pour proposer une vision du développement économique durable fondée sur les échanges locaux. Par une diversification et une densification de nos entreprises et de nos produits et services. Loin d’un repli sur soi, il s’agit de promouvoir des valeurs communes mettant en avant les opportunités de développement de nouvelles offres locales afin de mieux répondre aux besoins et attentes des réunionnais. Ce nouveau monde que certains appellent de leurs vœux depuis quelques semaines, nous y travaillons depuis plusieurs années pour une vraie transition écologique et une croissance inclusive.

Ces évolutions sociétales ne se décrètent toutefois pas malgré des incantations à « consommer local ». Elles se planifient dans la recherche de partenariats gagnant-gagnant entre les acteurs du territoire et la population réunionnaise.

Pour conclure, il nous semble manifeste que les énergies conjuguées de l’Etat français et de l’Europe, mais aussi des collectivités locales, nous offrent pour les trois prochaines années, au moins, des lignes budgétaires généreuses pour financer une nouvelle trajectoire de développement pour La Réunion. Il nous appartient de saisir cette formidable opportunité. L’heure n’est plus à obtenir des moyens financiers supplémentaires mais à se montrer capable et responsable pour les mettre en œuvre dans un projet collectif.

Et nous ne pourrons le faire que si nous nous retrouvons tous unis pour proposer une vision réunionnaise de développement à un Etat-stratège à même de relayer nos choix et de veiller au respect de l’intérêt général. Pour notre part, nous serons actifs dans au moins trois secteurs prioritaires que sont le développement de notre potentiel agricole, le tourisme durable et l’économie circulaire.

C’est notre façon, à la CPME Réunion, de « Choose La Réunion » et de nous conforter dans un syndicalisme de projets et de proximité et non d’appareil.

Eric Leung, Président de la CPME Réunion

TRIBUNE. « L’inclusion sociale dans nos TPE-PME ne se décrète pas, elle se planifie » selon Éric Leung, président de la CPME Réunion

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