Tribune de Léon Bertrand: « Une opportunité de développement intégré de la Guyane dont seuls les Guyanais peuvent légitimement décider de l’acceptabilité »

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© Cie Minière Montagne d’Or

En plus d’être un projet économique d’envergure, la Montagne d’Or est aussi éminemment un projet politique qui suscite actuellement beaucoup d’interrogations. Pour Léon Bertrand, le maire de Saint-Laurent du Maroni, le projet de la Montagne d’Or doit être largement débattu au sein de la société guyanaise Nous publions ici la tribune qu’il lui est consacré.

© Facebook Léon Bertrand

© Facebook Léon Bertrand

 

Projet de la Montagne d’or  : Une opportunité de développement intégré de la Guyane dont seuls les Guyanais peuvent légitimement décider de l’acceptabilité 

Le projet de la Montagne d’or constitue bien plus qu’un seul projet d’exploitation aurifère. C’est une opportunité de développement intégré de la Guyane dont seuls les Guyanais peuvent légitimement décider de l’acceptabilité. Cette nécessaire consultation des Guyanais implique la préalable mise en place d’une campagne d’information complète et transparente sur le sujet. 

 

 

Le projet Montagne d’or, une opportunité de développement intégré de la Guyane française 

Le projet d’exploitation aurifère de la Montagne d’Or se situe sur le territoire de la commune de à 125 km de Saint-Laurent du Maroni dans l’Ouest de la Guyane française. Il est porté par la Compagnie Minière de la Montagne d’Or, co-entreprise du Russe Norgold et du Canadien Colombus Gold.

Après une phase d’exploration et de forages (2011-2013), le projet se situe aujourd’hui à la fin des études de faisabilité et d’impact (2014-2017). Il va bientôt entrer dans sa phase de demandes d’autorisations environnementales et minières (fin 2017-2018). Si l’autorisation d’exploitation est accordée, la construction du projet et la phase de production de l’or s’étendraient de 2019 à 2034. Le projet s’achèverait par la réhabilitation et le suivi du site pendant une durée de 35 ans.

Dans le contexte actuel de la Guyane, ce projet constitue une véritable opportunité de développement intégré du territoire guyanais. Le minier deviendrait le moteur du développement d’un territoire caractérisé par des besoins massifs et urgents en matière d’emploi, de formation, d’infrastructures, d’activités économiques…

Alors qu’à ce jour aucun projet d’envergure n’est proposé pour le territoire guyanais, la compagnie minière annonce 900 emplois à venir en phase de construction (dont 90% de recrutement local) ; 750 emplois directs en phase de production; plus de 3000 emplois indirects et induits…et le développement de filières locales de sous-traitance.

En outre, le projet constituerait un véritable levier pour l’économie guyanaise avec 780 millions d’euros d’investissements annoncés, 1 milliard de salaires et revenus versés, 350 millions de cotisations sociales versées et 350 millions de retombées fiscales (source : Montagne d’or).

Enfin, dans un territoire en manque de filières de formation pour les jeunes, le projet permettrait la mise en place d’une filière de formation aux métiers de la mine industrielle afin de répondre aux besoins de main d’œuvre dans plus de 50 métiers.

Le site de la Montagne d'Or, à 125km du Saint-Laurent du Maroni © Columbus Gold

Le site de la Montagne d’Or, à 125km du Saint-Laurent du Maroni © Columbus Gold

Une nécessaire campagne d’information 

Comme tout projet industriel, celui de la Montagne d’or pose la question centrale de son acceptabilité. En d’autres termes, il s’agit de répondre à la question suivante : au regard de nos besoins, quelles contraintes et quels risques sommes-nous prêts à accepter ?

Alors que nous acceptons les risques liés au spatial et au barrage de Petit-Saut, car ils répondent notamment aux besoins du territoire, pourquoi ne pas nous interroger objectivement, sans à priori, sur ceux liés au projet de la Montagne d’or ? Chaque Guyanais est capable de se faire son propre avis sur la question. Mais pour cela, chacun doit pouvoir avoir accéder à une information complète et transparente sur la question.

A mon niveau, j’ai favorisé cela en acceptant la demande des opposants au projet de diffusion d’un documentaire au cinéma municipal, la tenue d’un stand d’information par la compagnie minière, et l’organisation prochaine d’une journée d’information réunissant les différents acteurs du projet (opposants, compagnie minière…). D’ailleurs, les médias ont aussi leur rôle à jouer : diffusion de reportages, organisation de débats…

Carte des ressources minières en Guyane © BRGM

Carte des ressources minières en Guyane © BRGM

Le choix appartient aux Guyanais 

Sur la base des informations qui m’ont été communiquées et dans le contexte guyanais actuel, je suis favorable à un projet de développement intégré du territoire dont le minier serait le moteur. C’est une opportunité à étudier attentivement.

Quel autre projet, d’envergure équivalente, nous est proposé pour répondre à l’ampleur et à l’urgence des besoins du territoire (emploi, formation…) ? Aucun à ce jour. Or, l’élu local expérimenté et responsable que je suis ne peut se permettre de ne pas prendre en compte une telle opportunité.

Dans la conjoncture économique actuelle, l’exploitation aurifère ne cessera probablement pas. Je préfère donc un projet d’exploitation encadré par la loi, soucieux des populations et de l’environnement, à un orpaillage illégal ravageur à tous points de vue (pollution, économie souterraine, délinquance…).

Par contre, je refuse d’imposer mon point de vue aux Guyanais. De la même manière, je ne pense pas que les associations internationales qui s’opposent au projet doivent couvrir la voix des Guyanais sur le sujet. Les protestations d’une minorité très active et très visible ne doivent pas occulter le point de vue de la majorité des habitants du territoire.

Chacun est libre d’avoir un avis sur la question, certes. Mais au final les seuls légitimes pour décider sont celles et ceux qui vivent les réalités du territoire au quotidien. La Guyane n’est pas un espace sous cloche ; c’est un territoire où vivent des hommes et des femmes qui veulent décider de leur destin. Le mouvement de mars dernier l’a rappelé.

Privilégier le dialogue et le débat d’idées pour inventer un modèle transposable 

Dès le début, j’ai insisté sur la nécessité d’un dialogue constructif entre les différents acteurs du projet. L’absence de dialogue entre la société minière et les opposants au projet mènera droit dans le mur. Le débat d’idées fait avancer les choses. L’enjeu est de faire émerger un modèle transposable ailleurs, de concilier économie, respect des hommes et de l’environnement. Or pour cela, il nous faut tous nous mettre autour de la table pour échanger et trouver des solutions, ensemble. La solution de l’équation n’est pas dans A ou B mais probablement dans C…Charge à nous Guyanais de l’inventer.

Léon BERTRAND

Maire de Saint-Laurent du Maroni
Président de la Communauté de Communes de l’Ouest Guyanais

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