Tribune d’Antoine Karam: « Épidémie de Covid-19 Guyane : l’échec d’une gestion de crise jacobine »

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© Sénat

A ce jour, la Guyane demeure le département ultramarin plus fortement touché par l’épidémie de la Covid-19 avec 7251 cas confirmés et 41 décès. Dans une tribune parue dans le Journal du Dimanche, le sénateur guyanais Antoine Karam a dénoncé « une gestion jacobine de la crise sanitaire» par le gouvernement. Envoyée également à Outremers 360, nous vous publions sa tribune ci-dessous.

Tribune d’Antoine Karam: L’épidémie de la Covid-19 est un séisme. Il a fait trembler chaque territoire avec une intensité variable selon sa localisation, la qualité des sols et des fondations. Que le gouvernement le veuille ou non, il lui faudra bien descendre au sous-sol et réparer les dégâts, en Guyane plus qu’ailleurs.

Le pic épidémique serait passé, qu’importe, nous refusons un retour à « l’anormal »

« Toute pensée occupant uniquement notre esprit devient vraie pour nous et a tendance à se transformer en acte », écrivait Emile Coué au début du XXème siècle.

Au temps de la Covid-19, il semblerait que la méthode Coué de rigueur consiste à dire et redire avec conviction que le pic épidémique est derrière soi. Les services de l’Etat en Guyane se prêtent volontiers à l’exercice avec l’espoir d’en faire une vérité.

Nous, la population et les élus, attendons les actes et refusons un retour à « l’anormal ».

Plus grand désert médical de France, la Guyane compte deux fois moins de généralistes que la moyenne nationale pour 100 000 habitants, trois fois et demie moins de spécialistes. Quant aux lits de réanimation, nerf de cette guerre sanitaire, on en dénombrait 13 avant la crise sur un territoire aussi vaste que l’Autriche.

Que le pic soit atteint ou non, les besoins exprimés seront donc toujours d’actualité. Parce que les moyens déployés sont aujourd’hui tout juste suffisants, mais aussi parce que jamais l’indignité de notre offre de soins n’aura été éclairée d’une lumière aussi crue.

Entre informations contradictoires et déconfinement prématuré, une gestion de crise jacobine

Confinée le 16 mars dernier alors qu’elle comptait moins de 10 cas positifs à la Covid-19, la Guyane a levé son dispositif, le 11 mai, avec le reste de la France et seulement 146 malades.

Le territoire fit alors valeur d’exemple ; certains virologues se demandant même si un vaccin contre la tuberculose – encore obligatoire en Guyane – ne protégeait pas la population du virus. Il n’en fut rien.

En tant qu’élus, nous avons alerté à plusieurs reprises sur les risques sanitaires liés à la réouverture des établissements scolaires ou encore à notre frontière commune avec le Brésil, gravement touché par le virus. En mai, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) tira même la sonnette d’alarme en déclarant l’Amérique du Sud « nouvel épicentre de la maladie ».

Mais alerte après alerte, l’Etat a poursuivi le tracé de sa feuille de route jacobine, gérant la crise sanitaire en Guyane comme dans les départements du Gard, de la Moselle ou du Finistère.

Pourtant, c’est bien en levant le confinement prématurément que nous avons laissé penser à la population que le pic épidémique était derrière elle, lorsque le pire était pourtant à venir. Alors bien sûr, il y a les gestes barrières et le sens civique de chacun, mais comment blâmer le citoyen lorsqu’il est exposé depuis quatre mois à autant d’injonctions contradictoires ?

Un bilan dramatique qui appelle des moyens supplémentaires et une évolution du système hospitalier

Deux mois plus tard, la Guyane compte plus de 7 200 cas positifs au virus et 41 décès. Elle n’est rien de moins que le territoire de France le plus violemment touché par la crise sanitaire et ce, sans compter les conséquences économiques et sociales qui s’abattent encore plus durement sur une population dont la moitié vit en dessous du seuil de pauvreté.

Face au Premier ministre, Jean Castex, venu (se) rassurer en Guyane, nous avons demandé, par une motion commune des élus et des collectifs de citoyens, des moyens supplémentaires (tests, lits de réanimation, respirateurs, …), un hôpital de campagne ainsi que la transformation de l’hôpital de Cayenne en un Centre Hospitalier Universitaire (CHU) digne de ce nom.

Comme pour le spatial dont une large part de l’activité échappe à l’économie locale, la Guyane aspire à être davantage qu’un lieu de passage pour la recherche. En ce sens, un CHU permettrait non seulement d’attirer des professeurs de médecine du monde entier mais aussi et surtout de donner toute sa place à ce territoire dans la recherche épidémiologique dont il est – de par son environnement équatorial – un site incontournable.

Au lieu de cela, c’est un message de solidarité – certainement sincère mais non moins amer – que le chef du gouvernement est simplement venu délivrer aux guyanais.

Alors comme il fallait s’y attendre, les collectifs de citoyens se sont mobilisés avec force. A présent, le gouvernement serait bien inspiré d’entendre la voix des élus guyanais, sans quoi, c’est la rue qui prendra à nouveau le dessus, comme ce fut le cas lors des évènements de 2017.

Antoine Karam, Sénateur de Guyane. 

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