Risques naturels : « Nous devons faire face à une hypertrophie de l’urbanisation », Louis Boutrin

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©Facebook / Louis Boutrin

Membre du Conseil exécutif de la collectivité territoriale martiniquaise, Louis Boutrin assistait pour la première fois aux Assises Nationales du Risque Naturel (ANRN) qui se tenaient cette année à Montpellier. Accompagné de deux collaborateurs, un conseiller territorial et un ingénieur directeur de la prévention des risques, il venait surtout « échanger de l’expérience » sur la gestion amont et post crise.

« Aujourd’hui en Martinique, nous sommes entrés dans une dynamique de transition écologique, donc de transversalité. Aussi, au Conseil exécutif, je suis plusieurs domaines comme les transports, dont nous abandonnons la gestion archaïque, l’agriculture avec l’idée de quitter les monocultures de la canne et de la banane au profit d’une agriculture de niche à haute valeur ajoutée comme le cacao, le café, la banane ; et là où les terres sont chlordéconées nous plantons des arbres fruitiers. Les principales mutations sont surtout dans notre manière d’appréhender l’aménagement du territoire : nous devons faire face à une hypertrophie de l’urbanisation et ce qui nous guette avec cette concentration à outrance c’est le non respect des zones à risques surtout sur le littoral ».

Libérer la zone des 50 Pas : l’argument du risque de submersion

Actuellement la Martinique comme la Guadeloupe attend que l’Etat prenne en charge la liquidation des 50 pas géométriques, cette zone normalement inaliénable et imprescriptible mais dont le régime juridique fluctuant a tantôt permis, tantôt proscrit avec plus ou moins de réserves, l’appropriation. C’est ainsi que se sont mêlés la plupart du temps en toute bonne foi domaine public de l’état et occupation sans titres ni droits. L’affaire n’est pas nouvelle, mais les élus voudraient une régularisation de la situation des occupants de la zone avant leur déplacement.

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« Ces parcelles sont non cessibles, il appartient à l’État de faire le nécessaire financièrement pour sauvegarder ces populations, pour les mettre hors de danger ». Pour cela l’État pourrait faire appel au fonds Barnier créé en 1995 et qui est mobilisé comme fonds de prévention des Risques majeurs. « C’est la DEAL (direction de l’environnement, de l’aménagement et du littoral) qui est responsable. Nos documents d’urbanisme datent de 1998 et sont obsolètes. Nous attendons un plan d’aménagement développement durable (PADUC ou PADDMA) comme il en existe en corse, d’une part pour limiter les effets dévastateurs des inondations et des risques naturels, mais aussi pour travailler à des programmes de prévention ».

Cette vision des élus est assez proche de celle des financeurs, puisque l’AFD, qui consacre 15 à 20% de son budget à l’outre-mer, a rappelé que désormais pour obtenir un financement il y a une double règle, celle classique de la soutenabilité financière, mais depuis 2017/2018, celle de la prise en compte du risque lié au développement durable. Certains aménagements hôteliers ne pourront voir le jour à Saint-Martin ou Saint-Barth s’ils ne respectent pas cet avis. Des prêts à taux zéro sont même octroyés aux projets vertueux et des enveloppes d’assistance d’ouvrage soutiennent les projets fragiles pour leur adaptation.

Accentuer la prévention

Prévenir le risque, la Martinique sait faire. Depuis plus de vingt ans, elle dispose d’un programme de formation aux risques parasismiques pour les architectes et les ingénieurs. Réduire la vulnérabilité du bâti n’est pas une mince affaire, plus de 500 séismes sont enregistrés par an dans cette zone Caraïbes et toutes les écoles sont formées à la culture du risque. Quand on lui demande s’il compte s’aligner sur la proposition faite par le préfet de Guadeloupe Philippe Gustin d’organiser deux jours de sensibilisation les 3 et 4 Juin prochains, Louis Broutin n’hésite pas : « Je ne crois pas aux grandes messes médiatiques qui ne rassemblent que ceux qui sont déjà sensibilisés. La culture du risque c’est tous les jours. Et ce savoir nous le partageons avec nos voisins de Caraïbes. Une coopération régionale avec des échanges d’expérience avec intensification de l’apprentissage de la culture du risque pour rendre les états de la Caraïbe plus résilients. D’autant que sur nos îles en dehors des avalanches, nous devons faire face à tous les risques et avec le réchauffement climatique, nous voyons certains d’entre eux s’aggraver. Bien sûr la montée des océans mais surtout la perte d’une biodiversité endémique exceptionnelle. Les sécheresses s’accentuent et les feux de broussailles ont commencé ».

« Ici, nous voulions rencontrer des gens qui nous aident à anticiper. Il y a trop de textes, ils sont trop compliqués et il y a aussi trop de décideurs. La gouvernance est à revoir. Par exemple pour les inondations, nous nous sommes trop longtemps focalisés sur les conséquences. Et nous avons beaucoup à apprendre en prévention. Les inondations de l’Aude nous apprennent ainsi que le défrichement et l’aménagement d’un cours peuvent être fatals aux populations en aval. Nos problématiques hydrauliques ne sont pas si éloignées que cela de celles du sud de la France. On rencontre ici ceux qui ont conscience de ce qui manque à la prise de conscience collective ».

La Martinique vient d’obtenir le soutien du ministre de l’écologie François de Rugy pour candidater au patrimoine mondial de l’UNESCO. « D’après l’UICN (union Nationale de Conservation de la Nature) notre volcan, la montagne Pelée qui a rasée Saint Pierre en 1902 est le seul volcan encore non classé au patrimoine mondial. Or c’est un monument de nature, de biodiversité, de géologie et bien sûr du volcanisme ».

Dominique Martin Ferrarri, Métamorphoses Outremer. 

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