Référendum en Nouvelle-Calédonie : « La responsabilité de l’État est d’être mobilisé pour que ce scrutin se passe dans des conditions irréprochables », Laurent Prévost

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Alors que le second référendum d’autodétermination approche, le Haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie est pleinement mobilisé par ce rendez-vous avec l’Histoire. Gestion de la crise Covid-19, présence de l’État, préparation du scrutin, politique de rééquilibrage, axe indopacifique… Laurent Prévost, en poste depuis une année, s’est ouvert sur ces différents sujets dans nos colonnes. Avec l’impartialité et la neutralité qui caractérisent la présence de l’État en Nouvelle-Calédonie. Une interview de Béryl Ziegler, rédactrice en chef d’Actu.nc. 

L’État a joué un rôle de premier plan durant la crise Covid-19. Mais cette crise est-elle derrière nous ?

Sur le plan sanitaire, les différentes mesures prises conjointement par la Nouvelle-Calédonie – en charge de la compétence santé publique – et l’État ont permis à la Nouvelle-Calédonie d’échapper très largement à la crise sanitaire que connaissent beaucoup d’autres territoires et pays dans le monde. Aujourd’hui, nous avons un territoire qui est Covid-free. La contrepartie, c’est évidemment les mesures de très grande vigilance qui s’appliquent à l’entrée sur le territoire et donc en particulier la poursuite de ces quatorze jours de confinement obligatoire dans un lieu dédié – hôtels réquisitionnés – avec un test à leur issue pour vérifier que la personne est exempte du virus. C’est ce système qui permet aujourd’hui au pays de vivre le plus normalement possible. Tout l’enjeu est de maintenir cette situation.

Sur le volet économique, quel a été le ni- veau d’aides apporté par l’État en Nouvelle-Calédonie ?

Aujourd’hui, deux mesures ont produit leurs effets en Nouvelle-Calédonie :

– le fonds de solidarité pour les petites entreprises, extension de mesures décidées par l’État au niveau national, a permis d’attribuer près de 14 000 aides forfaitaires aux TPE pour un montant de près de 2 milliards de francs CFP à la date du 30 juin – derniers chiffres stabilisés.

– le prêt garanti par l’État qui a permis aux entreprises, quelle que soit leur taille, de s’adresser à leurs
banques pour en bénéficier. Ainsi, le PGE a été accordé à plus d’un millier d’entreprises calédoniennes pour un montant d’un peu plus de 15 milliards.

Par ailleurs, il y a eu l’aide à la Nouvelle-Calédonie en tant qu’institution. En effet, pour répondre en urgence à la demande de la Nouvelle-Calédonie, un prêt de 28,6 milliards consentis par l’AFD mais garanti à 100% par l’État a été mis en place. Ce prêt a permis de financer les mesures prises par la Calédonie dans le cadre de ses compétences, en particulier le chômage partiel ou les reports d’impôts et de charges. Ce prêt sera élargi au financement des dépenses d’urgence liées au Covid-19 (l’achat d’équipement sanitaire, la prise en charge de la quatorzaine…). Il a aussi permis de main- tenir le niveau des recettes des autres collectivités, provinces, communes, qui dépendent de ce que leur verse le gouvernement. Tout cela a fait l’objet de discussions conduites dans des délais très brefs. Et dès le 15 mai, l’enveloppe était à disposition du gouvernement calédonien pour la première tranche.

L’État continue-t-il à distribuer des aides dans le cadre de la crise Covid-19 ? 

Oui, le prêt garanti par l’État est encore ouvert jusqu’à la fin de l’année. C’est également le cas du fonds de soutien aux TPE qui a été élargi sur les secteurs qui peuvent encore être concernés par la crise sanitaire. Il est encore ouvert au moins jusqu’à la fin du mois d’août – et ce depuis le mois de mai sans contributions des provinces – aux secteurs qui ont été les plus impactés et le sont encore, à l’instar du tourisme ou des structures culturelles qui ne peuvent pas aller au bout de leurs projets. D’autre part, de nouvelles mesures sont préparées au niveau national et certaines vont être étendues à la Nouvelle-Calédonie. A titre d’exemple, nous regardons actuellement comment étendre un prêt de trésorerie cette fois-ci aux PME qui n’auraient pas pu obtenir le PGE.

Il était prévu que l’État communique dans un document officiel le 17 juillet sur les incidences d’un Oui ou d’un Non au référendum. Document qui pour l’heure n’a pas été publié. Qu’en est-il ? 

Deux facteurs sont venus modifier le calendrier initialement prévu : la gestion de la crise Covid et le changement de gouvernement au niveau national. Compte tenu du report au 4 octobre de la date initiale du scrutin, le travail se poursuit comme l’a d’ailleurs confirmé le ministre des Outre-mer lors de sa récente allocution à la maison de la Nouvelle-Calédonie. Il a pris le dossier à sa charge, constate qu’il y avait un accord autour du document de 2018 et que c’est autour de cet accord qu’il faut poursuivre et achever le travail dans le délai assez bref qu’il nous reste. Notre objectif est d’adresser ce document aux Calédoniens le plus rapidement possible pour laisser aux uns et aux autres un temps suffisant pour se l’approprier.

Document qui en toute logique ne devrait pas être si différent du 1er…

Ce document était une base sur laquelle les acteurs politiques avaient pu partager et échanger sans susciter de désaccords. L’objectif encore une fois est d’aboutir rapidement à un document qui puisse être adressé aux Calédoniens pour leur permettre d’éclairer leur choix. C’est un document qui doit dire le droit et rester très factuel. Ce n’est pas un document qui doit préempter les décisions éventuelles du gouvernement dans l’avenir ou les débats politiques qui suivront forcément après le second référendum comme chacun le pressent. Le constat que chacun fait est que ce document était peu connu en 2018, il faut donc cette année que le plus grand nombre puisse en prendre connaissance, tout en restant dans l’engagement absolu pris par l’État de neutralité et d’impartialité. Il appartient ensuite aux forces politiques de Nouvelle-Calédonie de dire ce qu’elles souhaitent et comment elles voient l’avenir – certains ont d’ailleurs commencé à le faire. Le document émanant de l’État ne peut pas être autre chose que le rappel du droit et de choses incontestables.

Pensez-vous que ce 2ème référendum puisse se dérouler dans le même climat apaisé que celui de 2018 ?

La position de l’État quant à son rôle dans l’organisation de ce second référendum est extrêmement claire. C’est d’abord celui de s’assurer que ce scrutin se déroulera dans des conditions parfaites d’organisation, de préparation. Cela vaut évidemment également pour le jour J, et c’est bien cela qui garantira la sincérité du résultat et son caractère incontestable. Ensuite, chacun sera libre d’apprécier les choses. Mais dans tous les cas, la responsabilité de l’État, qui est la mienne, est d’être mobilisé jusqu’au dernier jour pour que ce scrutin se passe dans des conditions irréprochables.

Par ailleurs, la responsabilité de l’État est de contribuer à la paix publique au travers des moyens particuliers en forces de sécurité qui sont et seront mis en place maintenant et jusqu’au mois d’octobre. Je crois que nous partageons collectivement avec les responsables calédoniens une responsabilité majeure. Celle de faire en sorte que les deux mois qui nous séparent de ce scrutin se passent dans des conditions de respect mutuel, d’écoute, d’expression des convictions, en veillant à ce que les prises de position appellent à l’apaisement et à ce que chacune et chacun se sente investi de cette charge de construire ce destin commun.

En ce moment, bon nombre de faits violents à caractère politique voir raciste font l’actualité. A l’approche de l’échéance référendaire, est-ce inquiétant selon vous ? 

Les actes de délinquance et de violence doivent être condamnés pour ce qu’ils sont. Les auteurs sont recherchés. Lorsqu’ils sont identifiés et arrêtés, il appartient aux autorités judiciaires de décider de la sanction qui doit s’appliquer. Nous ne pouvons pas partir d’actes isolés et sans lien entre eux, et en tirer des conséquences. Ce que je souligne, c’est que chaque acte de violence est tout simplement condamnable et ne doit pas être accepté.

Comment s’organise la venue des personnes qui entoureront la tenue du scrutin ?

L’arrivée des moyens humains nécessaires à la bonne tenue du scrutin du 4 octobre est un sujet qui nous mobilise depuis plusieurs semaines aux côtés du gouvernement parce qu’au-delà des observateurs de l’ONU et des délégués de la commission de contrôle, des renforts de sécurité doivent aussi arriver sur le Caillou. L’objectif est que tous ceux qui doivent être là arrivent en temps et en heure. La deuxième exigence est qu’ils respectent les conditions pour rentrer en Nouvelle-Calédonie et donc l’ensemble des personnels qui viennent pour le référendum seront soumis au même protocole sanitaire que tous les autres arrivant sur le territoire et en particulier aux quatorze jours de quarantaine.

Les moyens de sécurité déployés seront-ils les mêmes qu’en 2018 ?

L’État avait fait un effort très important de mise en place de forces de sécurité pour garantir la sécurité du vote en 2018. Cet effort va être reconduit et adapté en fonction de ce que nous avons constaté lors du premier scrutin. Le 4 octobre, selon nos prévisions, près de 1 200 fonctionnaires de police et de gendarmerie seront déployés en Nouvelle-Calédonie. Cette mobilisation maximale le jour du scrutin sera précédée et suivie pendant plusieurs semaines par la présence de renforts répartis sur l’ensemble du territoire. Notre objectif, c’est que chacun se sente en tranquillité et en liberté au moment d’aller exprimer son choix.

Pendant vos vœux, vous aviez déclaré voir dans le deuxième référendum « une étape supplémentaire franchie vers la sortie de l’accord de Nouméa ». Avez pour mission d’œuvrer au désengagement de l’État ou au contraire à la poursuite de son engagement ? 

C’est une question un peu curieuse ! L’État a ici des responsabilités qu’il tient de l’accord de Nouméa et du statut de la Nouvelle-Calédonie. Il les exerce dans le quotidien des missions qui sont les nôtres et dans le cadre, encore une fois, du statut de très large autonomie et d’irréversibilité des transferts de compétences qui a été fixé depuis les accords de Matignon puis l’accord de Nouméa. Donc ces responsabilités font partie du quotidien des services de l’État qui travaillent ici. J’en veux pour exemple le processus de signature des avenants aux contrats de développement ou encore le séminaire que nous avons tenu avec l’ensemble des maires de Nouvelle-Calédonie au cours duquel nous avons évoqué des sujets de travail en commun entre les maires et les services de l’État dans un échange qui a été très libre et je le crois assez riche. Nous sommes dans ce contexte-là, et l’évolution dépendra du choix des Calédoniens.

Personnellement, comment abordez-vous cette période référendaire ? 

Avec tout d’abord le souci d’une mobilisation totale des équipes et de moi- même pour assurer la tenue d’un scrutin la plus parfaite possible. Quand j’ai pris mes fonctions il y a un an, tout le monde a mis en avant ce qui avait été fait en 2018 : les moyens déployés, le côté incontestable du scrutin obtenu. Évidemment, aujourd’hui, avec la crise du Covid-19, les contraintes pesant sur l’accès au territoire, et les conséquences du premier scrutin sur le climat politique, etc., le contexte est un peu différent mais nous gardons cette même exigence et cet esprit de mobilisation et de concentration. Je suis avec ceux qui m’entourent très vigilant au contexte, aux questions liées à la sérénité du débat et au fait que nous puissions réagir très vite en cas d’excès voire d’actes franchissant le cadre légal pour précisément garantir cette transparence et cette clarté du choix. Et puis, je ne suis pas seul à l’approche du référendum.

Je travaille en lien étroit avec le gouvernement national qui est en relation avec la commission de contrôle présidée par Francis Lamy – qui avait déjà présidé cette commission lors du précèdent référendum et qui travaille de manière indépendante – en particulier sur les aspects matériels et logistiques. Cette commission a également en charge de veiller à la parfaite préparation du scrutin, et contribue à garantir, dans la fonction qui est la sienne, la sincérité du scrutin.

Avez-vous en ligne de mire le 3ème référendum ?

Aujourd’hui, nous sommes totalement mobilisés sur l’organisation du deuxième référendum.

Comment le poids de l’État évolue-t-il de- puis ces 5 dernières années ? 

Indépendamment des dépenses liées au Covid, le poids de l’État reste stable dans la durée. Que ce soit dans les compétences qu’il exerce directement ou dans celles qu’il accompagne.

Lors de vos vœux, vous aviez insisté longuement sur l’axe indopacifique que la France entend développer avec notamment l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Ce développement est-il toujours à l’ordre du jour malgré la crise Covid-19 ? 

L’axe indopacifique est un objectif de politique étrangère défini et porté par le chef de l’État. Par définition dans la fonction qui est la mienne, je suis naturellement dans la déclinaison de cet axe, qui bien entendu va dans des échéances et une durée qui dépassent largement (en tout cas on peut l’espérer) les contraintes que nous connaissons aujourd’hui en matière de relations entre les territoires du fait du Covid-19. Cette vision de l’axe indopacifique et cet objectif de relations avec nos partenaires et nos voisins dans la région autour des valeurs que nous partageons, de la lutte contre les effets du changement climatique, de la vigilance devant toute forme d’hégémonie, sont évidemment de long terme.

Ici en Nouvelle-Calédonie, cet axe s’incarne avec les relations de grande proximité que nous entretenons avec nos voisins australiens et néo-zélandais. On l’a encore redit cette semaine en fêtant les 80 ans de présence diplomatique de l’Australie en Nouvelle-Calédonie et puis dans une relation très riche avec l’ensemble des états riverains de la Nouvelle-Calédonie. C’est évidemment un objectif qui va perdurer et qui s’incarne par des initiatives relais : les contacts entre nos forces armées et celles de la région, des mécanismes de soutien aux populations qui montrent la présence de notre pays dans les moments difficiles, en particulier après les catastrophes naturelles. Ce sont des manifestations de cette réalité d’un travail partenarial et d’une réaffirmation de valeurs de solidarité et de proximité, de soutien au multilatéralisme que la France souhaite promouvoir dans la région avec ses partenaires.

Quelles seront vos missions prioritaires ces prochains mois ?

A court terme, la mission prioritaire, c’est la réussite du scrutin du 4 octobre sur le plan de son organisation, sa tenue, sa parfaite clarté et sincérité pour que les électeurs qui vont voter au moment de ce scrutin puissent le faire dans le plus grand nombre possible. Ensuite, évidemment nous continuons à travailler avec les collectivités et les acteurs de Nouvelle-Calédonie dans le cadre des responsabilités et compétences qui sont les leurs pour, quand c’est possible, venir en appui de leurs projets. Les questions de sécurité, de la responsabilité de l’État, restent également un sujet prioritaire. Au-delà de la lutte contre la délinquance du quotidien, des sujets plus précis nécessitent d’agir collectivement, sur fond de consommation excessive d’alcool, autour des problématiques d’insécurité routière et de violences intrafamiliales, notamment les violences faites aux femmes, pour lesquelles les statistiques sont alarmantes. Le Grenelle des violences faites aux femmes, décliné localement, a été l’occasion de relancer une dynamique et des priorités qui supposent un travail dans la durée.

Je me suis aussi fixé des priorités à titre plus personnel : aller au plus près des territoires en poursuivant les déplacements que j’ai commencé à faire dans les communes. Il s’agit de prendre le temps de l’échange et du partage et d’écouter les attentes des Calédoniens vis-à-vis de l’État, dans la mesure où il est en situation d’y répondre et dans le respect des compétences qui sont les siennes. A chaque fois, ce sont des moments riches, en qualité d’accueil et de discussion.

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