Provinciales en Nouvelle-Calédonie : Wallisiens et Futuniens ne veulent pas être « les oubliés » du destin commun

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Meeting de l’Éveil Océanien en vue des élections provinciales du 12 mai ©Facebook

Forte de quelque 30 000 âmes, la communauté wallisienne et futunienne, très largement opposée à l’indépendance, veut peser dans les élections provinciales de dimanche en Nouvelle-Calédonie, qui ouvrent le crucial et ultime mandat de l’accord de Nouméa.      

Parés de colliers en végétaux dont les fleurs d’ylang-ylang exhalent une fragrance sucrée et capiteuse, près de 2 000 personnes se massaient dimanche dernier au dock socio-culturel de Païta. La ville est le fief des habitants originaires de Wallis et Futuna, Collectivité d’Outre-mer situés à 2 000 kilomètres de la Nouvelle-Calédonie, et elle est administrée depuis mi-février par le premier maire wallisien de Nouvelle-Calédonie, Willy Gatuhau.

Ukulele, Soamako (danses traditionnelles) et cochons rôtis étaient au menu du dernier meeting de campagne de l’Éveil Océanien, un parti fraîchement fondé en vue des élections provinciales du 12 mai et opposé à l’indépendance du Caillou. « On participe à la construction de ce pays, (…) nous y avons notre place. Mais on ne nous la donne pas, il faut qu’on aille la chercher nous-mêmes », lance à la tribune Milakulo Tukumuli, tête de liste dans la province Sud.

Ce docteur en mathématiques formé à Marseille revendique une « stratégie électorale » dans sa liste communautaire dont le slogan – « Cessons d’être passagers, soyons capitaines de notre destin » – exprime la volonté des Wallisiens et Futuniens de ne pas être les « oubliés » des débats cruciaux qui s’annoncent. « Pour le moment, c’est une histoire entre blancs et Kanak, mais nous on n’y est pas », proteste le leader de 35 ans.

Meeting de l'Éveil Océanien en vue des élections provinciales du 12 mai ©Facebook

Meeting de l’Éveil Océanien en vue des élections provinciales du 12 mai ©Facebook

Six mois après un référendum sur l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie remporté par les pro-Français (56,7%), les électeurs calédoniens voteront dimanche pour renouveler les trois assemblées de province (sud, nord et îles Loyauté) et le Congrès. Lors de ce dernier mandat de l’accord de Nouméa (1998), deux autres référendums peuvent être organisés, en 2020 et 2022, et les nouveaux élus auront donc la charge avec le gouvernement français de définir un nouveau statut politique pour l’archipel.

« On veut être à la table des discussions et participer à la construction de l’après accord de Nouméa », confie Veylma Falaeo, 2ème sur la liste, heurtée d’avoir entendu des indépendantistes qualifier ses semblables « d’envahisseurs » durant la campagne référendaire. Elle déplore aussi que « depuis 30 ans (sa) communauté, attachée à la République, ait été utilisée par les partis loyalistes » sans retour pour aider à son intégration.

Manne électorale

Les Wallisiens et Futuniens ont fait souche à partir des années 1950 sur le Caillou, venus travailler à la construction d’infrastructures ou dans l’industrie du nickel. Faute de développement, Wallis et Futuna continuent de se vider lentement. L’archipel compte aujourd’hui 11 500 habitants contre près de trois fois plus sur le sol calédonien. Manne électorale convoitée (environ 15 000 des 169 000 électeurs), cette communauté regrette d’être délaissée une fois les élections passées. « On vient nous draguer tous les cinq ans, puis on nous laisse tomber », affirme Milakulo Tukumuli, symbole d’une nouvelle génération diplômée et décomplexée.

La liste Destin Commun refuse un "repli identitaire" ©Facebook

La liste Destin Commun Calédonien refuse le communautarisme ©Facebook

Mais tous les Wallisiens et Futuniens ne se reconnaissent pas dans cette démarche vécue comme « un repli communautaire » par Magali Manuohalalo, officier parachutiste et avocate de 47 ans. « Moi aussi je veux prendre part à cette période cruciale. Mais nous sommes une part pleine et entière du peuple calédonien », confie cette piquante métisse, 4e sur la liste de Calédonie Ensemble dans le sud (droite modérée, loyaliste). Nouvelle venue en politique, cette « patriote » a foi dans l’harmonie des « valeurs océaniennes et occidentales » et dans le projet de son parti d’une « souveraineté partagée dans la France ».

A la tête d’une liste (« Destin commun calédonien », loyaliste) où figurent de nombreux Wallisiens et Futuniens, Giovanni Talafili condamne lui aussi le communautarisme alors que l’équilibre entre ethnies est déjà « fragile » en Nouvelle-Calédonie. « Je suis métis blanc, je ne vais pas faire un parti qui exclut la moitié de ma famille », raille celui qui a axé sa campagne sur la lutte contre la vie chère.

Avec AFP.

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