Présidentielle 2017: Abstention en Outre-mer : « Écoutez ma différence »

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Un bureau de de vote à Etang-Salé (La Réunion) ©Prisca Bigot

A quelques foulées des premiers résultats nationaux de ce premier tour de la présidentielle, le compteur de la participation outre-mer dit déjà la différence que les Collectivités ultramarines ont voulu faire entendre. Globalement, la participation – de 40% – y est en retrait par rapport aux chiffres relevés à 17 heures en France continentale – près de 70% – et inférieure de 5 points à celle relevée en 2012.

Quel peut être le sens d’une telle « réserve » des électeurs d’outre mer?

Des raisons qui tiennent d’abord à la nature des thèmes développés pendant la campagne, pour le moins éloignés des priorités ressenties dans les COM. On peut, à tort, considérer que ne se pose pas là-bas le problème des frontières européennes qui sous-tend le dossier épineux de l’immigration. Après tout, la Guyane et Mayotte ont bien assez à s’occuper de leurs propres frontières. Le chômage? Son traitement est de compétence locale dans les COM et les mécanismes de son traitement social dans les DOM apparaissent étrangers aux discours métropolitains n’en faisant pas suffisamment cas, alors qu’ils sont au cœur des urgences dans chaque pays d’outremer. Le terrorisme, pour le peu qu’il a été traité, même après l’attentat des Champs Elysées? Il apparaît comme circonscrit à des régions lointaines, peu suspectes de prosélytisme ultramarin. Bref, ce qu’on n’a sans doute pas ressenti outremer, c’est la radicalité des thèmes développés à Paris pendant la campagne. Ce qui est vécu en France hexagonale comme une urgence se mute en questionnements distanciés de l’autre côté de la mer, et pas seulement du fait de la géographie. Comment adhérer dans l’isoloir à des enjeux apparemment lointains, peu incarnés par des leaders tentés, quand ils se déplacent, de limiter leur propos au seul traitement local d’enjeux locaux ou régionaux?

Cette abstention peut aussi s’expliquer par l’absence des fractures politiques traditionnelles dans des territoires qui, contraints par leur histoire et leur géographie, doivent trouver en eux-mêmes les ressorts de leur vie collective.  Et les organisations qui leur correspondent. L’enjeu en Nouvelle Calédonie, ce n’est pas la couleur politique de tel ou tel candidat, mais le rôle qu’il fera jouer à l’Etat dans la sortie des Accords l’an prochain. En Guyane, le gros de la colère est passé : à quoi bon jouer les prolongations dans les urnes? A St Martin et St Barth, à Saint Pierre et Miquelon, on sort d’élections territoriales: les logiques locales ont parlé, comme si, la »France », c’était loin, hors champ, hors sol, étrangère et limite transparente. Sinon, comment expliquer les 90% d’abstention aux Iles Loyauté, les bouts de France pourtant les plus chéris par la logique des Accords?

Faut-il que, comme lors d’épisodes tragiques pas si lointains, les outremers soient au cœur de l’actualité nationale pour que les urnes s’y remplissent davantage? Les candidats doivent-ils montrer autre chose qu’une empathie de bon aloi ou qu’ils adoptent une autre allure que celle des pêcheurs de voix quand ils se résolvent à prendre un avion? Ou est-ce parce qu’aucun « chef » emblématique ne ressortait de la liste des candidats en lice pour ce premier tour? Après tout, dans nos pays de proximité, les tavana en Polynésie ou les maires antillais font le plein de voix à chaque scrutin. Les futurs présidents de la République n’ont pas le mana. C’est ainsi.

L’abstention record lors de ce premier tour dans les outremers n’est pas seulement le signe d’un manque d’intérêt pour les enjeux majeurs de notre pays. Plus regrettable, elle pourrait signifier que les mers ont raison de la transcendance qui unit tous ces  bouts de France répartis tout autour de la planète.

Reste au second tour à faire mentir ce constat provisoire.

Benoît Saudeau

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