Présidentielle 2017: 2ème tour en Outre-mer: L’équation à 2 inconnus

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Les ultra-marins se sont davantage déplacés ce dimanche. La progression de votants va jusqu’à 7 points en Martinique, 5 points en Guyane. Le choix entre les deux finalistes 2017 aurait donc provoqué un sentiment d’urgence plus important qu’il y a 15 jours. Seul Saint-Barth est en léger retrait, mais au 3ème rang des meilleures participations après Saint Pierre et Miquelon et Wallis et Futuna, coutumier des podium.

Mais, à quelques heures de la déclaration des résultats,  ces signes apparents de civisme cachent encore 3 éléments essentiels:

La participation dans les COM est très largement inférieure à celle observée ailleurs en France. Les tendances relevées à 17h dans l’Hexagone sont certes en retrait par rapport à celles de 2012, mais les chiffres de l’outre-mer marquent le pas au-delà de la seule logique géographique. Ceci confirme une tendance déjà observée lors du 1er tour.

La 1ère place décrochée Outre-mer par Marine Le Pen au 1er tour avait déclenché un véritable tsunami dans des pays qui revendiquent dans leur histoire, leur culture, voire dans leur sentiment identitaire fort des positionnements peu compatibles avec les préconisations de la candidate. Cette participation très forte, à la Martinique par exemple, un département où elle n’a même pas pu aller faire campagne, est-elle le signe d’un sursaut hostile à l’extrême-droite ou au contraire, la confirmation d’un mouvement nouveau aux Antilles ?

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D’où cette 3ème observation : avec une participation globalement inférieure à 50%, les COM affichent d’emblée leur non-adhésion aux programmes des deux finalistes, ni l’un ni l’autre n’ayant donné le sentiment de s’emparer de leurs dossiers au-delà des positions de principe : un remake des états généraux de l’outre-mer pour l’un, un grand Ministère de la Mer et des Outre-mer pour l’autre. Pas franchement des new deals. Ce qui laisse toute la place pour que s’expriment à cette occasion des logiques politiques locales lointaines des urgences de la France, toutes terres confondues. Ainsi pourrait-on assister, dès les législatives, à des reclassements politiques profonds, par exemple en Nouvelle-Calédonie ou en Polynésie française. Dans les 2 cas, aucun élu du Front national ne siège dans les assemblées locales. Pourtant, ici, cette élection présidentielle – si on s’en réfère aux résultats du 1er tour – a fait office de référendum avant l’heure et ce dimanche, des élus républicains ont appelé à voter à l’inverse de leurs convictions profondes. Et là, un ancien leader a parié sur l’un des deux candidats dans l’espoir d’une improbable amnistie. Pour un vieux metua, c’est court, au rayon des convictions.

A la lecture des chiffres de la participation, thermomètre de la légitimité ressentie du vainqueur, une quasi-certitude: le chemin sera long pour que l’ombre de l’Elu atteigne des rivages lointains qui, pour être plus français que jamais un soir d’élection présidentielle, n’en restent pas moins des inconnus aux yeux de celui ou celle qui les gouvernera.

Benoît Saudeau

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