Polynésie à l’ONU : Autonomistes et indépendantistes affûtent leurs argumentaires avant de passer devant la Quatrième commission des Nations Unies

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En haut, les autonomistes polynésiens menés par Édouard Fritch, avec le Président de la Quatrième commission. En bas, les indépendantistes à l’Université de Columbia, mené par Oscar Temaru ©Présidence de la Polynésie française / Facebook Moetai Brotherson

Parmi les 17 territoires qui feront l’objet d’un débat général de la Quatrième commission des Nations Unies, en charge de la décolonisation, à partir de ce 9 octobre, figurent la Nouvelle-Calédonie et la Polynésie française. À New York, autonomistes et indépendantistes polynésiens poursuivent en amont de ce débat leurs actions de lobbying. 

Parmi les 155 pétitionnaires qui s’exprimeront lors du débat général, le Président de la Quatrième commission, Dee-Maxwell Saah Kemayah Sr, du Libéria, a notamment cité le Président de la Polynésie française Édouard Fritch, le Ministre principal de Gibraltar, le Chef du Gouvernement de Montserrat et le Président du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie. À ces pétitionnaires s’ajoutent les indépendantistes de Polynésie française, qui en mai 2013, avaient obtenu la réinscription de la Polynésie sur la liste des territoires à décoloniser de l’ONU.

« Les Polynésiens, dans leur grande majorité, sont attachés à l’autonomie »

Du côté des autonomistes polynésiens, l’aile politique attachée au maintien de la Polynésie au sein de la République, on poursuit les rencontres officielles et la campagne de communication sur fond de défense du statut d’autonomie de la Collectivité. Face à Miroslav Jenca, assistant du secrétaire général de l’ONU, « le Président Fritch a souligné le fait que les Polynésiens, dans leur grande majorité, sont attachés à l’autonomie, une large autonomie tout en ayant d’excellentes relations avec la France ». En d’autres termes, la délégation autonomiste mettra en avant les résultats des dernières élections territoriales, où le parti autonomiste Tapura Huira’atira d’Édouard Fritch était arrivé largement en tête, même si cette élection ne s’apparente pas à un référendum d’autodétermination. Cette stratégie est confirmée plus loin dans le communiqué de la Présidence polynésienne.

En effet, les autonomistes polynésiens menés par le Président Édouard Fritch ont également rencontré le Président de la Quatrième commission Dee-Maxwell Saah Kemayah Sr. « La délégation a une nouvelle fois sensibilisé ce diplomate au cas de la Polynésie, et à la volonté de la majeure partie des Polynésiens de continuer avec le statut d’autonomie et le soutien de la France, comme l’ont démontré les dernières élections à l’Assemblée de la Polynésie française, au mois de mai ». Et devant l’ambassadeur Walton Alfonso Webson qui préside le C24, le comité spécial des Nations Unies sur la décolonisation, Édouard Fritch a expliqué « les fondamentaux du statut de la Polynésie française » et défendu « l’attachement des Polynésiens à cette forme de gouvernance ».

« Un système de rentes coloniales habilement camouflé par un statut d’autonomie »

Du côté des indépendantistes, menés par le leader du Tavini Huira’atira Oscar Temaru, on table sur « la future élite des États-Unis ». Vendredi dernier, Oscar Temaru s’est notamment exprimé lors d’une Conférence sur les impacts des essais nucléaires à la prestigieuse Université de Columbia à New York. Selon le parti indépendantiste, l’auditoire a « qualifié cette conférence de ‘eye opener’ » sur « la destruction d’un système économique et social auquel s’est substitué un système de rentes coloniales habilement camouflé par un soi-disant statut d’autonomie ». Les 193 essais nucléaires français en Polynésie et le statut d’autonomie devrait donc constituer le premier angle d’attaque des indépendantistes. Oscar Temaru et sa délégation compte aussi miser sur « la position, qualifiée d’incongrue, de la France qui persiste à ne pas donner suite à la Résolution de 2013 (la fameuse réinscription, ndlr) qui lui imposait d’enclencher un processus de décolonisation négociée, sous l’égide de l’ONU ».

« Il faudra bientôt que l’État français accepte enfin l’évidence de la réinscription », ajoute le parti indépendantiste, « jouer les ventriloques absents, au travers de l’actuel gouvernement polynésien, ne fait que ternir son image au sein d’une institution dont il est l’un des fondateurs ». À l’issue de cette conférence à l’Université de Columbia, une conférence de presse a eu lieu, offrant aux indépendantistes « une très large audience ». Pour rappel, la Nouvelle-Calédonie et la Polynésie française sont les seuls Outre-mer réinscrits sur la liste onusienne des territoires à décoloniser, respectivement depuis 1986 et 2013. Le débat général de la Quatrième commission débutera ce mardi 9 octobre au siège de l’ONU à New York.

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