Nouvelle-Calédonie : L’Éveil océanien entre « dans une pirogue océanienne » estime l’Historien Louis-José Barbançon

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Le nouveau bureau du Congrès calédonien autour de Roch Wamytan, son président réélu ©Congrès

Les réactions sont vives et souvent amères du côté des non indépendantistes, suite à la réélection de l’indépendantiste Roch Wamytan (UC-FLNKS) à la tête du Congrès de la Nouvelle-Calédonie, à la faveur d’une alliance avec le parti wallisien l’Éveil océanien. Cette alliance permet également aux indépendantistes (UC-FLNKS et UNI) d’être majoritaires au sein de l’assemblée délibérative calédonienne. 

Louis-José Barbançon, Historien et ancien membre du mouvement autonomiste Fédération pour une nouvelle société calédonienne (FNSC), est interrogé par nos partenaires de Caledonia. Il livre son analyse de cette alliance et estime que « les gens ne comprennent pas bien parce qu’ils observent les choses avec des grilles trop européennes ». INTERVIEW. 

Aurélie Chiron-Néaoutyine, Caledonia : Est-ce que le gouvernement pourrait être renversé à quelques semaines du référendum ? 

Je ne crois pas personnellement que ce soit une volonté des indépendantistes de renverser le gouvernement avant le référendum, parce que jusque-là, ils ont bien voulu montrer que le référendum doit se passer dans un climat de sérénité et ce ne serait pas serein et responsable de faire tomber le gouvernement maintenant. Beaucoup de choses peuvent arriver. Il faudra voir comment cela se passe au niveau de la province Sud et selon les réactions de l’Avenir en confiance, on peut peut-être accélérer les choses. Mais ça ne viendrait pas en tout cas du côté indépendantiste et du côté Éveil océanien.

Si cela devait arriver, quelles en seraient les conséquences ?

Les conséquences, si on retrouve les mêmes partitions de vote qu’aujourd’hui, c’est que la Nouvelle-Calédonie aurait un gouvernement dirigé par un indépendantiste.

Daniel Goa estime que cette composition du Congrès permettra de rehausser le débat. Que faut-il comprendre ?

Il faut comprendre, et cela rejoint le discours de Roch Wamytan, que la Nouvelle-Calédonie est située dans le Pacifique sud. Pas seulement d’un point de vue géographique physique mais aussi du côté de la géographie humaine, de la civilisation, de la culture. Il est d’ailleurs très intéressant de noter que les valeurs auxquelles Roch Wamytan a fait appel dans son discours, sont exactement les mêmes valeurs que Thierry Santa avait développé dans son discours de politique générale. Ce qui montre bien que pour le moment, on n’est pas parti, dans les institutions, à être en opposition.

Le parti Éveil océanien a refusé la présidence du Congrès proposé par l’Avenir en confiance par soucis de représentativité. Est-ce une façon de garder une certaine indépendance ?

C’est une façon de dire à tous ceux qui continuent de penser qu’à partir du moment où ce parti est à majorité wallisien et futunien, cela ne peut être qu’un parti de mercenaires, un parti que l’on peut acheter (…) du moment qu’ils ont des postes. C’est une pérennité de la pensée coloniale qui a toujours ce regard sur les gens d’Océanie, et c’est là qu’ils se trompent dans leur analyse. L’Éveil océanien a fait un choix (…). Ils ont franchi un cap l’an dernier. Ils entrent dans une pirogue océanienne, ils avancent à la vitesse d’une pirogue. Les choses se font par étape et l’année prochaine, ils iront encore plus loin. Mais on va à une vitesse du temps océanien.

Certains critiques ces alliances successives avec d’autres partis : est-ce qu’au bout d’un moment, l’Éveil océanien ne risquerait pas de se brûler les ailes ?

Je constate qu’ils avaient dit qu’ils seraient en apprentissage. Et c’est ce qu’ils veulent : entrer dans les commissions, apprendre dans les trois institutions dans lesquelles ils sont. Les gens ne comprennent pas bien parce qu’ils observent les choses avec des grilles trop européennes. Comme-ci la Nouvelle-Calédonie était un département dirigé par un préfet. Ce n’est pas le cas.

Est-ce que selon vous cette prise de position de l’Éveil océanien est un facteur d’instabilité pour les institutions ou au contraire, stimulant pour un meilleur vivre ensemble ?

Je ne vois pas pourquoi ce serait un facteur d’instabilité à partir du moment où il n’y a pas de contre-attaque. S’il y a des contre-attaques au niveau de la province Sud, c’est-à-dire qu’on enlève à Milakulo Tukumuli ses délégations ou son poste de vice-président, à ce moment-là on entrera dans un engrenage qui serait peut-être obligatoire à partir du moment où on veut imposer aux Calédoniens qu’il y a deux forces l’une en face de l’autre. Dès que l’on sort de ce schéma, ça gêne beaucoup de monde. Mais en face, ce sont des gens bien vivants, avec une culture bien vivante, et il faut arrêter de les présenter comme des gens qui ne vont être là que pour les faire peur et tout détruire.

L’interview de Louis-José Briançon dans le JT de Caledonia :

 

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