Mayotte : La levée des barrages soumise à l’approbation de la population

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©Ornella Lamberti / AFP

La levée des barrages routiers qui paralyse Mayotte doit être proposée ce mercredi 14 mars à la population à la suite d’un accord de principe conclu avec le gouvernement en vue de mettre un terme au mouvement social qui secoue l’archipel de l’océan Indien depuis quatre semaines.

Au bout de cinq heures de négociations, ce mardi 13 mars, avec la ministre des Outre-mer Annick Girardin, l’un des porte-parole du mouvement social a salué mardi soir « des avancées réelles ». « Le plan de lutte contre l’insécurité est acté », a dit ce porte-parole, Fatihou Ibrahime, à la sortie des négociations à Dzaoudzi, la préfecture du 101e département français.

« Remettre plus d’Etat »

« Nous avons demandé 15 mesures d’urgence supplémentaires, la ministre s’est engagée à remettre plus d’Etat sur le territoire », a-t-il ajouté. « Nous allons rassembler (mercredi) la population place de la République » au chef-lieu Mamoudzou, « ils seront les seuls à décider, nous allons proposer cela et voir avec eux s’ils voient favorablement la levée des barrages », au moins pendant un mois. « Je souhaite le retour au calme dans le territoire le plus vite possible puisque nous avons devant nous un court mois de travail », a dit de son côté Annick Girardin, sortie en pleine nuit de ces pourparlers. Selon les dernières informations, la décision de levée des barrages et la grève générale sera connue en fin de journée. Néanmoins, la fin de la grève générale parait encore loin.

Au bout de ce délai, seront évalués par le gouvernement et l’intersyndicale les travaux engagés par trois « missionnaires » ayant accompagné la ministre dans ce voyage : Jean-Jacques Brot, ancien Préfet de Mayotte, le général Lucas Lambert, Directeur de la gendarmerie de l’Outre-mer et Jean Courtial, Conseillé d’État. Cette mission aura pour objet de faire des propositions afin qu' »on puisse avoir rapidement à Paris un travail collectif avec les élus mahorais, avec les acteurs du monde économique et social mahorais, pour faire en sorte de trouver des solutions durables », a déclaré de son côté le Premier ministre Edouard Philippe lors de son direct hebdomadaire sur Facebook.

Le Premier ministre, qui a ouvert la porte la semaine dernière à un aménagement du droit du sol à Mayotte, a souligné qu’il ne serait « pas facile » de trouver ces solutions durables. « Les problèmes de Mayotte sont des problèmes compliqués, qui vont être compliqués pendant longtemps, la question c’est comment on les aborde et comment on les traite dans la durée et sérieusement », a-t-il plaidé. « Je suis prêt à ouvrir toutes les pistes de travail mais à le faire sérieusement pour (ne) pas raconter des craques et pour (ne) pas jeter de l’huile sur le feu sur une situation qui est durablement complexe », a-t-il insisté. Sans parler d’un projet précis de déplacement, il a affiché son souhait de se rendre « vite » dans le département français de l’océan Indien, en proie à une importante immigration venue des Comores.

Edouard Philippe évoque Mayotte dans son direct hebdomadaire, à 28 minutes:

Dans l’entourage de la ministre, repartie de Mayotte mardi soir afin d’assister au Conseil des ministres à Paris mercredi, on évoquait « un accord de principe pour une nouvelle méthode, des mesures pour la sécurité et mieux d’Etat ». « Nous espérons que l’Etat n’est pas en train de nous mener en bateau », a dit de son côté Fatihou Ibrahime, « c’est un travail qui est fait sur la base de la confiance, nous allons juger pendant un mois », a-t-il dit, estimant qu' »il faut qu’on se donne le temps de restaurer la confiance ».

Avant ces négociations, plusieurs milliers de personnes avaient manifesté à Mamoudzou contre l’insécurité et l’immigration clandestine en provenance des Comores, dont l’île la plus proche de Mayotte, Anjouan, est à 70 km, mais aussi pour réclamer davantage d’actions de l’Etat. « On est là pour crier notre colère. A partir d’aujourd’hui, nous allons défier le gouvernement », a lancé en début de manifestation un porte-parole du collectif. « Non à la conférence, oui aux actions », pouvait-on lire sur certaines banderoles en référence à la conférence sur l’avenir de Mayotte proposée par la ministre la semaine dernière.

Extraterritorialité de l’hôpital de Mayotte

« Je suis là pour la sécurité principalement, et pour tous les problèmes sociaux », a expliqué à Lisa, enseignante de 26 ans, énumérant le manque d’écoles et de lits à l’hôpital. « Que les clandestins retournent à Anjouan ou en métropole ! », hurlait une autre manifestante, qui a refusé de donner son nom. Dans le même temps, entre 200 à 300 manifestants ont investi le conseil départemental pour dénoncer la « trahison » de certains élus qui avaient accepté la veille de discuter avec la ministre, à Dzaoudzi.

La ministre avait annoncé une série de mesures dès son arrivée lundi, et ouvert le chantier, qui fait débat, d’un possible statut d’extraterritorialité pour l’hôpital, dont la maternité est la première de France avec quelque 10 000 naissances chaque année. L’objectif est d’enrayer la multiplication de naissances d’enfants de mères venues des Comores voisines et en situation irrégulière, ce qui est perçu comme un abus du droit du sol. « En 2015, plus d’un adulte sur deux vivant à Mayotte n’y est pas né », et les natifs des Comores « représentent 42% de la population du département », selon l’Insee.

A Mayotte, la grève générale dure depuis le 20 février ©Ornella Lamberti / AFP

A Mayotte, la grève générale dure depuis le 20 février ©Ornella Lamberti / AFP

Avec ce statut, la maternité serait « en quelque sorte une maternité internationale », a expliqué le député LREM Aurélien Taché dans La Croix: « au lieu d’obtenir automatiquement la nationalité française », les enfants de femmes comoriennes qui y naîtraient « pourraient être déclarés comme Comoriens au registre de l’état civil ». Dans Le Parisien de mercredi, l’ancien ministre des Outre-mer Yves Jégo ne voit pas « sur quelle base juridique cette extraterritorialité pourrait marcher ». Mayotte est secouée depuis mardi 20 février par un mouvement de contestation populaire prenant de multiples formes : manifestations, opération escargot et « île morte », blocage de la liaison maritime entre Grande-Terre et Petite-Terre et barrages routiers.

Avec AFP.

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