Loi Biodiversité : le Sénat hostile à la protection intégrale des récifs coralliens

No Comment

En dernière lecture du projet de loi pour la reconquête de la Biodiversité, de la nature et des paysages, le Sénat a décidé de supprimer un amendement protégeant les récifs coralliens, déjà affaiblis par l’activité humaine et les changements climatiques.

L’Assemblée nationale avait pourtant voté un amendement protégeant les récifs coralliens le 12 mars dernier. Déposé par Geneviève Gaillard (PS), il interdisait « le dragage des fonds marins dans l’ensemble des zones sous souveraineté ou juridiction françaises, lorsqu’il est susceptible de toucher les récifs coralliens ». Mais en lecture devant le Sénat le 12 mai, l’amendement a été supprimé. À la surprise générale, deux sénateurs ultramarins ont consenti à cette suppression. « Les travaux du grand port maritime de Guadeloupe sont en cours, d’autres seront bientôt lancés en Martinique. Le développement économique en dépend, il ne peut être question de menacer les opérations de dragage », a déclaré le sénateur Divers gauche de la Guadeloupe, Jacques Cornano. De son côté, Michel Magras, sénateur LR de Saint-Barthélémy, ajoute « en Outre-mer, nous nous sommes dotés de nombreux dispositifs de protection et de restauration des récifs coralliens qui marchent très bien. On peut respecter l’objectif des 75 % (NDLR de protection des coraux) sans interdire les opérations de dragage des ports ».

Dragage sur le récif de l'atoll de Tetiaroa, lors de la construction de l'Hotel de luxe The Brando ©DR

Dragage sur le récif de l’atoll de Tetiaroa, lors de la construction de l’Hotel de luxe The Brando ©DR

Sur les réseaux sociaux, la mobilisation n’a pas tardé à se mettre en place. L’association Corail Guardian a lancé une pétition en ligne, adressée à la ministre de l’Ecologie Ségolène Royal. À ce jour, la pétition a recueilli plus de 20 000 signatures. Dans un communiqué commun, de nombreuses ONG comme WWF, France Nature Environnement ou encore la Fondation Hulot dénoncent « l’aveuglement » des sénateurs. « Les grands principes visant à reconquérir la biodiversité ont été affaiblis ou supprimés », poursuivent-elles indignées. Le dragage des récifs n’est pas le seul renoncement voté par le Sénat. Parmi eux, on retrouve le rejet total de l’interdiction des pesticides néonicotinoïdes ou encore, le refus de donner une représentation à la société civile dans la gouvernance de l’eau. Cinglant, Agir pour l’Environnement a dénoncé une « surdité démocratique ». « Ces « sénatueurs » ont inventé une nouvelle forme de droit mou, où il est interdit d’interdire ». Et de protéger surtout.

©coralguardian.org

©coralguardian.org

Après son passage au Sénat et les conséquences sur le projet de loi, une commission mixte paritaire, composée de 7 députés et 7 sénateurs, devait trouver un accord, le 25 mai. Or, la commission ayant échoué, le texte repassera devant les députés, puis les sénateurs pour enfin revenir dans le giron de l’Assemblée nationale, qui aura le dernier mot. Et alors que Ségolène Royal misait sur une adoption du projet de loi avant l’été, Barbara Pompili, Secrétaire d’Etat à la Biodiversité, laisse entendre que le texte serait adopté, au mieux, à l’automne prochain. « Presque un mandat entier pour faire avancer la défense de la biodiversité », regrette Le Monde. Dans un autre volet environnemental, le Sénat doit ratifier, avant l’été, l’Accord de Paris qui limite le réchauffement climatique à 1,5°C, voté lors de la COP 21. L’Assemblée nationale l’a ratifié à la quasi-unanimité, mais le Sénat nous réserve-t-il une autre -mauvaise- surprise ?

Lire aussi

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publié. Les champs obligatoires sont précisés (obligatoire)

Pas de commentaires pour le moment