L’Entretien Politique : Pour le référendum, la ville de Nouméa « est prête », assure Sonia Lagarde, maire de la capitale calédonienne

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©Outremers360

Référendum d’autodétermination, délinquance et insécurité, intoxications alimentaires dans les cantines de la Capitale calédonienne ou encore, provinciales 2019 et soutien de la première heure à Emmanuel Macron : Sonia Lagarde, maire de Nouméa, se confie à Outremers360 pour ce nouvel Entretien Politique. « Je suis dans le temps de l’action », nous dit-elle, « le travail est immense à la mairie de Nouméa, c’est une grande ville de 100 000 habitants et pour l’instant je ne pense absolument pas aux élections provinciales », échéance électorale importante qui arrivera après le référendum. Retrouvez l’interview filmée à retrouver au bas de l’article. 

Référendum en Nouvelle-Calédonie : La ville de Nouméa « est prête »

« Elle est prête comme elle a toujours été prête en tant que Capitale pour toutes les échéances électorales », assure Sonia Lagarde. « Cette élection est particulière puisqu’elle va engager les uns et les autres sur l’avenir institutionnel donc on a fait le nécessaire pour que tout se passe bien ». En plus de la traditionnelle cinquantaine de bureaux de vote que compte la ville, Nouméa accueillera également les bureaux de vote délocalisés pour les Calédoniens inscrits dans les îles (Lifou, Maré, Ouvéa ou encore, Belep) mais résidant dans la Capitale. Ces bureaux délocalisés seront mis en place « dans une salle de sport à la jonction des quartiers sud et des quartiers nord pour faciliter l’accès de tout le monde », indique-t-elle. « Je ne peux pas vous dire pour le moment le nombre de bureaux de vote car cela dépend du Haut-commissariat et aussi du nombre d’îliens qui ont fait la démarche ». Ils seraient « un peu plus de 3 000 » selon les estimations de Sonia Lagarde.

« Cette question est importante » et « va nous engager pour l’avenir » poursuit la maire de Nouméa, « faire abstraction d’aller voter ce serait quand même un véritable problème donc je pense que la mobilisation sera très forte vu les enjeux que représente cette consultation ».

Délinquance et insécurité : « Il faut faire beaucoup de prévention et c’est ce que nous faisons » 

Entre 2016 et 2017, les actes de délinquance en Nouvelle-Calédonie ont augmenté de 27%. Malgré des chiffres plus encourageants en 2018, Sonia Lagarde admet « des inquiétudes en tant que maire et en tant que citoyenne ». « Cette délinquance touche de plus en plus les plus jeunes », avec des causes qui vont de la déscolarisation à la « démotivation des parents », en passant par la consommation d’alcool ou de cannabis. « Il faut faire beaucoup de prévention et c’est ce que nous faisons », assure l’édile en confiant « ne pas être très aidée par les autres Collectivités ». En 2018, la ville compte 14 éducateurs de rue contre 9 en 2014, mais « ça ne suffit pas ». « Les compétences se chevauchent en la matière et la commune ne peut pas être responsable de tout ça », constate-t-elle, « il faudrait avoir l’aide d’autres Collectivités qui ont aussi la responsabilité de la jeunesse et qui (…) ont développé des plans pour la jeunesse ».

Sonia Lagarde est maire de Nouméa depuis 2014 ©Outremers360

Sonia Lagarde est maire de Nouméa depuis 2014 ©Outremers360

« Le soutien de l’État est sur une compétence qui est celle de l’ordre public », poursuit Sonia Lagarde qui salue au passage l’installation de la Police de Sécurité du Quotidien (PSQ) dans « certains quartiers nord » de la ville. « Mais il faudrait s’occuper d’un autre quartier qui pose problème aujourd’hui (…), qui s’appelle Rivière-Salée, mais qui est en dehors de cette police ». Et si la maire salue l’augmentation des effectifs, grâce notamment au retour de Calédoniens ayants une expérience des zones urbaines à risque de l’Hexagone, Sonia Lagarde s’interroge : « c’est invraisemblable qu’on en arrive à avoir autant de cambriolages, de faits délictueux, de vols ». Sonia Lagarde rappelle toutefois que cette délinquance touche, non seulement la ville de Nouméa, mais aussi l’ensemble de la Nouvelle-Calédonie, même si « Nouméa est le réceptacle » dû notamment à l’activité nocturne en weekend.

Intoxications alimentaires dans les cantines scolaires : « Une véritable énigme »

La multiplication des « pseudo-intoxications alimentaires » dans les cantines scolaires de Nouméa et sa périphérie semble laisser les autorités pantoises. « A chaque fois, on a saisi nos services pour faire des analyses mais on n’est pas compétent en la matière », explique-t-elle. En effet, la mairie peut effectuer des analyses au sein des cuisines de son prestataire Newrest, mais les analyses sur la nourriture sont de la compétence de la Nouvelle-Calédonie, assure Sonia Lagarde. « Les analyses qui ont été faites jusqu’à présent par la Nouvelle-Calédonie n’ont rien révélé », admet la maire de Nouméa. La cuisine du prestataire Newrest sera désinfectée ce weekend et « sur un principe de précaution », la distribution des repas en cantine a été suspendue, rappelle-t-elle. Une suspension qui implique naturellement une organisation de la commune et des parents d’élèves.

©Les Nouvelles Calédoniennes (Archives)

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« J’espère qu’on arrivera à trouver une solution d’ici le 4 octobre », poursuit Sonia Lagarde, « la désinfection va être faite et on sera peut-être à même de pouvoir reprendre les services de cantines ». « Je me mets à la place des parents, ce n’est pas toujours évident, mais on n’avait pas d’autres solutions », reconnait-elle. « S’il y a des bactéries quelque part, c’est peut-être dans les contenants, et pas forcément dans les contenus » estime Sonia Lagarde qui montre une certaine prudence sur la responsabilité du prestataire. Sonia Lagarde assure toutefois être à l’écoute des solutions proposées par les parents d’élèves. Ces derniers ont par ailleurs proposé la solution des lunch box mais là encore, question se pose sur la fraîcheur des aliments et surtout, sur le cas des quelques 2 000 boursiers, des enfants dont les parents ne peuvent assurer le repas du midi.

Provinciales 2019 : « J’ai bien assez à faire dans ma commune »

Après l’échéance référendaire viendra, en Nouvelle-Calédonie, l’échéance provinciale en 2019. Il s’agit du renouvellement des assemblées de province et indirectement, du Congrès de la Nouvelle-Calédonie. « Je suis dans le temps de l’action à la mairie de Nouméa », assure Sonia Lagarde, « je ne suis pas dans des projections, en tout cas pas pour l’instant ». « J’ai bien assez à faire dans ma commune », insiste-t-elle. « Le travail est immense à la mairie de Nouméa, c’est une grande ville de 100 000 habitants et pour l’instant je ne pense absolument pas aux élections provinciales. J’ai assez à faire sans avoir à me jeter dans des batailles que je n’envisage pas pour l’instant ». Discrète depuis la Présidentielle et les Législatives de 2017, Sonia Lagarde semble prendre du recul par rapport aux « batailles d’égo », « des batailles qui ressemblent plus à des batailles de politique politicienne », et dit vouloir « réussir au mieux le mandat qui m’a été confié ». « Quand je regarde ce qui se passe, je déplore certaines situations qui n’ont aucune raison d’être. Mais la politique est ainsi faite et je vois que la sagesse n’est pas toujours au rendez-vous pour se serrer les coudes, avancer, permettre à la Nouvelle-Calédonie de s’ouvrir sur le monde et de prendre les bonnes mesures », regrette-t-elle.

Être maire : « Le plus beau des mandats »

« J’ai été une élue à la province Sud, j’ai été députée. Tout ça me semble bien abstrait », estime Sonia Lagarde qui se considère comme « un maire bâtisseur ». « Il y a de la noblesse dans le rôle de maire, qui est un métier très exposé (…). Quand on réalise des choses et qu’on améliore la qualité de vie des gens par des infrastructures, on voit tout de suite le résultat. C’est concret », assure-t-elle. Sur un éventuel second mandat à la mairie de Nouméa, Sonia Lagarde reste prudente : « pour l’instant c’est le temps de l’action et de terminer avec la réalisation, au minimum, de 95% de ce qui était dans mon programme », explique-t-elle. Mais « une fois qu’on a les mains dans le cambouis, on se dit qu’il y a beaucoup d’autres choses qui arrivent, qu’il faut faire et alors peut-être qu’on a besoin d’un autre mandat », admet Sonia Lagarde qui dit toutefois s’octroyer un peu de temps « pour réfléchir à un deuxième mandat ». Sonia Lagarde doit encore, entre autres, « poursuivre l’aménagement du parc des cinq îles, relier l’îlot artificiel, faire une passerelle pour aller jusqu’à Ouebo ».

Soutien à Emmanuel Macron : « Il a su avoir un discours qui a été porteur » 

Première élue calédonienne à avoir ouvertement apporté son soutien à Emmanuel Macron lors de la campagne présidentielle de 2017, Sonia Lagarde se dit « satisfaite » du président de la République. « Il faut soutenir encore plus le président qui est courageux, audacieux », déclare-t-elle. « Cela fait 40 ans que le désordre est en France, alors il est temps de mettre de l’ordre », affirme Sonia Lagarde, reprenant une « formule appropriée » du Premier ministre dans l’Émission politique de France 2. Venu en Nouvelle-Calédonie en mai dernier, le président de la République a suscité des vocations auprès de jeunes élus de Calédonie Ensemble qui ont rejoint La République Marche. Localement, « le parti se structure par des comités », explique Sonia Lagarde. « Quand le président est arrivé, il n’était pas sur une terre macronienne (…). Il a su convaincre, il a su avoir un discours qui a été porteur », poursuit-elle, « s’il y a des volontés qui se sont dévoilées suite à son passage, j’applaudis des deux mains ».

Emmanuel Macron le 5 mai dernier, lors de son discours au Théâtre de Nouméa ©Bestimage

Emmanuel Macron le 5 mai dernier, lors de son discours au Théâtre de Nouméa ©Bestimage

« La France ne serait pas la même sans la Nouvelle-Calédonie » avait déclaré Emmanuel Macron à Nouméa, rappelant que « c’est aux Calédoniens qu’il appartient de choisir ». Si à l’instant T, la formule avait été saluée, les critiques quant à ce positionnement plutôt implicite ont commencé à voir le jour avec les déplacements de personnalités politiques nationales, telles que Laurent Wauquiez. « Il a ce droit de réserve parce qu’il est le président de tous les français » justifie Sonia Lagarde, « et il est aussi le président de tous les Français d’Outre-mer, y compris des indépendantistes. Pourquoi le président de la République aurait pris une position aussi ferme ? Il n’avait pas à faire ça et je pense qu’il a suffisamment été intelligent et adroit pour faire passer le message que quelque part, il souhaitait quand même » que la Nouvelle-Calédonie reste française.

Voulez-vous, oui ou non, que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante ?

A cette question, Sonia Lagarde dit « non ». Un choix naturel pour une élue non-indépendantiste. Mais elle explique son choix : Pour la maire de Nouméa, la seule question « qui vaille » est celle des interdépendances. « Jean-Marie Tjibaou avait réfléchi à la question et disait ‘il n’y a plus d’indépendance aujourd’hui, il n’y a que des interdépendances’ ». Et face au désir d’hégémonie de la part de la Chine dans la région du Pacifique, « je pense qu’il vaut mieux rester avec la France », estime Sonia Lagarde qui pointe aussi du doigt « le manque de réponses » dans certaines parties du programme des indépendantistes. « Quid de l’école ? Quid des acquis sociaux ? (…) On n’est pas tout à fait capable de répondre à ces questions », analyse Sonia Lagarde qui souligne également l’économie calédonienne dépendante du nickel qui a déjà montré ses faiblesses sur le marché mondial. « La crise du nickel est passée par là et a fait tomber le mythe. La France est là, elle. Elle est présente et elle nous amène que du bon », conclut-elle.

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