L’Édito d’Érick Boulard : Fichage ethnique au PSG : La grande hypocrisie

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Crédits photo : Circo De Luca / Reuters

Le scandale du fichage ethnique pratiqué par le centre de formation du PSG, l’une des dix plus importantes équipes européennes, ne cesse de provoquer des remous. Mais cette affaire ne dépasse-t-elle pas le cadre du seul football et ne pose-t-elle pas plus généralement le problème de la discrimination et de l’inégalité de traitement dans bon nombre de secteurs de la vie économique et sociale dont sont victimes les personnes issues de la diversité et singulièrement les ultramarins dans l’hexagone ? Éclairage.

 Une sale affaire

Une « sale affaire » a titré le Parisien pour décrire les révélations du site Médiapart et de l’émission « Envoyé Spécial » de France 2 qui ont mis en lumière la pratique de fichage sur des critères ethniques effectuée par la cellule de formation du Paris-Saint-Germain de 2013 à plus récemment en 2018 et qui concerne des jeunes issus de la diversité, dont des ultramarins catégorisés sous la dénomination générique « Antillais ». Une pratique interdite par la loi et passible de cinq ans de prison. Une affaire qui connait depuis quelques jours un emballement politico-médiatique au point que deux membres du gouvernement – la ministre des Sports, Roxana Maracinéanu et Marlène Schiappa, secrétaire d’État en charge de la lutte contre la discrimination -, ont cru devoir monter au créneau pour fustiger cette pratique et convoqué les responsables du club incriminé.

Poudre aux yeux

Pourquoi ce branle-bas de combat ? Est-ce à cause de la stature du club qui, rappelons-le, est l’une des plus grosses équipes d’Europe de par le niveau de sa masse financière, mais également le talent des joueurs qui la composent et qui figurent parmi les meilleurs de la planète foot. Bref, est-ce parce que cette forfaiture a été institutionnalisée par un grand du football européen ? Ou s’agit-il tout bonnement de la poudre aux yeux ou une espèce de défausse destinée à masquer l’indulgence voire le déni coupable des autorités tant sportives que politiques sur ces pratiques qui sont monnaie courante dans d’autres clubs et qui se produisent à grande échelle dans d’autres domaines de la vie courante.

Certes, cela ne dédouane en aucune manière la responsabilité du PSG pris la main dans le pot de confiture et vouloir, de la part des autorités, faire aujourd’hui un exemple paraît légitime de ce point de vue. Mais à qui fera-t-on croire que le club de la capitale est le seul à pratiquer le fichage ethnique ?

Quotas

Les dirigeants du football et Nöel Le Graët, le président de la fédération française de football, qui a beau jeu d’affirmer que « le fichage ethnique, c’est le contraire de l’essence du sport » et gloser à propos des valeurs du sport et du foot qui « doivent être des lieux d’accueil, de tolérance, d’ouverture dans le respect de la laïcité » devraient se souvenir des propos tenus au sein même de sa fédération par des membres de la direction technique nationale (DTN), fin 2010, dont Laurent Blanc, alors sélectionneur, qui avaient évoqué la nécessité de la mise en œuvre de « quotas de binationaux chez les jeunes ». A cette occasion, Laurent Blanc s’était alors laissé aller à ses penchants naturels : « qu’est-ce qu’il y a actuellement comme grands, costauds, puissants ? Les Blacks (…). Je crois qu’il faut recentrer surtout pour les garçons de 13-14 ans, 12-13 ans d’autres critères, modifiés avec notre propre culture ».

Willy Sagnol, ancien joueur de l’équipe de France et ex-entraîneur du club de Bordeaux, s’était montré encore plus explicite en 2014 :« l’avantage du joueur, je dirai typique africain, c’est qu’il n’est pas cher, généralement prêt au combat, on peut le qualifier de puissant sur un terrain. Mais le foot, ce n’est pas que ça, c’est aussi de la technique, de l’intelligence, de la discipline. Il faut de tout. Il faut des Nordiques. C’est bien des Nordiques, ils ont une bonne mentalité ». Que n’a-t-on entendu à ce moment-là le président de la FFF ? Ce dernier était aux abonnés absents. Autant donc dire que cette affaire de fichage sur des critères ethniques et de mise en place d’éventuels quotas dans le foot français basés sur des stéréotypes et des clichés racistes ne datent pas d’hier et la tentation d’utiliser ces pratiques douteuses existe et perdurera encore longtemps chez certains recruteurs et éducateurs.

Indifférence générale

Il n’en demeure pas moins cependant que le foot pour des raisons sociologiques et culturelles évidentes est un domaine où la mixité notamment ethnique et sociale est la plus prégnante. Il n’y a qu’à aller sur les stades ou tout simplement regarder tous les week-ends la composition des équipes que ce soit au sein de l’élite ou lors de matchs de district pour se rendre compte de cette réalité.

On ne peut en dire autant pour les autres secteurs qui touchent à la vie économique et sociale des ultramarins comme le logement, l’emploi, le secteur bancaire, les médias, le cinéma ou même les activités de loisirs (contrôle au faciès dans certaines discothèques) où les problèmes de discrimination et d’inégalité de traitement se posent avec davantage d’acuité dans une indifférence quasi générale, hormis pour ceux qui en sont les victimes. Les nombreuses opérations de testing effectuées par des associations de lutte contre les discriminations témoignent de cette réalité bien française. Un mal récurrent et endémique qui fait dire à certains que la France a un sérieux problème avec ses minorités et ses composantes.

Alors, s’il est nécessaire de dénoncer et de condamner de telles pratiques dans le foot français et plus généralement dans le sport, la montée au créneau de certains politiques s’apparente néanmoins au bal des « faux-cul » eu égard à leur silence coupable lorsque ces pratiques douteuses pourtant passibles de sanctions pénales sont appliquées dans d’autres secteurs essentiels de la vie courante. Mais il est vrai que selon l’expression de Talleyrand « on peut violer les lois sans qu’elles crient ».

Erick Boulard

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