Le CESE a adopté un avis sur les langues régionales pour une meilleure cohésion sociale

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Capture ©TNTV

Présenté ce mardi 25 juin au CESE, le projet d’avis « Valorisons les langues régionales Outre-mer pour une meilleure cohésion sociale » a été adopté par les membres de l’institution en fin d’après-midi. C’est la représentante de Saint-Martin Isabelle Biaux-Altmann qui a élaboré cette étude devenue avis, qui doit désormais être présenté dans les territoires et auprès des Rectorats.

Dans une interview accordée à Outremers360, la représentante de Saint-Martin raconte la genèse de ce rapport, ses principales préconisations et nous explique la notion de « conflit de loyauté » auquel sont confrontés de nombreux jeunes écoliers ultramarins, déchirés entre la langue de l’enseignement et la langue maternelle du cercle familiale. 

Outremers360 : Quelle est la genèse de ce rapport sur la valorisation des langues régionales Outre-mer ? Pourquoi le CESE a-t-il décidé de se pencher sur la question ? 

Isabelle Biaux-Altmann : Étant représentante de Saint-Martin, je fais partie du groupe Outre-mer au CESE. Au début de notre mandature, il nous a été demandé par le président de la Délégation aux Outre-mer, Jean-Etienne Antoinette, de dire sur quel sujet nous souhaitions travailler. J’ai vécu sur l’île de Saint-Martin où ma mère y a enseigné le Français, et j’ai été nourrie depuis le plus jeune âge à toutes les problématiques qui se posent puisque le Français est enseigné à Saint-Martin de la même manière que sur tout le territoire national. J’entendais souvent les enseignants regretter de ne pas pouvoir accueillir les enfants aux moyens de leur langue maternelle pour justement leur faciliter l’apprentissage du Français. Voilà la genèse, ça part de l’humain, des histoires humaines. Ensuite, le sujet a été proposé à la Délégation, puis au Bureau du CESE, au Président avant d’être validé.

Vous évoquez l’exemple de Saint-Martin qui est un parfait exemple de mixité linguistique, mais vous êtes-vous rendue sur d’autres territoires pour l’élaboration de ce rapport ? 

Bien évidemment, ça a été l’objet de cette étude qui s’est transformé en projet d’avis. C’est un travail collectif et nous avons auditionné les personnes expertes en la matière des différents territoires qui nous a permis d’établir un état des lieux car les problématiques sont très différentes d’un territoire à l’autre. Il y a des territoires déjà très avancés qui ont mis en place des méthodes, où il y a déjà des académies, je pense notamment à la Polynésie française et à la Nouvelle-Calédonie. En face, il y a le problème important de Mayotte, de Guyane ou encore de Saint-Martin. Pour Saint-Martin, une des préconisations de ce projet d’avis est la reconnaissance du « Creole english » dans les langues de France.

Quelles sont les principales autres préconisations ? 

La principale préconisation c’est la ratification de la Charte européenne des langues régionales et minoritaires. Elle a bien été signée par la France mais à ce jour, toujours pas ratifiée. C’est un frein au développement de l’enseignement des langues régionales. À partir du moment où cette charte serait ratifiée, l’Éducation nationale serait obligée de mettre les moyens à disposition, de flécher les parcours, … À mon sens, c’est le premier obstacle à lever.

Bien sûr, le CESE a souhaité traiter sous un angle différent, celui de la cohésion sociale. Dans ce groupe Outre-mer nous sommes tous issus de territoires ultramarins et nous avons tous conscience des problèmes, notamment celui du conflit de loyauté, dont très peu de personnes en parlent. L’enfant accueilli en maternelle, où on ne lui parle qu’en Français, se bloque, se replie. Il bloque sa curiosité alors qu’à cet âge on est ouvert, on a envie d’apprendre, on a facilité à apprendre. Au contraire de cela, l’enfant se replie sur lui-même et ne peut pas progresser car il se retrouve dans un conflit entre la langue enseignée et la langue natale utilisée dans la famille. Il a l’impression de trahir sa famille.

Nous ne sommes pas en train de dire : « exit le Français ». Au contraire, les deux s’additionnent : le Français et les langues régionales. Il y a des territoires où il y a des langues régionales et il faut permettre l’apprentissage de la langue française au moyen de la langue régionale. L’enfant se sentira valorisé, reconnu dans son identité, dans ce qu’il est et il aura envie d’aller vers l’autre et maîtriser plusieurs langues. Il est prouvé scientifiquement que l’apprentissage de plusieurs langues dès le plus jeune âge est positif sur le plan cognitif. Et lorsqu’un humain est épanoui, tout est possible.

Ce problème que nous avons traiter à l’échelle ultramarine se pose également dans l’Hexagone avec le Breton, l’Occitan, le Basque, le Corse, …

Plusieurs de ces langues seraient en danger aujourd’hui, est-ce également un moyen de préserver les langues régionales ? 

Tout à fait. Hélas on ne pourra pas toutes les sauver mais ce sera un moyen. Nous avons aussi mis l’accent sur l’actualité et notamment la réforme du baccalauréat et le CESE aimerait que l’État revoie sa position puisque les langues régionales pourraient être encore fragilisées par cette réforme.

Et avec cet avis, pensez-vous avoir une oreille attentive des pouvoirs publics ? 

Les signes ont déjà été envoyés par la population et par ce qui a pu être dit lors du Grand débat. Ce n’était pas la question prioritaire mais pas mal de personne qui s’y sont intéressées. Du côté du CESE, on a fait le travail en espérant. Maintenant les choses n’évoluent pas aussi rapidement mais nous continuons le travail en espérant qu’il soit utile à d’autres, à ceux qui vont nous succéder et qui continueront à défendre cette richesse.

 

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