Grève générale à Mayotte: « Les Mahoraises et Les Mahorais ne croient plus à ces promesses sans lendemain » affirme le collectif des Mahorais de France

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Une nouvelle journée « Ile Morte » s’est tenue ce mercredi 7 mars à Mayotte où plusieurs milliers de  personnes ont répondu à l’appel de l’intersyndicale (entre 12000 et 20000 manifestants selon les organisateurs).Dans l’Hexagone, la crise que traverse le 101ème département inquiète également les Mahorais de l’Hexagone, à l’instar du Collectif des Mahorais de France. Le Collectif dénonce entre autre « un mépris » et la prise de « mesurettes »de la part du gouvernement face à la situation dans le département.

 

1) Mayotte est paralysée depuis trois semaines par une grève générale. Avez-vous des retours sur la situation de l’île ?

Je voudrais tout d’abord vous dire un grand merci d’avoir permis à notre association de s’exprimer à travers votre média, sur la situation dramatique que vivent les Mahoraises et Mahorais depuis de très nombreuses années et particulièrement en ce moment. Cette situation a débouché sur la grogne sociale que vous connaissez depuis le 20 février dernier et dont les causes sont multiples :immigration clandestine de masse totalement incontrôlée : 7 500 naissances au moins par an sont le fait de personne en situation irrégulière…Une situation économique loin de l’égalité réelle qui a fait l’objet d’une loi mais dont l’application n’est toujours pas étendue à Mayotte. Une insécurité totale rendant la vie impossible à Mayotte : les enfants ne peuvent plus aller à l’école, plus personne ne peut aller au restaurant le soir, aucune activité culturelle organisée les soirs, personne ne peut faire une randonnée…

C’est en effet la 3 ème semaine depuis que Mayotte est paralysée avec toutes les conséquences que cela suppose tant au niveau économique que social, et nous avons peur que la situation ne dégénère si aucune mesure d’envergure n’est prise en urgence.

Nous craignons que si la situation perdure, du sang va couler à Mayotte parce qu’un affrontement inter-communautaire (entre Mahorais et étrangers en situation irrégulière) deviendra inéluctable.

Les mahorais, ces Français qui aiment tant la France, ont le sentiment d’être punis pour cela, ils se sentent méprisés voire reniés par rapport au choix de la liberté qu’ils ont faite depuis 1958 et réitéré en 1974, 1976 et plus récemment, en 2011.

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2) Le Ministre de l’Intérieur et la Ministre des Outre-mer ont promis l’instauration d’une zone de sécurité prioritaire et l’envoi de renforts supplémentaires. Est-ce des réponses suffisantes ?

Certes on ne va pas cracher dans la soupe mais ces mesures annoncées depuis Saint Martin sans concertation avec les élus de Mayotte, n’ont pas reçu la confiance des Mahoraises et des Mahorais qui ne croient plus à ces promesses sans lendemain, « balancées » en l’air compte tenu de la façon dont elles ont été annoncées.

Pour faire une analogie peu heureuse, j’en conviens, je dirais que lorsque qu’on souffre d’une gangrène, il y a 2 façons de la soigner : la première façon, de très de courte durée, consiste à prescrire de la morphine pour calmer de façon immédiate la douleur, sans pour autant la soigner ; la 2ᵉ façon, la plus efficace et la plus sérieuse, est de prévoir un traitement adapté pour en finir de façon définitive avec ce mal.

A Mayotte, à chaque crise, les gouvernants de notre pays, toute tendance politique confondue, nous proposent sa solution « magnégné », comme on a l’habitude de le dire là-bas, c’est-à-dire, très court-termiste et empirique, sans aucune espèce d’efficacité dans la durée…

A titre d’exemple, lors de la crise de 2011 « contre la vie chère », le gouvernement avait décidé de distribuer des bons d’achat alimentaires aux familles en grande précarité pour corriger les inégalités sociales. Les critères de sélection des bénéficiaires étaient tellement drastiques que très peu de familles en ont bénéficié réellement et les crédits dédiés n’ont pas pu être consommés intégralement.
En 2017, alors que Mayotte traversait une sécheresse et donc une pénurie d’eau sans précédent, on nous avait promis des tankers d’eau que personne n’a vu, qui arriveraient depuis la Réunion pour faire face à cette pénurie d’eau…

Permettez-moi de vous dire que ces mesurettes sont loin de répondre aux attentes de la population et confortent bien au contraire, le sentiment de mépris de la part de nos gouvernants à l’égard des mahorais.

3) Quelles sont les actions à mener pour sortir Mayotte de cette spirale ?

Nous ne demandons pas l’aumône.

Nous demandons que notre pays respecte aussi Mayotte, comme partout ailleurs dans un territoire français, les principes constitutionnels, ciment de notre démocratie. Les mahorais demandent le retour de l’État sur le territoire car il est totalement absent, que l’État s’occupe d’eux et non l’inverse, un peu de considération ne serait pas de trop…

Le gouvernement doit permettre aux Mahorais d’avoir accès aux services publics, aux soins et à la santé, à l’éducation des enfants…

Nous demandons que notre pays respecte les 3 piliers qui constituent la devise de notre République, « liberté, égalité et fraternité ».

Car la liberté, pour nous, c’est être Français ! Comme le disait le regretté Président BAMANA « être Français pour rester libres! », c’est tout le combat de nos anciens ! Et le vote libre des Mahorais est dans la réalité confisqué puisque Mayotte demeure le réceptacle de la gestion catastrophique des Comores, donc de l’immigration clandestine qui en découle, de la submersion du système de santé et de nos écoles, collèges et lycées !

A Mayotte, le mot liberté a perdu au fil des temps, toute sa signification : aujourd’hui, on ne peut plus circuler librement, nos enfants ne peuvent plus aller à l’école librement, le personnel de santé et d’éducation fait l’objet d’agression permanente sur leur lieu de travail, la population ne plus dormir tranquillement, sans avoir la peur au ventre…

Et pire encore, les Mahorais ont le sentiment de ne plus pouvoir choisir librement le statut de leur territoire. Ces quelques 95 % de la population qui s’était exprimé en faveur du statut de la départementalisation se serait trompé, nous dit-on, car ce choix ne semble plus convenir à ces érudits qui conseillent le pouvoir…

Le mot égalité n’a jamais eu de sens dans ce territoire : alors que le montant de la dotation globale de fonctionnement est de 409,69 € par habitant chez nos compatriotes Guadeloupéens, de 446,28 € en Martinique, 508,95 € à Saint Pierre et Miquelon, elle n’est que de 135 € par habitant à Mayotte.

Quand le nombre de bénéficiaires de la CMU est de 107 000 en Guadeloupe, de 86 000 en Guyane, de 309 000 à la Réunion, il n’est que de ZERO « pointé » à Mayotte.

Et ces exemples d’inégalités sont tout aussi nombreux que des cheveux sur une tête…

Et que dire de la Fraternité !! Ce sentiment de mépris de la part de nos gouvernants déjà difficile à admettre, est conforté par une certaine presse dont l’éditorialiste propose « la vente de Mayotte » !…une provocation ? Quel mépris et quelle honte !

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Plusieurs milliers de personnes ont défilé ce 7 mars © Droits réservés

4) Qu’attendez-vous comme réponse du gouvernement pour répondre à cette grève générale ?

Nous attendons d’être considérés comme des gens responsables, comme des Français à part entière, tout simplement… capables de faire un choix pour l’avenir de leur territoire et soucieux de mener une véritable politique pour sortir du sous-développement !

Car sans développement, sans création de valeur ajoutée et d’emplois dans ce territoire, aucun retour à l’ordre et à la sécurité ne sera durable !

Nous attendons que notre pays assure et affirme enfin ses pouvoirs régaliens en matière de sécurité, d’éducation, de santé…que l’État retrouve sa crédibilité pour espérer un fonctionnement qui puisse permettre le retour de la confiance de l’ensemble des Mahoraises et des Mahorais.

Parmi les remèdes structurels à mettre en place, une véritable politique de coopération bilatérale entre la France et les Comores, qui permette à notre pays d’investir chez nos voisins dans les domaines de la santé, de l’éducation et du logement.

Il est vital et urgent pour Mayotte que le gouvernement change les pratiques en matière de droit des étrangers pour donner enfin de l’efficacité aux procédures administratives. Nous voulons par ailleurs qu’une réflexion soit engagée de façon immédiate sur le principe du droit du sol afin d’en exonérer Mayotte. Nous exigeons une négociation ferme avec les Comores, afin de conditionner la coopération bilatérale à un vrai effort des autorités comoriennes contre les passeurs qui exploitent la misère populaire.

Les réponses à la présente crise ne peuvent et ne doivent pas être seulement budgétaires, elles sont aussi régaliennes, et commencent par un respect de la parole donnée par la République aux Mahorais.

Parce que nous sommes des gens responsables, nous savons que le développement de Mayotte ne se fera pas uniquement depuis Paris et par des technocrates parisiens.

5) Entendez-vous mener des actions (mobilisations) dans l’Hexagone pour faire réagir le gouvernement ?

Le Collectif des Mahorais de France va organiser dans les prochaines heures, une grande manifestation à Paris et dans toutes les villes de France, pour relayer au niveau national, la colère et le désarroi des Mahorais.

Pour terminer, je voudrais conclure en citant un dicton mahorais qui dit « qu’un corps mort ne craint plus sa décomposition »… Sachez que les Mahorais sont déterminés et sont prêts à aller jusqu’au bout !

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Lors du point-presse à la sortie du Conseil des Ministres de ce jour, le porte-parole du Gouvernement Benjamin Griveaux a annoncé que la Ministre des Outre-mer se rendra « très prochainement » à Mayotte. La veille à l’Assemblée Nationale, Annick Girardin a indiqué  l’envoi de nouveaux renforts pour assurer la sécurité aux abords des établissements et des transports. Une conférence sur l’avenir de Mayotte  se tiendra prochainement également.

 

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