François Fillon: Quels Outre-mer ?

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 © ERIC FEFERBERG/Getty Images

Editorial d’Outremers360 par Benoît Saudeau

 

Ce serait l’homme du terroir sarthois plus que des dorures parisiennes, passionné de courses au volant plus que d’idéologies brouillonnes?

Ça tombe bien. Car quels sont ces bouts de France qui échappent le mieux aux stratégies savantes convoquées les soirs d’élection? Et où trouve-t-on ces littoraux de la République où toutes les révolutions se vivent en temps réel, au rythme soutenu des alizés que les électeurs apprécient tant quand ils y partent en vacances? 

Sauf dans le fil info des sites spécialisés, dont le nôtre, ces parcelles de France essaimées sur tous les océans de la planète sont pourtant restées désespérément absentes tout au long de cette campagne des primaires. C’est dommage. Comme la culture ou les sports qu’on évoque « quand le temps le permet », comme on dit à St Pierre et Miquelon, les pays d’outre-mer n’arrivent que déguisés en variables d’ajustement, en cartes postales ensoleillées, en petits plaisirs gourmands servis en dessert des soirées électorales, comme des excuses tardives faites à des français vivant hors des frontières d’un hexagone où l’hiver n’est pas la seule manifestation de la frilosité ambiante. Dimanche soir pourtant, les résultats du scrutin ultramarin étaient les premiers à tomber puisque pour des raisons de décalages horaires, les Collectivités d’outre-mer avaient voté samedi. Sait-on que Mayotte ou la Réunion pourraient devenir des pays-tests pour avoir donné dès 20h les résultats identiques aux scores nationaux de chaque candidat? Et qu’au nom d’une vieille fidélité à Jacques Chirac, les Wallisiens avaient plébiscité Alain Juppé? 

On entend les cris d’orfraie des commentateurs jacobins. C’est vrai que quelques dizaines de voix exotiques venues du diable vauvert ne sauraient compter dans le destin d’un pays… Voire.

Serait-ce la énième preuve que la France ne sait pas quoi faire de ses outre-mer et qu’ignorant ses banlieues mondiales, on ne savait même pas leur ménager in extremis une petite place dans les entre-soi télévisés? Ou alors, au risque de froisser les tenants de l’endémisme ultramarin, le silence radio sur les outre-mer serait plutôt la manifestation d’un plafond de verre qu’auraient brisé les français d’ailleurs : leurs dossiers autrefois claquemurés dans la rubrique tropicale seraient maintenant sortis des étroits radars outre-mer pour rejoindre en fanfare le quotidien banal de l’actualité nationale: chômage, délinquance, terrorisme, mais aussi décentralisation, économie nouvelle, environnement, créativité, métissages et mobilité? Faudrait-il alors s’en satisfaire ou en pleurer, se réjouir de cet alignement de nos planètes nationales ou redouter de voir s’estomper les singularités distinguant la France d’ici et celle de l’autre côté de la mer?

Au générique du nouveau feuilleton électoral où aucune pause ne sera autorisée pendant six mois, mettons donc un cierge – laïc – à St Expédit, le « saint assurances tous risques » de la  Réunion : que nos futurs dirigeants, quels qu’ils soient, à commencer par celui sélectionné dimanche, disent vite ce qu’ils veulent faire de cette France hors frontières, mais pas hors jeu: les mécanismes fragiles des Accords calédoniens seront-ils respectés et les dividendes acquis depuis 30 ans pourront-ils être réinvestis dans une paix définitive? La réforme communale des Archipels et le toilettage du statut seront-ils menés à bien en Polynésie où se perdront-ils dans le bleu profond des lagons? La rigueur annoncée dans la gestion de la fonction publique épargnera-t-elle la lutte contre les orpailleurs en Guyane et l’immigration illégale à Mayotte? L’empreinte régionale que réclament les élus antillais et ceux de l’Océan Indien au nom de leur intégration géographique sera-t-elle confirmée, confortant ainsi la diplomatie de Paris? Qui remplacera la morue fantasmatique des eaux froides de la France d’Amérique? Comment aider la Réunion à devenir le laboratoire grandeur nature de nos énergies propres? Comment la lointaine Europe peut-elle davantage s’incarner dans des interventions plus tangibles pour le commun des mortels? Comment faire vivre les langues régionales sans penser qu’elles affadissent notre langue française? Dans les îles du Pacifique, comment faire coexister efficacement, c’est à dire sans folklore ni culpabilité, des légitimités coutumières et républicaines que tout sépare? Et, au nom d’une Histoire qui ne bégaierait plus, comment refermer à jamais la blessure de la colonisation maladroitement assimilée à un « partage de cultures »?

Paix, mémoire, fonctionnement des institutions, collectivités locales, économie souterraine, relève des ressources traditionnelles, compétences régionales, Europe, identité: et les outre-mer ne seraient pas des terroirs de France?

En attendant le finaliste de janvier, puis celui de mai, François Fillon est depuis dimanche l’homme des terres de France désigné, disent les exégètes des résultats, par une majorité de ses semblables. Sera-t-il aussi l’homme des mers de toutes les France, celles qui marquent nos horizons communs, de la Pointe du Raz à la Pointe Vénus et des calanques de Cassis jusqu’au Diamant de Martinique?

Benoît Saudeau, Outremers 360

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