« En 2019 nous continuerons à porter la voie d’une économie réunionnaise fière de ses entreprises, de ses traditions et de ses innovations », assure Dominique Vienne

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Dominique Vienne, président de la CPME Réunion ©Johny Abitbol

Dans une interview exclusive accordée à la rédaction d’Outremers 360, Dominique Vienne, président de la CPME et de l’association SBA (Stratégie bon achat), fait le bilan de l’année 2018, entre la mise en place de la « dynamique REELLE », le projet de loi de Finances Outre-mer ou encore, le mouvement des gilets jaunes à La Réunion. Pour 2019, Dominique Vienne appelle à ce que « chaque Réunionnais(e) et chaque entreprise locale prennent conscience de leur rôle d’acteur du destin du territoire, par leur choix de consommation : des achats locaux pour des emplois locaux ». 

Quels ont été pour vous les événements importants à La Réunion cette année 2018 ?

Ponctuée par la mise en œuvre de notre feuille de route D.E.F.I., l’année 2018 a constitué un véritable marqueur de lisibilité et de légitimité sur le territoire. Nous avons rendu nos actions plus lisibles en allant à la rencontre des chefs d’entreprise afin de leur exposer notre vision de l’entrepreneuriat de territoire et trouver le meilleur accompagnement possible pour les accompagner dans leur quotidien et leur environnement d’affaires. Nous avons, dans le même temps, continué à améliorer notre offre de services afin d’être l’interlocuteur privilégié des entrepreneurs réunionnais.

Nos nombreuses commissions ont permis par ailleurs d’informer et de contribuer aux différents projets de réformes qui se sont enchaînés cette année : formation professionnelle, Loi de finances, Sécurité sociale avec les exonérations de charges sociales. Ce dernier dossier a particulièrement mobilisé nos forces. Nous avons activé tous les leviers institutionnels par le biais de nos députés, des Ministères concernés et plus récemment du Sénat et de l’Élysée, afin de porter la voix de nos entrepreneurs et de notre économie. Je n’oublie pas au passage, notre mobilisation contre le prélèvement à la source qui érige le chef d’entreprise en percepteur. Nous continuons d’ailleurs à être mobilisés sur ce sujet en veillant aux conditions de mise en application de cette décision dés le 1er janvier et nous avons nationalement demandé, son évaluation dés la fin du 1er trimestre.

Parallèlement à ces activités sur « le terrain » de défense des intérêts des TPE PME Réunionnaises, nous avons investi pour construire un regard différent de nos territoires océaniques, au niveau national et européen, et présenter La Réunion comme une terre de solutions, d’innovations et d’espoirs. En un mot : Faire de la Réunion un modèle en matière d’ancrage territorial de la valeur ajoutée.

Une économie ancrée dans le territoire

La Stratégie du Bon Achat, qui cherche à maximiser les effets économiques de la commande publique au bénéfice de nos entreprises locales, se renforce chaque mois par le travail de tout les signataires (collectivités, syndicats professionnels et opérateurs publiques), et s’est depuis exportée en Bretagne. Nous travaillons pour l’amener en Nouvelle-Calédonie, à Tours, Nantes et Toulouse. Nous avons également porté auprès des ministères concernés, une mesure innovante afin de réduire les tensions entrepreneuriales liées aux délais de paiement par la mise en œuvre de l’affacturage inversé.

En effet ce n’est pas à l’entreprise de supporter les tensions et les risques de trésorerie des collectivités. Il faut agir sur le fait générateur. C’est à la collectivité ou la grande entreprise de trouver son financement pour payer ses fournisseurs. Dans le même temps, l’étude sur le Ré-Enracinement de l’économie locale, qui doit servir à créer un nouveau modèle économique basé sur la relocalisation des fuites économiques du territoire, fait aussi son chemin en Guadeloupe et a rencontré un vif succès au Ministère de la Transition Écologique.

De l’étude REELLE à la dynamique REELLE

L’étude ainsi livrée au territoire réunionnais est devenue en 2018 une dynamique, par une appropriation des conclusions par les Chambres consulaires et va devenir un plan de déploiement d’actions par filières dans le commerce, l’industrie, l’artisanat et l’agriculture. Nous avons aussi valorisé l’engagement de l’entrepreneur pour faire gagner le territoire par une mise en lumière de celui-ci : le trophée Entreprise et Territoire a clôturé sa deuxième édition en juin 2018 en récompensant l’entreprise locale Cogedal et l’entreprise gourmande Calicoco.  Enfin, nous avons, grâce à nos mandataires notamment, œuvré pour incarner un dialogue social territorial inspirant. Car ce qui fonde l’authenticité de nos identités patrimoniales est le rapport direct avec le territoire. A cet effet, nos collaborateurs sont nos meilleurs ambassadeurs et il nous appartient de créer les conditions pour mieux se reconnaître. C’est pourquoi la CPME Réunion a investi en 2018 dans un projet de qualité de vie au travail AT’MOT’SPHERE, basé sur des expérimentations lancées dans une vingtaine de TPE sur le territoire afin de faire progresser le dialogue social dans l’action au quotidien. Les bénéfices de la QVT sont ainsi accessibles aux TPE réunionnaises, comme pour les PME.

Toutes ces actions sont l’éclairage de notre plus grande conviction : la CPME Réunion est et sera toujours ancrée dans l’action, dans l’expérimentation et, dans la réalité du dirigeant ou des institutions. Elle œuvrera toujours, par le biais de projets, à changer les situations inconfortables, à proposer des alternatives ou de nouveaux modèles.

Le budget Outre-mer a fait l’objet de vives contestations de la part du monde économique, qu’en est-il aujourd’hui ? Quelles seront les prochaines étapes pour vous ?

Suite à la fin annoncée de la Loi de développement pour l’Outre-mer (LODEOM), la FEDOM et les syndicats patronaux ultramarins qui la composent ont effectué un travail de fond sur la mise en œuvre de la PLF et PLFSS 2019, et bien sur leurs déclinaisons en revue des aides économiques. Malgré nos argumentations étayées et nos demandes de cadres visibles, lisibles et à la hauteur de nos enjeux territoriaux ; le compte n’y est pas, pour les TPE réunionnaises notamment. La ministre des outremers nous a toutefois indiqué que cette année 2019 était une année de transition car il fallait absolument gérer la fin du CICE et son remplacement par des baisses de charges décidé par le président de la République.

Aussi j’attends que le gouvernement concrétise cette trajectoire de négociation et de remise à niveau du cadre fiscal et social de nos territoires, dés la PLF et PLFS 2020.  Cette ambition nationale nécessaire pour nos territoires de la France océanique doit donc se concrétiser par un contrat de convergence et de transformation économique, enfin écrit, négocié et stabilisé sur dix ans. Nous avons déjà perdu deux années budgétaires car la loi égalité réelle voté en février 2017, n’a pas trouvé ses déclinaisons budgétaires par les plans et contrats de convergences annoncés, ni en 2018 et ni en 2019.  C’est dans ces seules conditions de réciprocité d’engagements que les entreprises réunionnaises, en tant que force d’innovation, de proposition et de création d’emplois, pourront assumer leur rôle central et attendu pour le développement économique et social, de notre île et de la France océanique.

Comment se porte l’économie réunionnaise, quels sont ses défis ? La crise des gilets jaunes a fait ressortir une société très fragile ? Quelles sont vos préconisations ?

L’économie globale et celle de la Réunion particulièrement, a crée depuis prés de 60 ans et malgré quelques trous d’air, de la valeur comme jamais précédemment, et les progrès sociaux ont été indéniables. De nouvelles puissances économiques émergent, je pense aux GAFA notamment, et de nouvelles ruptures se dessinent à l’horizon avec la digitalisation de toutes les filières économiques. Cette course à la performance économique pousse chacun des acteurs de l’économie à proposer des modèles toujours plus complexes et souvent déconnectés du territoire et de ses habitants.

©Préfet de Réunion Twitter

©Préfet de Réunion Twitter

L’économie s’est beaucoup trop financiarisée pour s’éloigner de l’acte basique qui consiste en la production, la distribution, l’échange et la consommation de biens et de services locaux. Pour beaucoup de nos concitoyens, l’économie est donc devenue un concept dénué de sens, où l’on peut s’enrichir d’une crise et où le milliard d’euros est l’unité de compte. Et pourtant une autre économie plus réelle, celle de la proximité, est partout autour de nous, à chaque instant de notre vie : notre artisan, notre boulanger, notre fleuriste, notre comptable, ….

De même, les moyens d’expressions directes se démocratisent en masse, les stratégies durables se confrontent à des réactions immédiates, les réseaux sociaux englobent des milliers « de fans » volatiles… Une économie abstraite et « la virtualisation de la démocratie »  rendent inévitable les crises de confiance et de démocratie représentative, qui y ont trouvés leur ferment. L’espace publique et le bien commun sont en quête de sens et chacun(e) cherche à comprendre, à son niveau, les mécanismes de l’effet papillon économique. Quelles relations entre cette famille américaine qui s’est surendettée pour acheter une maison et mes frais bancaires ? Quel rapport entre les niveaux de risques financiers sur les marchés et mon niveau de retraite ?

C’est pourquoi la révolution longtemps silencieuse, maintenant bruyante depuis le 17 novembre avec les gilets jaunes et qui marque le 21éme siècle, est pour moi celle de l’accès au savoir et le rapport à l’intérêt général.  Rappelons-nous que la somme des intérêts particuliers n’a jamais et ne sera jamais l’intérêt général.

Je suis intimement convaincu que l’économie marchande et celle de l’ESS, portent en leur sein les clés de notre destin. Revenons aux fondamentaux : production, distribution, échange et consommation de biens et services locaux. Repositionnons l’entreprise comme lieu principale de création de valeur économique durable, partageable et source de lien social. L’entreprise est la solution et pas le problème !

Sur un territoire insulaire comme le notre, où la transition d’un modèle post-départementalisation vers celui d’une société moderne, s’est faite dans l, précipitation de l’histoire, la place centrale de l’entreprise est à (ré)affirmer avec force.

Oser la Réunion

Trop souvent mises à l’écart des politiques de développement de La Réunion depuis la départementalisation et souvent considérés comme des moyens de transformer des subventions publiques en emplois, les entreprises réunionnaises ont été éloignées de la gouvernance du territoire. Aussi qu’il s’agisse de grandes entreprises familiales ou de petites entreprises unipersonnelles, ces dernières doivent pouvoir trouver leur place dans l’élaboration des stratégies de développement de La Réunion mais elles doivent aussi pouvoir transmettre a notre jeunesse, parfois sur « le bord du chemin », l’esprit d’entreprendre, à l’exemple de la fondation d’entreprises FOND ‘Ker récemment crée.

Nous avons la chance de vivre sur un territoire à taille humaine ou les hommes et les femmes réunionnaises ont façonnés avec leur sang, leurs larmes et leur sueur, une île où certes tout n’a pas été facile mais où tout reste possible. Profitons du sens de notre Histoire, pour en donner à notre avenir mais surtout croyons d’abord en nous mêmes et en nos capacités d’entreprendre : il nous faut oser La Réunion !

Comment voyez-vous l’année 2019 et quels sont les grands chantiers pour l’année 2019 pour la CPME ? 

L’entrepreneur se doit d’être optimiste et de voir une opportunité dans chaque situation. Ainsi, le mouvement social qui secoue notre pays nous encourage à poser l’ancrage territorial comme socle et comme caisse de résonance des futurs choix de politiques publiques. L’ancrage territorial c’est la maximisation des retombées économiques et sociales sur le territoire, de toute politique publique ou privé, comme de la consommation des ménages. Dans une économie mondialisée, le territoire devient en effet le lieu par excellence où chacun peut (re)donner du sens à son action ou à son engagement.

Entreprises et territoire, un destin commun

En 2019, chaque Réunionnais(e) et chaque entreprise locale devront prendre conscience de leur rôle d’acteur du destin du territoire, par leur choix de consommation : des achats locaux pour des emplois locaux. Le mouvement des gilets jaunes de cette fin d’année a aussi été révélateur de l’urgence que représente la refondation de notre pacte social avec une démocratie plus participative pour davantage de fierté locale et d’emplois locaux. Face à ce défi de taille, la CPME Réunion se tient prête à poursuivre ses contributions en faveur de la maximisation des retombées locales et de l’expression d’une démocratie participative. Chez nous 1 entrepreneur ou 1 syndicat = 1 voix, quelque que soit le chiffre d’affaires ou le secteur d’activité. Il n’y a pas de petit ou grand patron mais que des grands entrepreneurs !  L’essentiel c’est le courage d’entreprendre, l’esprit d’entraide et la volonté d’ancrage territorial de la valeur ajoutée.

En 2019 nous continuerons à porter la voie d’une économie réunionnaise, fière de ses entreprises, de ses traditions et de ses innovations. L’enjeu de l’économie REELLE, c’est l’augmentation de l’effet multiplicateur par les échanges entre les entreprises locales, par la consommation locale, par l’épargne locale et par l’investissement local qui devront être encore mieux expliqués, partagés et mises en œuvre. C’est la clef d’un développement économique et social durable, soutenable et inclusif mais aussi la façon de (re)construire du lien social entre des personnes qui agissent ensemble.  Notre attachement au territoire, notre histoire et nos traditions culturelles doivent nous permettre de passer d’un « vivre ensemble » issu de la post-départementalisation, à un « faire ensemble » nécessaire à la construction d’une nouvelle économie. Car si nous voulons transformer notre économie, en une économie, REELLE ou endémique, nous devrons choisir :

– voulons-nous une économie locale intégrée sans limite à la mondialisation et qui n’aurait pour but que d’optimiser la consommation de chaque réunionnais(e) par des prix bas avec uniquement des importations de produits et services ?

Ou

– voulons-nous une économie locale fondée sur une pérennisation et une maximisation de la création de richesse locale, en recherchant l’équilibre entre la croissance économique et le progrès social, par la création d’emplois durable et non-délocalisable pour tout(e)s les réunionnais(e)s ?

La CPME Réunion en 2019 contribuera à sa place à faire prospérer une nouvelle forme de gouvernance et d’actions territoriale qui favorise l’émergence de ce que nous appelons l’entrepreneuriat de territoire. Celui qui donne un pouvoir d’achat durable par des emplois locaux et qui permettrait à chaque réunionnais(e) de passer de citoyen consommateur, à citoyen consom’acteur. C’est d’ailleurs une des fortes revendications du mouvement des gilets jaune : pouvoir redynamiser la place des citoyens et des entreprises dans l’action publique et la construction du bien commun.

Propos recueillis par Marie-Christine Ponamalé.

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