EDITO : Après le référendum, s’ouvre en Nouvelle-Calédonie le temps long

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Le Premier ministre Édouard Philippe s’est exprimé, ce lundi 5 novembre, au lendemain du référendum d’autodétermination en Nouvelle-Calédonie. Souhaitant recentrer les échanges sur « les enjeux de société » qui « ont parfois été placés au second plan », Édouard Philippe affiche un enthousiasme moindre quant à l’organisation des deux autres référendums rendus possibles par l’accord de Nouméa, sans pour autant y être catégoriquement fermé. Une certaine idée du temps long qui va s’installer, à l’image des trente dernières années qui se sont écoulées.

Au pays du grand palabre océanien, il ne faut pas être pressé. Indépendantistes et non indépendantistes le savent. D’un côté, les premiers se sont, il y a trente ans, résolus à l’idée d’une décolonisation progressive avec à l’issue un référendum qui, même s’il ne leur donnerait pas la victoire, marquerai un pas supplémentaire vers la pleine souveraineté. De l’autre, les seconds semblent aujourd’hui résignés à composer avec une revendication légitime qui continuera à s’inscrire dans l’ADN calédoniens pour les décennies à venir, tout en rappelant le résultat incontestable de ce 4 novembre. Et la mobilisation de la jeunesse Kanak ne ment pas : le combat pour l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie sera leur héritage. Elle semble aujourd’hui prête à le faire perdurer.

Ainsi le Premier ministre a parlé. Chef d’orchestre du processus d’émancipation calédonien, de Rocard à Valls en passant par Jospin, Édouard Philippe bat la note d’une nouvelle partition, d’une nouvelle donne politique qui va s’ouvrir. La priorité est aux enjeux économiques et sociaux de la Nouvelle-Calédonie : réduction des inégalités, du chômage, poursuite du rééquilibrage économique, diversification de l’économie calédonienne, baisse de la délinquance, de l’insécurité, de l’alcoolisme, des violences faites aux femmes, … La liste est longue. Comme tous les Outre-mer, la Nouvelle-Calédonie ne déroge pas à la règle : les maux sont tenaces, amplifiés, ancrés par un manque de considération et de connaissance du terrain de la parfois trop jacobine République française. Michel Rocard aura vu loin, son accord de Matignon a posé la première pierre d’une décentralisation du pouvoir, de Paris à Nouméa.

Que retenir de ce référendum du 4 novembre ? D’une part, le « non » n’est pas assez massif comme l’aurait souhaité certains « chefs de guerre » pour enterrer la cause indépendantiste Kanak. Et combien même l’aurait-il été, les indépendantistes ont la garantie de l’ONU qui reconnait « le droit inaliénable du peuple de la Nouvelle-Calédonie à l’autodétermination et à l’indépendance ». Ces derniers, forts de leur honorable 43,37%, ne peuvent toutefois prendre le risque de voter seuls l’organisation des autres référendums sans s’attirer les foudres de leurs partenaires loyalistes, et créer la division d’un peuple dont les cicatrices sont à peine refermées. Voilà que s’impose donc le temps du dialogue et du consensus. Un temps long, qui se déplacera probablement sur la future génération, pour permettre à la Nouvelle-Calédonie de se frayer une troisième voie, mêlant à la fois pleine souveraineté et appartenance à l’ensemble français.

Cette solution, qui n’existe peut-être pas dans la Constitution, appelle aussi la France à se renouveler. « La France est une République fédérale qui s’ignore » estime par exemple le député indépendantiste polynésien Moetai Brotherson. L’ancien garde des Sceaux Jean-Jacques Urvoas écrivait également, dans une note juridique, que la solution calédonienne « se situe entre État associé et État fédéré ». Raison de plus de laisser du temps au temps. Du temps à la Nouvelle-Calédonie pour continuer à s’émanciper et grandir, et du temps à la République pour accepter de se renouveler et permettre à ses Outre-mer de pleinement s’exprimer. Et après tout, n’est-ce pas cela que l’on attend d’une Nation ? Qu’elle soit capable d’évoluer à l’image de ses femmes et hommes, et faire face aux vicissitudes du temps ?

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