Document exclusif : « On n’est jamais allé aussi loin » dans la révision du procès Pouvanaa a Oopa, confie Sandro Stephenson, arrière-petit-fils du père du nationalisme tahitien

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Stèle de Pouvanaa a Oopa à Papeete ©Outremers360

Pour la Polynésie française, ce 10 mai marque l’anniversaire de naissance de Pouvanaa a Oopa, considéré comme le père du nationalisme tahitien, accusé à tort en 1958 d’avoir voulu incendier la ville de Papeete et condamné à l’exil dans l’Hexagone durant 15 ans. En décembre dernier, soit près de 60 ans après cette condamnation, la Commission d’instruction de la cour de révision et de réexamen a décidé de renvoyer l’affaire Pouvanaa a Oopa devant la cour de révision.

La décision finale, attendue avant la fin 2018, pourrait avoir un retentissement sans précédent pour cette Collectivité du Pacifique, tant Pouvanaa a Oopa a marqué l’Histoire du « Fenua ». Rencontré peu de jours après l’annonce de la révision de l’affaire Pouvanaa a Oopa, son arrière-petit-fils Sandro Stephenson s’est confié en exclusivité à Outremers360 lors d’un long entretien à retrouver au bas de l’article.

Pouvanaa a Oopa est né le 10 mai 1895 sur l’île de Huahine (archipel de la Société), année d’annexion de son île par l’Etat français. Il décède le 10 janvier 1977 à Papeete, 9 ans après son retour d’exil, alors que la Polynésie connait son premier statut d’autonomie de gestion. Pouvanaa a Oopa s’engage dans le Bataillon du Pacifique lors de la Première guerre mondiale pour défendre la République. Emu par les injustices de l’administration coloniale, il se lance en politique et devient le père, le Metua, du nationalisme tahitien. En 1949, il accède au poste de député de la Polynésie et fonde le Rassemblement démocratique des populations tahitiennes (RDPT). Pouvanaa a Oopa fut un fervent défenseur d’un statut d’autonomie et devient en 1957, le premier Vice-président du Conseil du gouvernement en Polynésie, grâce notamment au statut résultant de la loi-cadre Deferre.

Pouvanaa a Oopa a été arrêté en 1958 ©Tuatau Production

Pouvanaa a Oopa a été arrêté en 1958 ©Tuatau Production

En septembre 1958, Pouvanaa a Oopa prône le « non » au maintien de la Polynésie au sein de la République lors du référendum constitutionnel. Le Metua connait alors son premier échec électoral et se voit accuser, moins de 15 jours après, d’avoir voulu incendier la ville de Papeete. Il est alors arrêté, démis de ses fonctions parlementaires malgré son immunité, jugé et condamné à l’exil durant 15 ans. Le destin de Pouvanaa a Oopa est intimement lié à la souveraineté de la République française. Son positionnement nationaliste et anticolonialiste gêne les ambitions d’un Chef d’Etat à la recherche de la puissance nucléaire. Le Metua lui, s’estime dans le droit chemin et n’aura de cesse de défendre les intérêts de « son peuple ».

« La France est une grande Nation, c’est pour cela qu’elle me rendra Justice »

En 1968, alors que les essais nucléaires ont débuté deux ans plus tôt en Polynésie, Pouvanaa a Oopa est gracié et autorisé à retrouver sa Polynésie natale. Le Général de Gaulle accède alors à une demande du député Francis Sanford et du jeune Evêque de Papeete, Hubert Coppenrath. A son retour à Papeete, Pouvanaa est accueilli en héros national et devient sénateur en 1971, après avoir été amnistié la même année. Toutefois aux yeux de la Justice, il est toujours reconnu coupable d’avoir voulu incendié la ville de Papeete et ne cessa de clamer son innocence tout en assurant : « Je n’ai ni haine ni rancune, la France est une grande nation, et c’est pour cela qu’elle me rendra Justice ». Décédé coupable, ses descendants prendront le relais de la longue procédure judiciaire pour la reconnaissance de son innocence. Au fil des années, l’ensemble de la classe politique et des Polynésiens soutiendront ce combat.

A son retour d'exil, et malgré la fatigue, Pouvanaa a Oopa continue à se battre pour son peuple. Ici, au centre, lors d'une manifestation anti-nucléaire ©Moruroa e Tatou

A son retour d’exil, et malgré la fatigue, Pouvanaa a Oopa continue à se battre pour son peuple. Ici, au centre, lors d’une manifestation anti-nucléaire ©Moruroa e Tatou

En 2009, l’Assemblée territoriale de la Polynésie créé une commission d’enquête afin de « faire toute la lumière sur l’affaire Oopa et pour solliciter la révision de son procès ». Alors Président de la République, Nicolas Sarkozy avait accepté, grâce à cette commission, l’ouverture partielle du fond d’archives Foccart en avril 2012. Cette ouverture a notamment permis à l’historien Jean-Marc Regnault « d’effectuer une recherche dont les conclusions ont donné lieu à l’adoption unanime, en février 2013, d’une seconde résolution de l’Assemblée polynésienne demandant à la Garde des Sceaux l’ouverture d’une procédure de révision du procès de l’ancien parlementaire polynésien ».

Les Polynésiens mobilisés derrière leur Metua

Début 2012, un documentaire sur Pouvanaa a Oopa avait eu un large succès auprès des Polynésiens. Réalisé par Marie-Hélène Villierme, il avait reçu le Prix du Public lors du FIFO de 2012 et fut le premier film tahitien à être diffusé au cinéma. Si le travail des historiens et juristes ont permis une avancée concrète des démarches judiciaires pour la révision du procès Pouvanaa, ce documentaire a, quant à lui, permis de mobiliser les Polynésiens derrière la figure historique du premier député et premier sénateur tahitien de Polynésie.

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Dans ce nouveau document exclusif d’Outremers360, Sandro Stephenson, arrière-petit-fils de Pouvanaa a Oopa qui a repris le combat pour la réhabilitation du Metua, raconte la longue procédure judiciaire qui a mené à cette décision de révision de ce procès, comparé par les juristes actuels de « justice coloniale ». Il explique également les nouveaux éléments qui ont permis la révision du procès et l’impact du documentaire ‘Pouvanaa Te Metua : L’élu du Peuple’ lors de la campagne présidentielle de 2012, durant laquelle les deux candidats finalistes avaient promis l’accès à des archives permettant la réhabilitation de cette figure de l’anticolonialisme tahitien. Sandro Stephenson revient aussi sur le rôle crucial et majeur de l’ancienne Garde des Sceaux et ministre de la Justice, Christiane Taubira, qui fut en 2014 la seule habilitée à lancer un processus de révision de l’affaire. « Madame Taubira mérite un merci qui n’est pas banal. Pour moi, elle fait partie de la famille », déclare Sandro Stephenson.

©Outremers360

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Convaincu et optimiste quant à l’aboutissement de cette révision, Sandro Stephenson raconte les souvenirs de son arrière-grand-père, un homme politique « qui appartenait à toute la Polynésie » qui, même affaibli par son exil, continua à défendre les intérêts des Polynésiens. « Pouvanaa a Oopa faisait confiance en la Justice, je n’ai pas le droit, moi, de ne pas faire confiance », nous confie-t-il. « On est jamais allé aussi loin dans ce dossier », dit-il également, comme une preuve que l’issue finale permettra « d’effacer une dette » et d’apaiser les mémoires. Enfin, Sandro Stephenson décrit les évidences qui permettent d’être convaincu de l’innocence du Metua, notamment son influence sur les Polynésie : « Pouvanaa était populaire, c’était l’homme du peuple (…). Si Pouvanaa avait donné l’ordre d’aller brûler la ville, elle aurait bel et bien brûlé ». Ce qui ne fut pas le cas.

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