Décès de Jacques Chirac : En Polynésie et en Nouvelle-Calédonie, des hommages nuancés pour un bilan contrasté

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Si à l’unanimité le territoire national a rendu hommage à l’ancien Premier ministre et président de la République, Jacques Chirac, et souligné un « amoureux des Outre-mer », en Polynésie française comme en Nouvelle-Calédonie, les réactions et hommages ont été nuancés… 

« C’est sûr qu’il y a des contrastes dans un bilan, cela fait partie du personnage », résume parfaitement le Haut-commissaire de la Polynésie française Dominique Sorain, qui reconnait « un des Présidents de la République qui a été le plus engagé pour l’ensemble des outre-mer ».

« Il devait être une heure du matin lorsque j’ai reçu ce coup de fil, je me suis assis sur mon lit et j’ai fondu en larmes », a confié Gaston Flosse, co-fondateur du RPR et ami intime de Jacques Chirac. L’ancien président de la Polynésie française était au pouvoir de longues années, alors que Jacques Chirac était Chef de l’État.  « Toutes les grandes réalisations ont été faites ensemble, beaucoup grâce à lui, avec son appui, ses encouragements, et surtout sa participation », poursuit-il en évoquant la compagnie Air Tahiti Nui, la réforme du statut d’Autonomie en 2004 ou encore, la création de l’Université de la Polynésie française.

En 2003, l’ancien président de la République avait effectué une visite en Nouvelle-Calédonie, puis en Polynésie. « J’ai été très heureux de l’accueillir ici » confie encore Gaston Flosse à nos confrères de Radio 1 Tahiti. « Lui-même était heureux d’être là, et la population heureuse de l’accueillir ». De nombreux travaux avaient été réalisés à la demande de Gaston Flosse. « Jacques Chirac devrait être considéré comme le metua (« guide » en tahitien, ndlr) de la Polynésie française ». Proche parmi les proches, un des derniers barons de la chiraquie, Gaston Flosse sera naturellement présent aux obsèques de Jacques Chirac. « Je suis en train de voir pour un avion le plus tôt possible pour partir à Paris, oui, je veux y être absolument ».

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Essais nucléaires et émeutes à Papeete

Ancien numéro 2 du Tahoeraa Huira’atira de Gaston Flosse, l’actuel président de la Polynésie Édouard Fritch rappelle « le fonds de reconversion économique » mis en place par Jacques Chirac à l’arrêt des essais nucléaires, « pour que nous ayons les moyens de rééquilibrer les infrastructures dans notre pays ». « Il faut lui rendre hommage, grâce à lui cette dette est encore aujourd’hui versée au Pays c’est vrai avec encore un petit peu de problèmes ». Cette « dette nucléaire » de 90,5 millions d’euros, appelée aujourd’hui « Dotation globale d’autonomie » vient d’être « sacralisée » et sortira dès 2020 du budget des Outre-mer pour être prélevée sur les recettes de l’État, a annoncé ce vendredi Annick Girardin.

Mais pour une autre partie des Polynésiens, l’héritage de Jacques Chirac est indéniablement lié à la reprise d’une dernière campagne d’essais nucléaires en 1995. Son prédécesseur François Mitterrand avait signé en 1991 un moratoire suspendant pour un an les essais. Ce moratoire avait été renouvelé. « Même si on essaie d’oublier, ces séquelles reviennent à la surface », a déclaré Tony Géros, vice-président du parti indépendantiste polynésien. La reprise des essais avait notamment provoqué des émeutes à Papeete : plusieurs rues de la capitale polynésienne et l’aéroport de Tahiti-Faa’a avaient été incendiés.

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Lorsque les indépendantistes arrivent au pouvoir à l’issue des territoriales de 2004, l’ancienne secrétaire d’état aux Outre-mer Brigitte Girardin promet de « couper le robinet », c’est à dire les subventions à la Collectivité, alors que Gaston Flosse provoque le premier renversement de gouvernement d’une longue période d’instabilité politique en Polynésie. Sous la pression populaire, Jacques Chirac va alors dissoudre partiellement l’Assemblée territoriale fraîchement élue : en 2005, les indépendantistes obtiendront une majorité plus confortable.

flosse-temaru en 2004

Du drame d’Ouvéa à l’accord de Nouméa

Autre part d’ombre de l’héritage de Jacques Chirac : la gestion de la crise calédonienne en 1988. À la veille du second tour de l’élection présidentielle, le gouvernement de Jacques Chirac, en cohabitation avec François Mitterrand, opte le 5 mai pour la manière forte pour libérer des militaires retenus dans une grotte sur l’île d’Ouvéa. L’assaut fait 21 morts : deux militaires et 19 kanak. François Mitterrand parle de « brutalité », Jacques Chirac adresse ses « chaleureuses félicitations » à l’armée. Pour nombre d’observateurs politiques, Ouvéa a contribué à sa défaite le 8 mai 1988.

Mais ce fin connaisseur de la civilisation kanak, avait, lors de sa dernière visite dans l’archipel en 2003, exprimé un soutien sans faille au processus de décolonisation de l’accord de Nouméa (1998). Louis Mapou (UNI-FLNKS) se souvient notamment de son discours « avec le drapeau kanak aux côtés des drapeaux français et européen ». Pour Jacques Lalié, président indépendantiste de la province des îles Loyauté, Jacques Chirac « a œuvré pour que notre corps électoral soit gelé et que l’accord de Nouméa soit signé ». « Sans Jacques Chirac, le destin de la Calédonie aurait été vraiment différent », conclut Pierre Frogier, sénateur et successeur de Jacques Lafleur.

 

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