Crise sociale en Guyane: Un ministre viendra pour la conclusion des travaux

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©Jody Amiet / AFP

Lundi 27 mars, Jean-François Cordet, ancien Préfet de Guyane et Président de la mission interministérielle, a annoncé que Premier ministre Bernard Cazeneuve, avait validé la venue d’un ministre en Guyane pour « conclure les travaux », une fois les négociations abouties. De son côté, la ministre des Outre-mer n’a pas exclu de se rendre en Guyane.

« Le Premier ministre vient de prendre la décision d’envoyer un ministre de la République pour conclure les travaux », a déclaré Jean-François Cordet sur le plateau de Guyane 1ère. Cette annonce serait notamment dûe au refus des collectifs de négocier avec la mission interministérielle, mandatée par le gouvernement ce samedi 25 mars, dans l’objectif de « nouer un dialogue constructif et apaisé afin d’entendre et d’analyser les difficultés soulevées et de poser les bases d’une négociation susceptible de déboucher sur des mesures opérationnelles et rapides ».

Dans l’Hexagone, la crise sociale en Guyane fait l’objet d’un traitement médiatique important et est reprise, depuis ce dimanche, par tous les candidats à la Présidentielle. Dans un communiqué commun envoyé aux rédactions dimanche soir, les ministres de l’Intérieur et des Outre-mer, Mathias Fekl et Ericka Bareigts, ont fustigé « l’invective, l’outrance et l’approximation » de « certains candidats à l’élection présidentielle ou leurs porte-paroles ». « Matthias Fekl et Ericka Bareigts dénoncent fermement une instrumentalisation politique visant à masquer les débats de fond dont la France, les outre-mer en général, et la Guyane en particulier, ont cruellement besoin ».

Invitée sur la matinale de RTL ce lundi matin, la ministre des Outre-mer a appelé au calme et assuré suivre la situation « de très près ». « Depuis que la mission est là, nous avons commencé à débloquer certains sujets, comme avec les pêcheurs ou les agriculteurs », a affirmé la ministre, rappelant qu’il s’agit « d’un travail fait depuis 2012″. Ericka Bareigts n’a pas exclu une venue en Guyane, « nous ne fermons aucune porte, il peut y avoir la possibilité de mon départ pour la Guyane, mais je souhaite que les conditions soient réunies pour une rencontre efficace », ajoute-t-elle. En attendant, les syndicats ont voté la grève générale à partir de ce lundi 27 mars, poussant les Guyanais à s’approvisionner.

Les réactions des candidats à la Présidentielle:

Depuis ce dimanche, la crise sociale en Guyane a fait une irruption remarquée dans le paysage médiatique et politique hexagonal. A la veille de la Présidentielle, les candidats à l’Elysée ont chacun leur petit mot sur la situation de crise qui secoue la Guyane.

François Fillon, candidat Les Républicains, déclare sur sa page Facebook, « cette situation est la conséquence de l’échec de la politique de François Hollande et de son gouvernement qui depuis 5 ans ont multiplié les promesses sans aucun résultat » et assure « le prochain quinquennat doit être celui de la restauration l’autorité de l’Etat afin de lutter vraiment contre l’insécurité, la délinquance et l’immigration clandestine qui minent la Guyane ».

Jean-Luc Mélanchon, candidat de la France Insoumise, a profité de son meeting de dimanche à Rennes pour déclarer: « Il y a un endroit où ça a fini par s’écrouler, et ça se passe en ce moment même, on a pas à être glorieux parce qu’on a mis des jours et des jours à en parler e à s’en rendre compte, c’est à la Guyane française à qui on adresse un immense salue de solidarité ». « La Guyane, c’est la France en Amérique du Sud » a-t-il ajouté, « si j’étais élu (…), nous prendrions notre place (…) comme un partenaire direct avec les pays de l’Amérique latine ».

« Je m’y suis penché. J’ai annoncé que le fond pour l’égalité réelle soit abondé à hauteur de 2,5 milliards d’euros pour financer les grandes infrastructures » a annoncé, de son côté, le candidat du PS Benoît Hamon sur Europe 1. « Je maintiendrai la surrémunération des fonctionnaires » poursuit-il, « je suis attentif à la question des Outre-mer, attentif au pouvoir d’achat et j’ai mis des propositions sur la table qui tiennent compte des spécificités de chacun de ces territoires ».

La candidate du Front national Marine Le Pen a dénoncé le « service cruellement minimum » des gouvernements précédents en Guyane. « La réalité est que depuis dix ans, les gouvernements successifs se sont contentés pour l’outre-mer d’un service qui, à force d’être cruellement minimum, en est devenu coupablement insuffisant », a-t-elle lancé lors de son meeting ce dimanche à Lille. « J’étais en Guyane il y a quelques semaines. J’ai vu et j’ai compris que nos compatriotes de Guyane n’en peuvent plus, ils sont comme nous tous, ils n’en peuvent plus d’une immigration massive; de l’insécurité qu’elle génère ».

Depuis La Réunion et Mayotte, Emmanuel Macron appelle à la raison : « Bloquer les aéroports, bloquer la ville, ce n’est pas acceptable. Il faut en revenir à la raison et au calme ». « Ensuite, il faut prendre des décisions sur l’avenir. La Guyane est un territoire dont les défis sont incomparables, (…). C’est le plus grand département français, il y a une dynamique démographique qui est celle d’un pays en voie de développement et une immigration importante, des défis colossaux. L’Etat doit investir massivement, en termes d’infrastructures, de développement pour aider le territoire guyanais à s’en sortir. C’est le pacte d’avenir », ajoute-t-il.

Philippe Poutou, candidat du Nouveau parti anticapitaliste fustige « le mépris de l’Etat français ». « Cette colère exprimée vient de loin, elle vient du mépris de l’État français pour la Guyane depuis des décennies (…). Le NPA et Philippe Poutou réaffirment la volonté de voir tous les peuples colonisés aboutir à leur autodétermination. Le peuple guyanais nous montre la voix de la mobilisation pour prendre en main son propre destin ».

Nicolas Dupont-Aignan, candidat de Debout la France, a dénoncé la « démission de l’Etat » en Guyane. « Le mouvement social qui paralyse les différents secteurs de l’économie de même que les établissements publics est la conséquence d’une démission de l’Etat qui n’a que trop duré ». « L’envoi d’une simple mission de hauts fonctionnaires est à juste titre perçu comme l’expression d’une forme de mépris », poursuit-il. « L’injustice que vivent nos compatriotes ultramarins est insupportable »

Nathalie Arthaud, candidate de Lutte Ouvrière en meeting à Aubervilliers, a rappelé la situation de la Guadeloupe en 2009. « « Aujourd’hui en Guyane, comme en Guadeloupe en 2009, des milliers de femmes et d’hommes ont décidé de dire que le chômage et la vie chère ça suffit. Ils redécouvrent leur force collective, en agissant ensemble, de façon organisée. Ils redécouvrent qu’ils peuvent faire pression sur les autorités de Paris par en bas. Avec l’appel à la grève générale des différents syndicats, le mouvement peut encore s’amplifier et je souhaite qu’au travers de leur mobilisation, les travailleurs prennent conscience de leurs intérêts de classe face à l’Etat, face aux possédants, y compris face aux notables locaux qui chercheront à prendre la direction de leur lutte. Et j’en profite pour les saluer et leur souhaiter d’aller le plus loin possible dans leur combat ! ».

Une autre personnalité, non candidat au scrutin présidentiel, Patrick Karam, Vice-président de la région Île-de-France et originaire de Guadeloupe, a aussi réagi à la crise sociale en Guyane en rappelant celle de la Guadeloupe en 2009. Dans un communiqué, il demande « au gouvernement de sortir de sa posture au regard des enjeux de la dégradation de la situation en Guyane et appelle le président de la République à intervenir pour éviter un engrenage aux conséquences imprévisibles et conduire à un embrasement de tous les Outre-mer ».

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