Crise à Mayotte: L’interview en exclusivité du Gouverneur de l’île autonome de Ngazidja

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Depuis cinq semaines, l’île de Mayotte proteste contre la montée de l’insécurité et l’immigration clandestine. Dans l’édito de Luc Laventure paru hier, notre rédaction avait émis l’idée d’associer les pays voisins, comme les Comores aux discussions concernant l’immigration clandestine.
Un sujet brûlant puisque le ton est monté aujourd’hui entre Paris et Moroni, après que le gouvernement comorien ait acté l’interdiction d’accueillir les migrants expulsés de Mayotte le 21 mars.

Le Premier Ministre Edouard Philippe a par ailleurs demandé une action « ferme et déterminée » vis-à-vis du gouvernement comorien. Outremers 360 vous propose un nouveau regard sur cette coopération possible entre la France et les Comores avec l’interview du gouverneur de l’île autonome de Ngazidja.

Quel regard portiez-vous sur l’actualité de Mayotte ?

Hassane Hamadi: L’actualité de Mayotte correspond à une crise d’abord sociale, puis politique et surtout économique, et que je déplore car la situation actuelle dans l’ile est triste, dangereuse et d’insécurité pour tous. C’est une situation préoccupante qui demande une réponse rapide, efficace et constructive capable de répondre aux attentes de toutes les parties.
C’est la raison pour laquelle cette situation nous interpelle tous à s’asseoir ensemble pour réfléchir et trouver une solution efficace, continue et responsable pour la paix, la sécurité et le développement durable de l’île de Mayotte et des autres îles francophone de l’océan Indien.

Est – ce que les questions de sécurité à Mayotte seraient liées à l’immigration clandestine d’Anjouan ?

Hassane Hamadi: A l’instar de la semaine des célébrations de la famille francophone qui nous demande de :
– Asseoir une attitude d’ouverture d’esprit, de tolérance, de paix et de solidarité pour un avenir meilleur du peuple francophone
– De mener une action commune qui œuvre au développement socio-économique de chaque territoire francophone à travers cette belle langue qui nous unis tous, qui est le français.

Je peux vous assurer que cette violence est du à plusieurs facteurs, vous permettez de ne pas polémique. Juste pour vous exprimer mon souhait de trouver ensemble une solution rapide adaptée, durable et acceptable pour toutes les parties.

Seriez-vous prêt à aider les autorités françaises ?

Hassane Hamadi: Oui bien sûr. En tant que cadre formé et élève en France et qui est devenu aujourd’hui une autorité comorienne, je suis disposé à apporter mon concours et je n’aménagerai aucun effort pour contribuer à la résolution de Mayotte pour l’intérêt de deux pays qui sont la France et les Comores.

De quelle manière pouvez-vous aider ?

Hassane Hamadi: Sans doute de plusieurs manières. Mais aujourd’hui je peux jouer un rôle d’intermédiaire et de catalyseur entre les autorités nationales de deux pays, La France et Les Comores, en commençant par le gouvernement comorien, l’ambassade de France à Moroni et puis les autorités amies de Mayotte et de l’île de la Réunion.
Cela afin qu’on puisse ensemble proposer une perspective de solution concerter et concrète et espérons être acceptable par toutes les parties concernés par la crise.

Le vrai problème n’est –il pas économique ?

Hassane Hamadi: En grande partie oui. A vraie dire, les infrastructures socio-économique de Mayotte sont insuffisantes et inadaptés pour assurer les bien vivres de la population.
En effet, les infrastructures scolaires, sanitaires et économiques sont dans des états inquiétants et qui ne peuvent pas répondre aux besoins quotidiens de la population de Mayotte.
Il s’agit par exemple du désespoir issu, je pense, du taux de chômage élevé qui engendre une délinquance, et une radicalisation des jeunes et une insécurité sociale.
Sans doute il faut créer des conditions économiques nécessaires capable de donner un espoir aux Mahorais et aux populations ses autres territoires francophones de la région de l’Océan indien.

Y- a-t-il des personnalités ou des structures économiques qui pourraient vous aider à engager un tel dialogue ?

Hassane Hamadi: Oui sans doute. Dans le respect de nos institutions nationales et dans le cadre de coopération décentralisée où échoit toutes mes compétences, je dispose d’appui des personnalités, des dirigeants et des structures avec lesquelles je peux mener des concertations, élaborer et mettre en œuvre des programmes et d’action concrètes de développement socio-économique dans ce cadre de dialogue entre les îles autonomes des Comores et de la région de l’Océan Indien.

Il s’agit par exemple :

A Mayotte, on dispose d’un accord de coopération économique avec la chambre régionale de l’économie sociale et solidaire, nous espérons lancer ensemble des actions de Promotion de l’économie sociale et solidaire entre nos territoires. Avec les mouvements associatifs, on dispose d’autres structures d’appui comme les mouvements d’associations sociales de la diaspora qui se trouvent notamment en France et à la Réunion.

En France, l’Île autonome de la Grande Comores a signée des accords de partenariat avec la région de Seine saint –Denis (Région Parisienne), La commune de Dunkerque et la Région PACA.

A La Réunion, nous avons des relations dynamiques et très actives avec la Région et le Département de la Réunion, et la Société Coopérative d’Intérêt Collectif Cité des Dirigeants avec laquelle on a pu initier des actions des coopérations régionales et de développement durable.

La coopération régionale peut prendre plusieurs formes. La Grande Comores a choisi celle de la coopération qui valorise les ressources locales et naturelles de notre région. Cela nous semble essentiel de chercher à développer les potentiels régionaux pour tenter de régler des problématiques régionales. Il n’y a d’ailleurs pas un problème de Mayotte mais une problématique entre les Comores, Mayotte qui est aujourd’hui sous administration française et même Madagascar. Les enjeux sont bien identifiés : le système éducatif, le système de santé, l’emploi bien entendu au premier chef et par conséquence la formation. Celle de nos dirigeants actuels politiques et économiques et aussi celle des dirigeants de demain capables de penser des stratégies de création de richesse collective dans la zone. Qu’on le veille ou non le problème que la France connaît actuellement dans l’océan indien est un problème socio économique : si chaque territoire était plus florissante, chaque ile serait ravis d’accueillir de la main d’œuvre des autres territoires. Si les Comores étaient plus florissantes, les comoriens resteraient sans doute au pays pour faire vivre leur famille et contribuer au développement de leur pays.

C’est dans cette démarche que nous avons décidé d’entrer dans la Société Coopérative d’Intérêt Collectif de droit français créée à l’initiative de responsables économiques et politiques réunionnais. Nous comptons beaucoup sur cette SCIC Cité des Dirigeants. J’ai rencontré la gouvernance d’abord pour que certains de nos dirigeants puissent intégrer leur Centre de Perfectionnement aux Affaires. Puis dans un second temps pour que nous puissions travailler avec eux. Essayer de comprendre leur démarche innovante et leur éco-système. Nous devons nous même travailler à la transition de nos territoires tous comme les responsables économiques et politiques de la Cité des Dirigeants travaillent à la transition des territoires réunionnais. Ensemble nous allons chercher à valoriser les ressources naturelles de notre zone, à développer de l’économie à partir de celle-ci et ne plus attendre que les choses arrivent de l’extérieur. Non on ne peut plus attendre, il nous faut agir. Notre zone géographique est riche sans quoi pourquoi la France aurait-elle conservée Mayotte ?

Il s’agit maintenant de prendre le temps de la valoriser. Par exemple Madagascar fabrique de brique pour la construction à partir de matériaux naturels, Mayotte, La Réunion plutôt que d’importer du ciment ne pourrait-elle pas obtenir un accord régional pour son utilisation ? Nous serions tous gagnants.

Autre exemple : notre problématique déchets qui consistent à enfouir ou à réexporter en Asie, en Inde.. Pourquoi ne pas obtenir un accord régional pour installer des micro-usines dans notre zone. Des micro-usines dans nos zones égale emplois dans nos zones. C’est simple, bête mais pas naïf. Et ca la Cité des Dirigeants l’a bien comprise. Je suis convaincu que note gouvernement sera enclin à signer un accord régional gagnant-gagnant-gagnant. Gagnant pour nos territoires, Gagnant pour notre jeunesse et Gagnant pour la France océanique comme ils disent à La Réunion.

Enfin, si vous me permettez un dernier mot, je dirais qu’il est urgent de dialoguer, d’élaborer et de mettre en œuvre ensemble un programme socio-économique d’accompagnement et de soutien de toutes les initiatives et des projets visant à lutter contre le chômage en favorisant la création et le développement des entreprises, à valoriser et à moderniser les infrastructures sociales pour la santé l’éducation, le numérique , les sports et l’environnement capable de répondre aux besoins de la population, ensuite promouvoir l’investissement de la diaspora afin qu’elle soit un acteur majeur et incontournable aux développement de leur île d’origine.

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