A Guam, le débat sur l’autodétermination fait rage

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Faut-il demeurer une anachronique colonie américaine ou viser l’indépendance ? De plus en plus de voix préconisent de trancher par référendum un débat qui fait rage à Guam depuis des décennies.

L’île de l’ouest du Pacifique, longue d’une cinquantaine de kilomètres, fête cette semaine le 73e anniversaire de la fin de l’occupation japonaise et il est plus que temps, selon l’ancien sénateur Eddie Duenas, qu’elle décide de son avenir. Guam figure sur la liste de l’ONU des territoires non autonomes qu’il faut décoloniser, à l’instar de 16 autres territoires, dont la Nouvelle-Calédonie réinscrite depuis 1986 et la Polynésie française réinscrite en 2013. Eddie Duenas, lui, préconise un référendum l’an prochain, en même temps que les élections au poste de gouverneur. « Nous sommes en train de conduire mais nous ne savons pas où nous allons, ni jusque quand nous allons conduire », déclarait-il récemment lors d’un meeting dans la capitale Hagatna. « Nous n’arrêtons pas de conduire. C’est énervant ».

Sur le papier, Guam est depuis 1898 un territoire non incorporé organisé des Etats-Unis, ce qui signifie que ses 160.000 habitants sont citoyens américains, mais avec des droits limités. Ils ne peuvent participer aux élections américaines, et le seul représentant de l’île au Congrès n’a pas le droit de vote sur les textes de loi. Pour le gouverneur Eddie Calvo, cette situation n’a que trop duré. Lui aussi demande de longue date un référendum qui proposerait trois options: l’indépendance, devenir un Etat américain ou rester dans une situation de « libre association » avec Washington.

« Pas suffisamment pauvres »

Chaque solution a ses partisans. Pour le gouverneur, il s’agit surtout de donner la parole aux habitants. « Quel qu’il soit, leur choix sera meilleur que le statu quo », explique-t-il. « Je préférerais que les électeurs choisissent de devenir un Etat américain. Mais s’ils choisissent l’indépendance ou la libre association, ce sera mieux que la situation actuelle ». L’indépendance est une question complexe du fait de la relation étroite avec les Etats-Unis. De leurs côtés, les îles Marshall, la Micronésie et la République des Palaos, proches voisins de Guam, sont des Etats associés aux Etats-Unis.

Ancienne possession espagnole, Guam est devenue colonie américaine aux termes du Traité de Paris de 1898 qui mit fin à la guerre hispano-américaine. Elle subit l’occupation japonaise peu après l’attaque de Pearl Harbor en décembre 1941 jusqu’à sa libération le 21 juillet 1944. L’île abrite toujours l’une des plus importantes bases militaires américaines de la région Asie-Pacifique, et joue un rôle clé dans la stratégie américaine face à la Corée du Nord notamment.

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L’île de Guam est une base avancée stratégique pour les Etats-Unis ©Jennifer S. Kimball

Guam est en outre très dépendante des aides sociales américaines. Près de 45.000 habitants reçoivent une aide alimentaire et bénéficient du système de santé publique. Le budget de l’île tient avec les subventions fédérales et les taxes versées par les militaires américains postés à Guam. Marites Schwab, habitante du village d’Agana Heights, n’est pas convaincue que son île ait la maturité politique pour s’administrer seule. « Comment remplaceraient-ils les services fournis par le gouvernement fédéral ? », demande-t-elle. « Quel est le plan d’action ? »

Pour Adrian Cruz, qui défend la « libre association », la dépendance financière à l’égard de Washington fait que toute évolution du statu quo est compliquée. « Les Etats-Unis nous tiennent dans cette situation où nous ne devenons pas suffisamment pauvres pour avoir envie de nous révolter, mais où nous ne sommes pas non plus suffisamment riches pour ne plus avoir besoin d’eux », dit-il.

Quoi qu’il en soit, en l’état, le débat n’est que théorique car un tribunal fédéral américain s’est prononcé contre un référendum d’autodétermination. Il a estimé que limiter lors de cette consultation le droit de vote à la population indigène Chamorro, qui compte 65.000 personnes était contraire à la constitution du fait du caractère ethnique de ce critère. Un appel est en cours et le gouvernement a demandé à l’ONU d’intervenir.

Les Chamorros sont le peuple indigène de Guam, et par extension, de toutes les îles Mariannes ©DR

Les Chamorros sont le peuple indigène de Guam, et par extension, de toutes les îles Mariannes ©DR

Michael Bevacqua, spécialiste de la culture Chamorro à l’Université de Guam, estime que les populations indigènes de Guam doivent être consultées, après des siècles à subir le joug étranger. « Un processus de décolonisation qui devrait suivre les règles édictées par les colons, ce n’est pas un processus de décolonisation. C’est une extension de la colonisation », dit-il.

Avec AFP.

Le statut de Guam:

L’île de Guam est officiellement un « territoire non-incorporé et organisé » des Etats-Unis. Ce statut ne lui confère pas celui d’un Etat de l’Union, comme les îles Hawaii par exemple. En d’autres termes, le Président des États-Unis y est le chef de l’exécutif, mais ces territoires n’envoient ni députés, sinon dans certains cas avec une simple voix consultative, ni sénateurs au Congrès des États-Unis. Les territoires non incorporés, quand ils sont organisés, appliquent au moins en partie la constitution des États-Unis mais leurs gouvernements et parlements locaux sont totalement indépendants du congrès américain.

Les îles Mariannes du Nord, Porto Rico et les Îles Vierges américaines partagent le même statut que Guam. Les Etats-Unis sont la puissance administrante de plusieurs autres territoires, situés dans les Antilles et l’océan Pacifique. Ces territoires peuvent être répartis en trois catégories: les territoires non incorporés et non organisés (Samoa américaines, l’île Baker, l’île Howland, l’île Jarvis, l’atoll Johnston, le récif Kingman, les îles Midway, l’île de la Navasse et l’île de Wake au nord des Marshall), les territoires incorporés et non organisés (l’atoll Palmyra) et les territoires non incorporés et organisés (Guam, Porto Rico, les îles Mariannes du Nord et les Îles Vierges américaines).

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