Sommet Habitat III: « Il faut que ça change maintenant » déclare Philippe Madec, architecte-urbaniste

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L’association Métamorphose Outremers, Think Tank d’Outremers360, organisait en clôture du Sommet Habitat III à Quito un débat sur la Philosophie de la ville.

Ce débat, tenu dans l’Auditorium de l’Alliance française et animé par Dominique Martin-Ferrari, réunissait Catherine Decaux, directrice du Comité 21, Philippe Madec, architecte-urbaniste et expert auprès de l’ONU pour le sommet Habitat III, Jean-Pierre Bouquet, maire de Vitry-le-François et président délégué des Ecomaires, ainsi que plusieurs élus ultramarins. Au moment où les territoires veulent se transformer en « smart city », Michel Cantal-Dupart, architecte-urbaniste, posait directement la question: « la ville numérique qu’on nous annonce sera-t-elle un véritable progrès social ou une suite d’innovations technologiques ? Je pense qu’on est au BABA de tout cela. Je ne pense pas que la ville va nous remplacer, nous ne pourrons réduire la fracture sociale en la compensant par le numérique. Par exemple, le numérique va nous permettre de surveiller notre santé, de surveiller notre bien vieillir, mais à quoi bon, si comme à New York, un grand pourcentage de la population meurt à 30 ans ».

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Philippe Madec abondera en ce sens, lui qui bataille pour que l’on parle d’établissement humain plutôt que de ville: « on a réussi à faire apparaître l’expression établissement humain dans le texte d’Habitat III ainsi que les mots village et bourg, en grande partie grâce aux deux continents – l’Afrique et l’Amérique du sud -». Pour l’urbaniste, il y a nécessité à « revenir à l’établissement humain. Cela ramène à la prise en compte du territoire et au lien rural-urbain ». En substance, « s’il y a une rupture à faire, c’est celle là: rompre avec la paresse de penser la ville comme seul horizon, rompre avec cette vision du développement urbain héritée du XIXe et du XXe ». Ce discours prend à contre-pied celle, très présente à Habitat III, d’une ville qui concentrerait 80 à 90% de la population en 2050. Pour Philippe Madec, « il faut conserver les habitants là où ils sont, les fixer dans les territoires ». Rappelant que l’effort annuel de construction de l’ensemble des pays développés ne dépasse pas 1% du bâti de ces pays et que la part de bâtiments durables dans ce 1% est elle-même faible, Philippe Madec appelle « à faire avec l’existant ». L’effort de transition est là, « il faut apporter ce qui manque ».

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Citant l’exposition de Métamorphose où brillent les architectes guyanais, Philippe Madec  souligne que« la Guyane, est un territoire très particulier, avec un enjeu considérable. Les amérindiens y ont des habitudes de vie, d’habitat isolé, les occidentaux qui  sont venus s’y installer ont pris les habitudes amérindiennes. Or, aujourd’hui, il faut construire plus dense, d’autant que ces populations d’origines (qui avaient des habitudes de semi-nomadismes, ndlr) se sédentarisent depuis plusieurs décennies ». A ses yeux, « on est dans une typologie de toujours, partout, celle du lien à la maison » mais quand on est dans une île il y a des limites géographiques objectives « la Réunion c’est un peu comme la Terre, la possibilité de construire se réduit considérablement. Il y a une rupture inévitable, celle de construire à cinq ou dix étages, on peut le faire en gardant le principe des varangues et de leur ventilation naturelle. Les choses changent, il faut que ça change maintenant ». Les résistances voire les conflits que peuvent provoquer des bouleversements de mode de vie ? « Il y a nécessité de recourir à la médiation sociale. Ce principe s’est imposé à Habitat III, il y a un consensus mondial sur le fait que les citoyens ont leur mot à dire ».

Gilles Luneau.

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