La Guadeloupe en ordre de bataille pour sauver ses agrumes du dragon jaune

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Photo prise le 9 avril 2018 de citrons atteints par la maladie du dragon jaune, également appelée « citrus greening », dans une plantation du Cirad ©Helene Valenzuela / AFP

« 100% des plants sont atteints mais visuellement ils n’en ont pas l’air », explique Saturnin Bruyère, technicien au Cirad en Guadeloupe, en montrant de petits citronniers sur lesquels sont réalisés des tests de tolérance à la maladie dite du dragon jaune.

Sur cette parcelle d’agrumes infectée du site de Petit-Bourg, Saturnin Bruyère constate avec satisfaction que « la floraison a démarré depuis janvier, ce qui est un résultat très encourageant ». Depuis 2012, tous les agrumes de Guadeloupe sont frappés par cette maladie venue d’Asie, également appelée « citrus greening », transmise par des insectes, les psylles, et poussant la recherche et les professionnels à unir leurs forces pour la contrer.

« Aujourd’hui, la Guadeloupe se voit contrainte d’importer des citrons pour le ti’punch, en l’espace de quelques années elle a perdu quasiment tous ses agrumiers. Ça a été une claque incroyable, car il y a des vergers familiaux partout et des orangers dans tous les jardins », raconte Yann Froelicher, chercheur à l’institut de recherche agronomique (Inra). Face à ces champs d’arbres morts, l’Inra et le Cirad (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement), ainsi que l’institut technique tropical (IT2) et les pépiniéristes de l’île ont uni leurs efforts pour contrer l’épidémie.

« L’hypothèse, c’est qu’en Guadeloupe ce soient les pépiniéristes qui aient accéléré la propagation de la maladie en vendant des pieds passés par des serres où la maladie se serait multipliée », indique Raphaël Morillon, chercheur au Cirad. La première priorité de la recherche a donc été de s’assurer que les professionnels disposent de souches saines. « Avant, les pépiniéristes prélevaient directement de quoi faire des greffes d’agrumes dans les champs », explique Saturnin Bruyère. Aujourd’hui, ce sont les établissements de recherche qui les approvisionnent en plans sains.

Plantes tolérantes

En Corse, l’Inra possède un centre de recherche sur les agrumes disposant d’une collection de 10 000 variétés qui sert à chercher des plantes tolérantes aux différentes maladies. L’Inra envoie donc des graines de variétés saines en Guadeloupe. Les porte-greffes et les greffons issus de ces graines passent alors par une serre « de quarantaine » sur le site du Cirad à Petit-Bourg, où un sas empêche les insectes, et donc les psylles, d’entrer.

Plus loin dans le même domaine verdoyant appartenant au Cirad, les membres de l’IT2 les cultivent dans d’autres serres appelées « parcs à bois » qui permettent d’alimenter les pépiniéristes. « Depuis deux ans les pépiniéristes produisent en serre ‘insectproof’ (anti-insectes) des plants sains pour arrêter de propager des maladies », selon Raphaël Morillon. « Pourquoi faire des plans sains dans un environnement contaminé? Cela a permis de relancer ou de maintenir la production », explique Patrick Champoiseau de l’IT2, devant une de ces serres. Il admet que si ce n’est « pas suffisant », cela reste « nécessaire et indispensable ».

©Helene Valenzuela / AFP

©Helene Valenzuela / AFP

Parallèlement, l’antenne guadeloupéenne de la Fédération de défense contre les organismes nuisibles (Fredon) assure une lutte biologique en dispersant des micro-guêpes qui prennent les psylles pour hôte quand elles pondent. Enfin, le Cirad travaille sur des solutions d’avenir en effectuant de la création variétale. De son côté, le centre de l’Inra en Corse a permis de sélectionner des agrumes tétraploïdes, dont les cellules sont plus grosses, donc avec des vaisseaux plus gros aussi, qui tolèrent mieux la bactérie.

« En jouant avec la ploïdie, c’est-à-dire le nombre de lots de chromosomes dans une cellule, on peut voir si un agrume est tolérant », c’est à dire permet à la plante de vivre avec la maladie, selon Raphaël Morillon. Les champs d’agrumes qui parsèment le site de Petit-Bourg doivent permettre de tester des plans d’ascendances différentes pour comparer leurs vitesses de croissance, voir s’ils donnent des fruits malgré la maladie, et combien de temps ils y résistent. Il faudra cependant de la patience avant d’assister à une amélioration génétique: « il faut trois à quatre ans avant d’évaluer une variété et d’être sûr qu’il y a une performance intéressante », conclut Saturnin Bruyère.

Avec AFP.

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