En Guyane, des décharges sauvages perdurent sur les rives du Maroni

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© Parc Amazonien de Guyane

A même le sol et à l’air libre, la décharge de Maripasoula « c’est vraiment cochon », tempête le chef coutumier Constant Acoubi. En Guyane, les décharges de trois communes du fleuve Maroni, pourtant condamnées en 2007 par l’Union européenne, perdurent.

« Lorsqu’il pleut, le niveau de la crique (rivière, ndlr) monte et ça va dans les poubelles. Et les poissons, ils bouffent les poubelles et nous on mange les poissons et on se lave dans l’eau du fleuve », raconte-t-il.

Les riverains se plaignent des mouches et de l’odeur, favorisées par la chaleur moite équatoriale permanente. La seule commune de Maripasoula, dans le sud-ouest guyanais, produit annuellement 5.000 tonnes de déchets.

Le 29 mars 2007, la Cour de justice de l’Union européenne a condamné la France par arrêté pour « manquement d’Etat » face à l’existence de « décharges illégales ou incontrôlées » en Guyane. La France devait se mettre en « conformité » avant 2011.

Huit ans après, et alors que le ministre de la Transition écologique François de Rugy est attendu en Guyane le 13 juin, la situation a même empiré, faisant courir à l’Etat le risque d’une lourde amende.

Maripasoula, Grand-Santi et Papaïchton (30.000 habitants au total), communes enclavées et sous-dotées de l’ouest guyanais à forte démographie, comptent désormais de nouvelles décharges sauvages.

La situation résulte de désaccords sur le financement entre l’Etat et la communauté de communes de l’ouest guyanais (CCOG), dont l’ex-président, Léon Bertrand, ancien ministre chiraquien, a été condamné pour favoritisme et corruption passive dans une affaire de marchés frauduleux.

En 2010, la préfecture de Guyane a pris la maîtrise d’ouvrage déléguée des opérations. Son « plan d’urgence » qui se chiffre aujourd’hui à 7 millions d’euros consistait d’abord à créer des plateformes de gestion des déchets dans les trois communes.

Installations vides

Livrées avec 4 ans de retard, ces unités qui devaient compacter puis stocker les déchets n’ont jamais été utilisées, mais sont pourtant gardées nuit et jour depuis « fin 2015 » confirme la CCOG, qui a consacré un budget de 1,3 M€ de gardiennage à ce jour.

A Grand-Santi, les ordures sont déversées dans l’espace public par le camion de ramassage, au pied de la clôture des nouvelles installations, le long d’un chemin en terre qui mène à des habitations et à des champs.

« Il y a tout le temps des enfants qui jouent dans les poubelles » s’alarme le gardien du site assis sur un seau retourné en guise de siège, car « on avait une chaise, mais elle est cassée ». « Il n’y a rien à faire. Ils ont fait marcher le système une journée et ils n’ont jamais continué », dit-il.

D’après la CCOG, les plateformes ne fonctionnent pas car « les investissements portés par l’État (…) ne comprennent pas la mise à disposition d’une puissance électrique suffisante » pour leur mise en route. La communauté de communes refuse pour sa part de reprendre la compétence « déchets » sur le Maroni.

L’intercommunalité, qui n’est pas favorable à la hausse des taxes et du nombre d’assujettis car cela aurait un « impact direct sur les ménages », attend de l’Etat un engagement sur « l’impossible équation financière » de ce plan d’urgence, chiffré à 1,78 M€ annuels et qui « n’est pas le résultat de choix locaux librement consentis », affirme la CCOG.

Réplique de la préfecture : la CCOG « n’a pas avancé » sur le dossier global « malgré les fonds d’investissement mobilisés » et « alors qu’elle s’y était engagée. »

Avec AFP

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