Deux ans après Irma, Saint-Martin n’a pas fini de cicatriser

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©Helene Valenzuela

Il y a deux ans, le 6 septembre 2017, Irma, monstre cyclonique, ravageait l’île de Saint-Martin dans les Petites Antilles. À l’heure du bilan de ce triste anniversaire, force est de constater que l’île panse toujours des plaies ouvertes.

L’actualité des derniers jours, c’était Dorian, le monstrueux cyclone qui a mis les Bahamas à terre, sous le regard des habitants de Saint-Martin. Eux, c’était il y a deux ans, quand ils affrontaient Irma, l’ouragan surpuissant resté plusieurs jours d’affilés en catégorie 5. Totalement détruite, l’île peine à se relever, malgré des changements manifestes.

Un an après la dernière visite du président Macron à Saint-Martin, Cortlin Walters vit encore sous une tente, à Quartier d’Orléans (est), l’un des secteurs les plus pauvres de Saint-Martin, sur l’ancienne dalle de la maison qu’il louait et qui a été balayée par les vents. « J’ai survécu à Irma et ça, c’est le plus important », assure-t-il. Cortlin avait entamé les démarches pour la reconstruction, mais « les propriétaires sont décédés, et aujourd’hui la maison est revenue aux héritiers qui ne sont pas d’accord avec le plan de reconstruction ». Pour cet autoentrepreneur dans l’automobile, « la reconstruction pourrait être plus rapide, si les gens n’attendaient pas les aides gouvernementales ».

Des aides qui, selon le président de la collectivité Daniel Gibbs, ne viennent pas soulager un « territoire qui travaille dans un contexte dégradé et post traumatique ». Il rappelle que les dégâts, évalués à 2,2 milliards d’euros, se confrontent à un PIB de 600 millions d’euros à peine. Dans un véritable discours à charge, il s’en prend aux services de l’État, aux « mécanismes bureaucratiques » qui ralentissent les travaux liés au plan de prévention des risques naturels (PPRN). « Après avoir vécu Irma, nous devons nous adapter et diminuer nos vulnérabilités, je le répète, je suis pour une révision du PPRN. Mais pas avec cette application par anticipation », souligne Daniel Gibbs, fustigeant « les donneurs de leçons » de tous poils.

Emmanuel Macron lors de sa dernière visite à Saint-Martin ©AFP

Emmanuel Macron lors de sa dernière visite à Saint-Martin ©AFP

Du côté de l’État, on se contente d’aligner des chiffres : « 98 % des dossiers d’assurance ont été réglés » (1,9 milliard d’euros), 74 % des logements réhabilités, 41 % des réseaux EDF et fibre optique enfouis, 9,4 millions d’euros pour les réseaux et infrastructures, 23 millions d’euros pour la reconstruction des établissements, 1 355 tonnes de déchets, ferrailles et gravats retirés des étangs, 4 299 véhicules traités, 168 épaves de bateau.

« On a peur pour cette saison »

Au nord de l’île, à Grand Case, face aux ruines laissées par l’ouragan toujours présentes, les restaurants et les boutiques ont rouvert dans des bâtiments refaits à neuf. C’est là que vit Marie. Elle a noté du changement en deux ans, mais aussi la lenteur de celui-ci. « Il y a quelques restaurants qui ont repris, et puis l’éclairage aussi depuis cet été », explique-t-elle, tout en regrettant l’état délabré des routes. Dans son quartier, elle connaît de nombreuses personnes qui ont perdu leur travail depuis l’ouragan. « Moi j’ai de la chance, je travaille, j’ai pu reconstruire ma maison petit à petit, je l’ai terminée il y a deux mois. Mais ils sont nombreux à être en difficulté ».

« Un effort supplémentaire de l’État en termes de résorption de l’habitat insalubre, à Quartier d’Orléans et à Sandy Ground s’avèrera, toutefois nécessaire dans les deux années qui viennent. Nous serons vigilants sur ce point, Saint-Martin en a besoin », affirme Daniel Gibbs.

Elie, un pêcheur, continue à 75 ans de prendre la mer pour gagner sa vie. Le 6 septembre 2017, il a perdu son bateau et son toit. Depuis, il vit chez son fils en attendant que son logement soit prêt à l’accueillir. « J’ai pu obtenir une aide de la Collectivité, j’ai refait le toit, mais il me reste à poser des portes et fenêtres ». « Les ouragans sont de plus en plus puissants, ça fait peur. La reconstruction n’est pas terminée, on a peur pour cette saison, l’eau est chaude et ce n’est pas bon signe. Si on se prend un ouragan cette année, on se retrouvera comme après Irma », prédit-il.

Plus au nord de la Caraïbe, les Bahamas continuent à faire le bilan après le lent et destructeur passage de Dorian. Les autorités comptent aujourd’hui 43 morts et les premiers rescapés ont pu être évacués ce vendredi. Maisons pulvérisées, voitures renversées, champs entiers de débris, bateaux échoués et nombreuses zones inondées… A perte de vue s’étend un paysage de désolation qui tranchait avec la traditionnelle carte postale touristique des Bahamas. Une image qui fait tragiquement écho à la situation de Saint-Martin juste après le passage d’Irma.

Avec AFP.

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