Biodiversité : Michel Huet, naturaliste, auteur et réalisateur, s’inquiète de l’avenir de Makatea

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40 ans après l’arrêt de l’exploitation de phosphate sur l’atoll corallien surélevé de Makatea (Archipel des Tuamotu) en Polynésie française, l’entreprise Avenir Makatea de l’Australien Colin Rendall veut reprendre l’exploitation de la matière première sur l’île. S’il se pare des plus belles intentions environnementales, le projet réveille des inquiétudes et divise la petite population de l’île. Michel Huet, naturaliste, auteur et réalisateur prévient du « danger qui menace les patrimoines naturels et culturels de cet atoll », qui « se traduira par la spoliation des habitants ».

Adhérant à l’association « Fatu Fenua no Makatea » créée par Sylvanna Nordman habitante de Makatea, qui s’oppose au nouveau projet d’extraction du phosphate, Michel Huet avait réalisé un documentaire sur cette île singulière : « Le trésor de Makatea ». « Unique île calcaire de cette vaste région », Makatea est une « sorte de mini Vercors avec ses grottes décorées de fistuleuses et ses réseaux actifs, au cœur du Pacifique », explique-t-il. Aujourd’hui, l’île refait parler d’elle 40 ans après l’arrêt de l’exploitation de phosphate par la CFPO, Compagnie française des phosphates de l’Océanie, qui avait durant 50 ans (1917-1966) extrait 11 millions de tonnes de cette matière première, laissant des traces indélébiles sur l’environnement et la mémoire collective.

Une locomotive servant au transport du phosphate entre 1917 et 1966 ©DR

Une locomotive servant au transport du phosphate entre 1917 et 1966 ©DR

« J’ai entendu l’appel au secours des habitants de cette « arche de Noé ». Depuis, j’œuvre tous azimuts pour venir en aide à ces villageois, car Makatea révèle un contexte économique planétaire », confie Michel Huet. « Ce projet d’exploitation serait non seulement une catastrophe pour la biodiversité et les habitants de Makatea, mais également pour les atolls des Tuamotu menacés par l’élévation du niveau marin, dont nous sommes aujourd’hui les seuls responsables ». Toute la population ne s’oppose pas à ce projet, pourvoyeur d’emploi et paré des plus belles intentions par son promoteur. Colin Rendall défend en effet vouloir « réhabiliter » 600 hectares de la partie de l’île détruite par l’ancienne exploitation de phosphate. Dans son projet, Colin Rendall veut également recouvrir les puits de roches par de la terre et les reboiser. L’entrepreneur australien semble avoir le soutien de gouvernement polynésien et du maire de l’île, mais cela ne suffit pas pour rassurer ses opposants.

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« Makatea avec ses 28 km2 est à la fois une bouée de sauvetage dans l’archipel des Tuamotu, mais également l’unique château d’eau douce dans cette région du Pacifique », poursuit Michel Huet. L’île abrite également une faune et une flore endémiques peu connues en raison de l’absence d’études à ce sujet. « Il y a d’autres Makatea partout sur la planète, pour les mêmes raisons », citant « l’atoll de Nauru et ses habitants, actuellement ravagés suite à l’exploitation de son phosphate qui s’achève aujourd’hui », prévient Michel Huet, qui s’était également opposé à l’orpaillage à travers le documentaire « L’Or de Guyane ». Le réalisateur a par ailleurs adressé trois courriers au Ministre de la Transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot, resté sans réponse.

Vestiges de l'exploitation de phosphate sur Makatea ©Sandrine Lecomte / La Dépêche de Tahiti

Vestiges de l’exploitation de phosphate sur Makatea. A droite, le maire Julien Mai, fervent défenseur du projet de Colin Rendall ©Sandrine Lecomte / La Dépêche de Tahiti

Pour l’heure, le projet n’est pas encore concrètement lancé et divise à la fois les 68 habitants de l’île et toute la Polynésie. Les terres appartenant à des familles de l’île, il reste encore la moitié des 600 hectares nécessaires au projet de Colin Rendall, car toutes ne sont pas convaincues du bienfondé de l’exploitation de phosphate. Ce projet pose également la question du modèle de développement économique de la Collectivité du Pacifique. Avenir Makatea agite le spectre de la CFPO, un des vestiges de l’économie coloniale, avec les essais nucléaires, de la Polynésie française. Quant à la volonté affichée des autorités polynésiennes de s’ériger en modèle du développement durable et de la lutte contre le réchauffement climatique, Michel Huet est implacable, « sur Terre, les ressources disponibles de phosphate seront totalement épuisées d’ici 100 à 130 ans » et une telle exploitation fragilise le sol de l’île. Preuve en est avec l’apparence de Makatea, devenu en partie un gruyère à ciel ouvert.

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