Biodiversité: Malgré le départ de Kai, la Guadeloupe veut toujours réintroduire le lamantin

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©WHITEWOLF/SIPA

Le lamantin singapourien Kai, arrivé en 2016, malade et déphasé, devrait bientôt quitter l’archipel. La Guadeloupe attend désormais des lamantins venus du Mexique, plus « adaptables » et directement relâchables, pour remplacer Kai.

« Le projet va être orienté sur des lamantins élevés en zoo mais qui sont nés en milieu naturel », explique Maurice Anselme, directeur du Parc national de la Guadeloupe. Des discussions sont « en bonne voie » avec le Mexique qui pourrait donner « deux mâles et deux femelles ». Ces animaux, nés en captivité, mais dans des bassins naturels, seraient plus « adaptables » que Kai, né et élevé dans un bassin couvert, au zoo de Singapour.

Le jeune lamantin était tombé malade en juillet dernier, suscitant une vive inquiétude au sein du parc après la mort, neuf mois plus tôt, de son congénère Junior. Kai n’a « jamais vu l’orage, le soleil ou la pluie : il est déphasé », selon le directeur du parc, qui « envisage éventuellement de l’envoyer soit dans un zoo européen, soit dans le zoo de Singapour ». L’animal souffrant devait être intégré à un programme de reproduction dans un bassin semi-ouvert, spécialement construit à Blachon, au Lamentin (commune du nord Basse-Terre), mais « on n’arrive pas à tenir les délais de l’Europe sur le protocole initial », déplore Maurice Anselme.
L’Union Européenne, qui finance le projet à hauteur de 3,5 millions d’euros jusqu’en 2020, a finalement donné son feu vert, fin octobre, pour un projet réorienté. Il s’agit dorénavant de réintroduire directement les animaux sans passer par la case reproduction. « Je suis soulagé », souffle M. Anselme. Depuis l’arrivée en urgence de Kai et Junior, en août 2016, les discussions engagées avec différents pays n’avaient jusqu’alors rien donné.
Le lamantin, un mammifère plus gros que le phoque, au corps en fuseau épais et à nageoire non creusée, figure comme espèce « vulnérable » dans la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

Décision controversée

Le départ de Kai, unique lamantin en Guadeloupe depuis un an, a fait pourtant débat au sein du parc: Nicolas Barré, vétérinaire et membre du conseil scientifique, déplore une décision « pas suffisamment réfléchie ».Selon lui, il faudrait déterminer avec précision les causes du mal de l’animal : « est-ce lié à l’alimentation, à un stress, à un environnement très polluant dans les bassins ? », interroge-t-il.

Selon le vétérinaire, il aurait été opportun que Kai reste en Guadeloupe afin de « tester une aptitude à survivre dans le milieu extérieur » ou comme « donneur de sperme pour une plus grande diversité génétique ».Mais « un mort, ça suffit ! », balaie un dirigeant du parc ; « Kai, il tousse, la Guadeloupe a la fièvre », renchérit Maurice Anselme.

Deux conditions doivent encore être réunies pour que le lamantin malade quitte l’archipel : des financements et qu' »‘il puisse supporter le voyage », rappelle le patron du parc. Le bassin semi-ouvert de Blachon, spécialement construit pour accueillir les lamantins, est vide depuis la convalescence de Kai, placé en bassin artificiel. « Trop pollué », le site de Blachon devrait être transformé « en lieu pédagogique », selon le parc.

S’ils arrivent en Guadeloupe, les spécimens mexicains devraient évoluer dans « un parc de pré-lâcher », c’est-à-dire un enclos naturel d’un hectare environ, délimité par des filets ancrés dans le sol. Ils seraient ensuite suivis par puce électronique.
Pour que la théorie se concrétise, le parc a lancé un appel au mécénat dans les médias locaux : le partenariat avec le Mexique n’est en effet « pas éligible dans le cadre des financements européens ».

Avec AFP

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