Biodiversité : « Le vivant n’appartient plus seulement à la science mais plutôt à l’économie », par Luc Laventure

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Alors que l’IPBES, durant toute cette semaine, tentera de trouver des règles applicables par les États pour protéger l’érosion de la biodiversité que d’aucuns n’hésitent pas à nommer la 6ème extinction de masse, Luc Laventure, président du groupe Outremers360 et Métamorphoses Outremers, pose la question de comment protéger la biodiversité et Reconcilier l’homme et la nature ? À l’heure où « le vivant n’appartient plus au droit d’usage collectif, il est devenu propriété privée », et qu’ « en tant que bien monnayable, il nous échappe ». 

Depuis que l’humanité s’est aperçue que la planète n’était pas extensible, elle se pose de façon cyclique cette question.

Certes en 30 ans, des avancées ont été faites. Désormais, le vivant est enfermé dans le terme générique de biodiversité, mais il n’a pas le même sens selon que l’on est chaman, semencier, juriste, médecin… Nous affrontons donc plusieurs catégories du « vivant », et l’avènement du génie génétique a même fait naitre un nouveau type, le « vivant en pièce », reconstitué ou modifié. Autant d’avancées technologiques qui nous ramènent à des questions d’éthique.

Ainsi le vivant n’appartient plus seulement à la science mais plutôt à l’économie. Les intérêts qui régissent les secteurs de l’alimentation, de la pharmacie, de la beauté sont tellement colossaux qu’on ne sait par quel bout vraiment les prendre. Le vivant n’appartient plus au droit d’usage collectif, il est devenu propriété privée, et en tant que bien monnayable, il nous échappe. En 2010, par le protocole de Nagoya, le savoir des peuples autochtones était enfin reconnu et le principe de l’APA (accès et partage des avantages) était adopté. A-t-il sonné le glas de la bio-piraterie ? Rien n’est moins sûr, et les travaux de l’IPBES feront le point sur ces dix années.

Depuis qu’existe le commerce, le vivant est l’objet d’échanges voire de guerres, de la tulipe aux épices. Quand la pomme de terre envahit l’Europe à partir des Andes, la canne a sucre du Pacifique devient le pilier de l’agriculture dans l’océan indien et aux Antilles. Ylang, vanille, sucre, banane… nos richesses ont en permanence changé de terres. Elles vont, depuis toujours, là où elles sont le plus exploitables économiquement, là où la production est plus importante et moins chère. Pour connaître, protéger, valoriser ces ressources (notamment dans les Mascareignes), la France a investi des millions, des milliards. Il n’est pas sûr que les populations locales en aient pleinement profité. Nos crises de production se succèdent parce que la réponse n’est pas seulement technologique ou scientifiques.  Aucune grille de travail n’analyse ces déperditions pour savoir à quel moment le projet s’éloigne, comment on pourrait le réajuster, se le réapproprier.

Nos choix technologiques sont éminemment culturels ou civilisationnels. En écrivant leur politique de protection de la biodiversité, des pays ont choisi de creuser leur avance technologique, d’autres privilégient le droit du travail, ou mettent en avant l’éthique… L’écrivain philosophe Edouard Glissant, prédisait que dans la racine-rhizomeévoluant en permanence dans toutes les directions et dénuée de hiérarchie que sont nos sociétés, il était impossible de savoir quelle arborescence allait se manifester. Il a contribué à pointer les décalages existant à ce sujet entre les peuples de la terre :« L’aventure planétaire ne nous laisse pas deviner d’où surgiront les solutions aux problèmes qui sont nés du contact précipité des cultures (…) On ne peut y hiérarchiser les « temps » différents qui s’arc boutent dans ce temps global. Il n’est pas dit que le temps technologique « réussira » là où des temps ethno techniques (..) échoueraient (…) Nul ne sait comment les cultures réagiront les unes par rapport aux autres, ni lesquels de leurs éléments seront prépondérants ».

Nous sommes donc dans un questionnement permanent dans lequel le progrès se fait par à-coups. Il est impossible de prévoir de manière linéaire ce qui peut se passer dans les trois, quatre ans à venir, de planifier ; on peut juste jeter des ponts.

En savoir plus sur la biodiversité des Outre-mer :

https://fr.calameo.com/books/ 005063242ee0be75177ee

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