Valérie Morignat, calédonienne experte en intelligence artificielle basée à San Francisco

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Après une enfance en Nouvelle-Calédonie, Valérie Morignat, passionnée par les arts et les sciences humaines fera ses premières armes à Paris puis à Montpellier dans l’enseignement de l’art numérique. L’évolution des nouvelles technologies, et plus particulièrement la réalité virtuelle va la conduire à frapper la porte de la ville de la Silicon Valley. A San Francisco Valérie Morignat y exerce en tant que directrice créative indépendante, expert-conseil en design et stratégie pour les start-up françaises et américaines, spécialisée en intelligence artificielle. Outremers360 l’a rencontré lors du Digital Festival de Tahiti en Polynésie où elle donnait une conférence sur ce sujet. Interview avec Valerie Morignat:

Vous êtes originaire de Nouvelle Calédonie, pouvez vous nous parler de votre parcours professionnel,votre formation ?

J’ai la chance d’être née dans un pays magnifique, la Nouvelle-Calédonie, au sein d’une famille multi-ethnique. Ma grand-mère ni-vanuataise a eu une grande influence sur moi. Sa vie, sa personnalité hors du commun, ses lectures des récits de voyage de figures féminines révolutionnaires et intellectuelles, son amour du film noir américain, ont profondément marqué mon imaginaire. Mon père, scientifique, et ma mère éprise d’art et d’architecture d’intérieur, ont aussi soutenu très tôt ma passion pour la lecture et les arts visuels. Ils m’ont encouragée à poursuivre dès 17 ans dans des études supérieures en Arts Plastiques à Paris, à la Sorbonne.

J’ai développé un parcours étudiant où les sciences humaines (anthropologie, ethnologie, psychanalyse, philosophie, etc) nourrissaient les apprentissages artistiques : sculpture, dessin, peinture, photographie, art vidéo, arts interactifs.
Amoureuse de la recherche, j’ai passé une maîtrise d’Arts Plastiques, puis un DEA qui m’a permis de décrocher une bourse d’Etat pour des recherches doctorales. Cela m’a donné une opportunité exceptionnelle : commencer à enseigner à la Sorbonne comme Allocataire-Moniteur dès l’âge de 23 ans, tout en effectuant mes recherches de thèse. Ma thèse doctorale, centrée sur la transversalité des processus créateurs, m’a donné l’opportunité de participer à des recherches scientifiques, comme celles menées par le cabinet d’expertise du Musée du Louvre où j’ai effectué des recherches sur des dessins originaux de Rubens et de Léonard de Vinci. J’ai également intégré un laboratoire du CNRS comme chercheur, dirigeant un programme sur la Réalité Virtuelle et la création musicale interactive.
L’amour de la recherche et de l’enseignement m’ont destinée à poursuivre cette double vocation, et j’ai été recrutée comme Maître de Conférences en Cinéma et Arts Numériques à l’Université Montpellier III. J’y ai enseigné avec passion pendant une décennie, donnant des cours magistraux centrés sur les relations entre création visuelle, philosophie et sociétés. Mes cours magistraux d’analyse filmique se sont en particulier centrés sur l’esthétique du cinéma post-digital, l’usage de l’Intelligence Artificielle au cinéma, mais également la représentation des IA, des créatures artificielles, et des réalités virtuelles dans la fiction. J’ai créé des cours de sociologie du futur qui ont inspiré des projets concrets réalisés par mes étudiants lors d’ateliers de futurologie. Ces cours posaient déjà des questions fondamentales sur les technologies qui aujourd’hui inspirent mes conférences sur l’IA et la robotique, tout autant que les projets concrets sur lesquels je travaille dans la Silicon Valley.
En parallèle, j’ai développé des activités artistiques qui m’ont amenée de l’immersion virtuelle à l’immersion réelle à travers mon travail de photographe subaquatique, recréant des scènes inspirées du cinéma, de la littérature, et de la mythologie. Ce travail artistique s’est déployé sur plusieurs années, a remporté plusieurs prix internationaux et m’a fait voyager à New York dont je suis tombée amoureuse.

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Après 20 ans passés en France, en 2011, j’ai décidé de laisser s’exprimer une autre vocation : celle de la création d’entreprise. J’ai donc pris une disponibilité de l’Université pour rentrer en Nouvelle-Calédonie, où j’ai créé un cabinet de conseil en stratégie de l’innovation. Cette entreprise m’a permis de ramener au pays les connaissances et expériences accumulées en Europe. J’y ai fait du conseil stratégique pour la Province Sud et le Gouvernement de la Nouvelle Calédonie pendant quatre ans; produisant notamment deux plans gouvernementaux de soutien aux industries créatives et à l’audiovisuel, ainsi que l’architecture complète d’une école supérieure de design numérique. De front, j’ai développé une association de soutien à la photographie en Nouvelle-Calédonie, ce qui fut l’occasion de déployer deux festivals locaux sur l’art photographique. Enfin, j’ai collaboré avec l’Université de la Nouvelle Calédonie à la création d’un diplôme de Master en patrimoine culturel océanien. Ce fut une période très riche et surtout l’expérience du bonheur de rendre au pays ce que celui-ci m’avait apporté en m’y donnant la chance d’y naître.

En 2014, après plusieurs aller-retours en Californie, j’ai émigré aux USA, à San Francisco, suivant l’intuition que la suite de mon parcours s’y trouvait. Quelques jours après l’obtention de ma Green Card, (obtenue d’ailleurs le jour de l’anniversaire de ma grand-mère !), j’ai été contactée par une grande agence créative et publicitaire américaine, à San Francisco, spécialisée dans le secteur de la Santé. J’ai rejoint l’agence comme Directrice du Design d’Expérience, puis comme Directrice de l’Innovation Interactive. Ce fut une expérience radicalement nouvelle : nouveau secteur, nouvelles pratiques, culture “Corporate America” très différente de ce qu’une française et calédonienne connaît, et surtout un rythme de travail très intense (parfois 80h par semaine). Durant ces trois années dans l’industrie créative et publicitaire américaine, j’ai dirigé (et délivré !) plus de 300 produits numériques pour de grandes marques, dont des applications mobiles pour des technologies embarquées à destination de patients diabétiques; des sites web pour l’innovation de pointe en thérapie génique; ou encore des environnements de Réalité Virtuelle et Réalité Mixte pour le secteur de l’oncologie et de la chirurgie ophtalmique. Ce fut très enrichissant, et une mise en pratique technologique et business de mes années de recherche académique.

Après cette immersion dans l’univers corporate, j’ai décidé de me rapprocher plus encore de l’innovation stratégique en travaillant comme expert-conseil en design et stratégie pour des startups françaises et américaines dans la Silicon Valley et d’autres hubs d’innovation aux USA. J’offre notamment des services de stratégie de l’expérience utilisateur, des services de design interactif, et de développement de produits centrés sur l’Intelligence Artificielle.
Accompagner des entreprises naissantes dans leur stratégie de design et de marché est très enrichissant car les activités transversales sont omniprésentes, l’agilité intellectuelle est essentielle, et l’innovation radicale est l’objectif central.
Côté français, je continue de répondre à l’invitation d’acteurs publics et privés et me déplace aux quatre coins du monde pour donner des conférences, assurer des missions de formation, et assurer expertise et accompagnement de projets de développement territorial.

En parallèle de ces activités, j’ai répondu à l’invitation de l’entrepreneur Paul Allen, fondateur de la compagnie de généalogie génétique AncestryDNA, et j’ai rejoint en juillet dernier sa nouvelle startup en tant que Chief Innovation Officer.

© DR

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Comment êtes vous devenue experte en intelligence artificielle?

J’ai publié mes premiers travaux académiques sur l’IA il y a 15 ans. A l’époque j’enseignais à l’Université Montpellier III comme Maître de Conférences, et j’engageais mes étudiants à l’examen des nouvelles modalités de l’acting et du storytelling à l’ère où l’IA était de plus en plus utilisée par le secteur des effets spéciaux, les jeux vidéos et par les artistes numériques.

En vivant à San Francisco, et en y concevant des expériences de Réalité Virtuelle intégrant des modèles prédictifs, je suis nécessairement passée d’une approche théorique de l’IA à une approche stratégique et appliquée. En tant que designer de produits interactifs innovants, je me suis posée de nouvelles questions : comment intégrer la prédiction artificielle au coeur de l’expérience utilisateur ? Comment développer de nouveaux modèles économiques centrés sur les données et l’apprentissage automatique (Machine Learning) ?

J’ai donc décider de renforcer mon expertise en la matière et intégré un programme de formation exécutive certifiante au MIT sur l’articulation entre Intelligence Artificielle et la stratégie d’affaires. Cela m’a permis d’obtenir une certification d’expert en stratégie de l’IA.
Au bout du compte, l’expertise en IA est une œuvre de chaque jour, car le secteur évolue continuellement, et sa puissance impacte tous les secteurs et soulève des questions éthiques et stratégiques sans équivalents. C’est également pourquoi je me suis lancée dans l’écriture d’une philosophie de l’IA. Un ouvrage sur lequel je travaille actuellement.

© Rich Niewiroski Jr.

© Rich Niewiroski Jr.

Pourquoi vous êtes vous installée à San Francisco? Quelles sont vos différentes activités actuelles?

J’ai suivi mon intuition et mon goût de l’aventure !
San Francisco m’a immédiatement conquise par sa fébrilité—celle de ces villes américaines modernes qui foisonnent d’énergie— et sa douceur— l’océan pacifique est partout, les pélicans sauvages survolent le Golden Gate, le fog se répand sur les collines comme un nuage de crème, et la population est libre et cosmopolite. Ici personne ne juge personne et tout le monde s’affaire à inventer la prochaine utopie numérique. Par-delà les loyers insensés et le trafic routier qui paralyse sans cesse la Bay Area, comment ne pas être conquise ?

Pouvez vous nous parler des différents projets ou expertise que vous offrez en ce moment?

Actuellement j’ai rejoint à temps partiel l’équipe dirigeante de la dernière startup de Paul Allen centrée sur le développement humain. En tant que Chief Innovation Officer, j’y dirige notamment la R&D, le design et le développement technologique, la stratégie des données, et la stratégie de marque.
L’autre moitié de mon temps est dédiée à mes activités de conseil et d’expertise en transformation numérique, en stratégie de l’intelligence artificielle, et en design produit. C’est un excellent équilibre qui me permet de diversifier mes activités, et mes clients. Je collabore avec des professionnels tout autant issus des grands groupes (Google, Facebook, etc) que des petites entreprises.
Je conseille notamment des startups, parfois françaises, et les aide à créer de la valeur par renforcement de leur stratégie de différentiation, ou en les accompagnant dans l’intégration de l’IA au sein de leur design de produit et d’expérience.

En résumé, mes activités d’expert-conseil couvrent trois principaux axes : stratégie, transformation digitale et design, et formation.

Stratégie: expertise de projet, marketing des territoires, pilotage de l’innovation, analyse stratégique centrée sur l’innovation numérique et créative, et usage stratégique, technologique et éthique de l’Intelligence Artificielle.

Transformation digitale et design : services de branding, direction créative, développement d’alliances stratégiques et technologiques, et forecasting technologique et culturel, stratégie UX, design d’expérience interactive, Réalité Virtuelle et Augmentée, produits IA.

Formation : programmes de formation professionnelle et supérieure sur les enjeux sociaux, économiques et industriels en robotique, Intelligence Artificielle, UX pour la Réalité Virtuelle et Réalité Mixte, UX/UI design web et applications, etc.

© DR

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Vous êtes intervenue au Digital Festival Tahiti au mois d’octobre dernier, que pensez vous de cet écosystème numérique en terme de développement?

Pour avoir directement œuvré au développement de l’économie numérique et des industries créatives en Nouvelle-Calédonie pendant plusieurs années, je ne peux qu’être enchantée de l’invitation que m’a faite le Tahiti Digital Festival.
Tout d’abord, j’ai trouvé l’initiative formidable et très ambitieuse. L’ambition est essentielle en milieu insulaire, tant les initiatives disruptives se voient bien souvent opposer des discours défaitistes. Ambitionner, c’est inventer, ce qui est exactement ce dont la Polynésie française et les îles du Pacifique ont besoin. L’écosystème numérique mondial rebat les cartes du monde, et l’IA est en passe de rebattre celles des opportunités économiques et sociales, par-delà les frontières géographiques. Les pays du Pacifique ont plus que les autres intérêt à surfer sur l’océan numérique et à s’immerger dans l’abondance qu’il offre pour la réinvention des modes d’être, d’agir, de communiquer, de soigner, de créer, de produire de la valeur, de protéger l’environnement, etc.
Je suis prête à mettre mon expertise au service des acteurs de l’innovation numérique, publics et privés, afin de soutenir les initiatives qui permettront à ces hubs numériques (et augmentés par l’IA !) de croître et s’épanouir !

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