L’Après en Outre-mer: Et maintenant ? par Philippe Kalil, Expert comptable et membre de la CCI de Guadeloupe

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Outremers360 vous donne la parole et partage le sentiment des acteurs socio-économiques des territoires d’outre-mer, à la veille de la période post-pandémie. Aujourd’hui, nous donnons la parole à Philippe Kalil, Expert comptable, Commissaire aux Comptes et Membre élu de la CCI des îles de Guadeloupe.

La crise du covid-19 est un chaos inattendu, durable et liberticide. La santé, l’activité économique et même la démocratie sont affectées.

L’insuffisance du nombre de masques, de tests, de lits de réanimation, de respirateurs a conduit l’État à constater la défaillance de l’organisation sanitaire en Guadeloupe pour affronter les éventuelles vagues de contamination du virus. Cette carence a causé la fermeture totale de certaines entreprises pendant soixante jours. Le résultat de ce long confinement est une perte d’exploitation considérable. L’autorisation de réouverture le 11 mai n’est pas généralisée et de nombreuses activités subissent encore des dommages, notamment la restauration. Un ralentissement d’activité est à craindre pour tous les secteurs, généré par la distanciation physique, les mesures barrières, la suspension des vols des compagnies aériennes, l’annulation des festivals et des autres manifestations culturelles ou sportives.

Des mesures ont permis très rapidement d’aider à sauvegarder la trésorerie de quelques entreprises et à garantir des ressources pour les salariés. Tout cela est bien. Mais ce n’est pas encore suffisant.

L’attente légitime des agents économiques est une indemnisation soit de l’État ou alors des compagnies d’assurance, comme cela se passe à la suite d’une catastrophe naturelle.

Une réponse majeure de politique publique s’impose pour limiter des faillites et des licenciements. Les aides d’État, de la Région, du Département et des communautés d’agglomération doivent être significativement renforcées pour permettre à la Guadeloupe, déjà pénalisée par diverses contraintes de soutenir le retour à l’activité des entreprises.

A titre d’exemples :

1/ Une aide spécifique aux personnes les plus vulnérables doit intervenir compte tenu de la gravité extraordinaire de la récession prévisible.

2/ À défaut d’indemniser les pertes d’exploitation des entreprises, il faut déjà rendre plus efficace le prêt garanti par l’État (PGE). Distribué par les banques, Il n’est pas accessible à toutes les structures malgré la garantie de 90% de l’État. Leur capacité d’autofinancement est souvent insuffisante. En allongeant la durée de remboursement à 10 ans au lieu de 5, les annuités seraient moins élevées et devraient plus facilement correspondre à la CAF (capacité d’autofinancement).

3/ Ce choix d’indemnisation par l’endettement va rendre encore plus difficile le redressement de notre économie locale, une fois terminée la crise sanitaire. Il valait mieux renforcer les fonds propres. Les fonds propres d’une entreprise (actif net), c’est-à-dire la différence entre la somme des actifs et le total des dettes, représentent une réserve de potentiel à partir de laquelle elle peut se protéger de risques imprévisibles. De lourdes pertes vont apparaître à la fin de l’exercice 2020.

Ces fonds propres vont encore diminuer ou carrément disparaître. Il sera plus difficile de redresser rapidement un système économique criblé de dettes. Car l’emprunt deviendra impossible (ratio d’endettement élevé) pour de nouveaux investissements nécessaires au développement.

4/ L’urgence d’un plan de relance dans ce contexte s’impose, avec des échéances programmées et définies.

– L’injection de liquidités dans l’économie à travers des projets cible aura une répercussion immédiate sur l’activité productive et le chômage. Cela requiert aussi un aménagement des procédures, des circuits de décision et la transformation de l’économie administrative en économie de combat.

– La relance de la demande locale dans les secteurs sinistrés, BTP, tourisme, hôtellerie, restauration, loisirs, transports, événementiels, culture, petits commerces non alimentaires, artisans est une urgence. Il faut permettre une réinjection immédiate de cash et faciliter un redémarrage rapide des entreprises tout en évitant le risque qu’il soit consommé ailleurs que chez nous.

– La relance keynésienne de la consommation a ses limites dans une économie ouverte, car on ne sait pas où part l’argent. Sera-t-il épargné ou dépensé ? La solution n’est-elle pas dans le fléchage des flux pour les rendre plus efficients.

– Une action du type « Visitez la Guadeloupe » permettrait de dynamiser l’activité touristique.

– D’autres secteurs pourraient concevoir une adaptation de la technique de l’allocation fléchée aux spécificités de leur activité. Pour convaincre les Guadeloupéens d’acheter local, on peut flécher la relance de la consommation sur le made in Guadeloupe, mais on ne pourra pas économiser des efforts sur le prix, la qualité, le marketing.

5/ La loi de finances pour 2019 avait instauré une nouvelle formule de dispositif zoné en lieu et place de l’ancien dispositif de ZFA : la zone franche d’activités nouvelle génération (ZFANG) qui malheureusement exclut de son champ d’application le commerce et la restauration. Justement ces deux secteurs vont atrocement souffrir des conséquences de la crise du covid-19.

C’est l’article 44 quaterdecies du CGI qui définit les contours de la ZFANG et prévoit un abattement sur les bénéfices, la CVAE (cotisation à la valeur ajoutée de l’entreprise), la CFE ( contribution foncière de l’entreprise) et la Taxe foncière des entreprises. Il est urgent et juste que ces secteurs du commerce et de la restauration deviennent éligibles et bénéficient de l’abattement.

6/Les institutions devront veiller aux conditions de concurrence équitables en cette période extraordinaire pour éviter le renforcement des monopoles et la disparition totale de la concurrence .

7/Donner un nouvel élan au numérique qui malgré la mauvaise qualité du réseau dans certaines zones  et le taux d’équipement en Guadeloupe ,a permis d’éviter de transformer la distanciation physique en distanciation sociale.

8/ La bancarisation  de 130 millions d’euros de dettes des collectivités locales offrirait un nouveau souffle aux entreprises.

Philippe Kalil : CV
Président du GPMG (Grand Port Maritime Guadeloupe) 2016-2017
Vice-Président CCI IG 2012-2016
Vice-Président CESR 2012-2016
Président Conseil Régional des Commissaires aux comptes 1995-1996
Président CR Ordre des Experts comptables 1992-1994

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