L’Après en Outre-mer : Et Maintenant ? par Patrick Vial-Collet, Président de la CCI des Îles de Guadeloupe

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Outremers360 vous donne la parole et partage le sentiment des acteurs socio-économiques des territoires d’outre-mer, à la veille de la période post-pandémie. Aujourd’hui, nous donnons la parole à Patrick Vial-Collet, Président de la CCI des îles de Guadeloupe.

J’attends le 11 mai avec impatience
Cela devenait long. Mais le déconfinement sera progressif. Les cafés, restaurants, commerces non
essentiels et les hôtels resteront fermés. Même s’ils n’y ont jamais été contraints légalement, ils ont dû se résoudre à fermer, faute de clients. En Guadeloupe, les évènements sont tous annulés jusqu’à la mi-juillet : pas de salon, de conférence, de festival. Dans la plupart des outre-mer, la quatorzaine reste de mise, voire le couvre-feu, et a priori les écoles resteront fermées.

Le déconfinement sera donc progressif et le redémarrage du tourisme long. Toutes ces activités
souffrent, elles sont au bord de l’asphyxie : compagnies aériennes, taxis, loueurs de voiture, plaisance, hôtels, gîtes, restaurants, animations touristiques sont touchées et les secteurs qui dépendent en partiede la consommation des touristes tels que la pêche et l’agriculture sont en difficultés grandissantes. Chaque jour qui passe les rapproche de la faillite.

Le confinement et la fermeture étaient difficiles et coûteux. Le déconfinement s’avère d’une complexité redoutable et pourrait être ruineux s’il est mal piloté. On entre dans la phase aussi périlleuse qu’espérée.

Le déconfinement sera aussi risqué que le confinement. Ce n’est pas une inquiétude, c’est de la lucidité. Il faut trouver le juste équilibre entre la prudence afin d’éviter une accélération de la propagation du virus et l’impérieuse nécessité du redémarrage progressif de l’économie qui, s’il est trop contraignant, risque de s’avérer pire que les fermetures. Nous sommes au rendez-vous d’un des moments les plus délicats pour le fondement de nos économies. L’effondrement ne peut pas être écarté…

Le gouvernement va annoncer des mesures spécifiques en faveur du Tourisme. J’en attends qu’il sauve notre tissu touristique.
J’ai des propositions concrètes, basées sur des constats simples : notre éloignement, la faiblesse des fonds propres de nos entreprises touristiques et l’extrême dépendance du tourisme dans nos économies insulaires. En outre-mer nous n’avons que très peu de tourisme intérieur et nous dépendons massivement de nos touristes régionaux, nationaux et internationaux. Ces derniers doivent obligatoirement prendre l’avion pour se rendre dans nos destinations ultramarines.

5 priorités, selon moi, s’imposent maintenant:
– L’aménagement du Prêt garantie par l’Etat (PGE) de 25% du chiffre d’affaire annuel qui pourrait être porté à 40% en fonction de la date d’ouverture effective, garanti par l’Etat à hauteur de 90% par la BPI, et qui serait pour l’outre-mer avec 2 ans de différé, au lieu d’un an, et remboursable sur 10 ans au lieu de 1 à 5 ans, et assorti d’un taux d’intérêt bonifié.
– Une prise en compte de la perte d’exploitation. Sinon, les pertes cumulées seront supérieures à nos fonds propres, ce qui impliquera la cessation d’activités en 2021 pour une grande majorité d’entreprises
– Un crédit d’impôt pour les voyages vers l’Outre-Mer afin de compenser le surcoût des billets d’avion, unique moyen de déplacement, à l’inverse de la France hexagonale qui peut utiliser la voiture ou le train, moins onéreux.
– Une campagne « Voyager dans les Outre-Mer » avec des déclinaisons selon les territoires en y associant les comités du tourisme.
– L’anticipation et l’adaptation des contraintes sanitaires dans le secteur du tourisme notamment liées au contrôle sanitaire avant le départ et l’organisation des mesures de précaution pour nos salariés et nos clients.

S’il devait y avoir une seule priorité, ce serait la compensation de la perte d’exploitation qui serait légitime au regard du fait que nous avons dû fermer nos établissements après une décision unilatérale de l’Etat dans l’intérêt supérieur de la nation et je ne vois pas au nom de quoi seuls quelques secteurs devraient en assurer le coût.

J’ai intégré le comité national de la filière tourisme présidé par le secrétaire d’Etat Jean-Baptiste Lemoyne. Le gouvernement va annoncer des mesures d’accompagnement de plusieurs filières dont le tourisme. Il devra prendre en compte les spécificités de l’outre-mer (pas de marché intérieur, situé hors espace Schengen, quatorzaine imposée et parfois couvre-feu). Ces mesures, que ne vit aucun département de l’hexagone, sont dictées par la faiblesse de nos infrastructures hospitalières et les nombreuses coupures d’eau qui, au final, accentuent nos risques et fragilisent nos économies. C’est la double peine. Je note que de nouvelles mesures sont à l’étude et que le gouvernement estime que « plus et mieux doit être fait à destination du secteur du tourisme ».

Concernant la prise en charge des pertes d’exploitation, Bpifrance a été chargée d’un diagnostic pour déterminer si les pertes sont structurelles ou conjoncturelles. Des discussions bilatérales entre L’UMIH, le GNC et le GNI d’une part et d’autre part la Fédération Française des Assurances pour trouver un accord avant le 11 mai.

J’attends du gouvernement qu’il sauve notre tissu touristique. J’ai des propositions concrètes, basées sur des constats simples : notre éloignement, la faiblesse des fonds propres de nos entreprises touristiques et l’extrême dépendance du tourisme dans nos économies insulaires. En outre-mer nous n’avons que très peu de tourisme intérieur et nous dépendons massivement de nos touristes régionaux, nationaux et internationaux. Ces derniers doivent obligatoirement prendre l’avion pour se rendre dans nos destinations ultramarines.

Un comité interministériel se tiendra le 14 mai, présidé par le Premier ministre Édouard Philippe qui présentera le plan de relance spécifique à notre secteur.

Le tourisme en Outre-Mer ne pourra pas redémarrer au même rythme et avec des stratégies et outils
identiques à la France hexagonale : l’étroitesse du marché local, la problématique des transports aériens ou encore la saisonnalité différente de celle de la France hexagonale se conjuguent pour rendre nécessaire une déclinaison spécifiquement ultramarine de nos travaux. En conséquence j’ai demandé la création d’une commission outre-mer, compte tenu de ses spécificités et je ne doute pas que je serai entendu…

On n’a pas assez retenu les leçons du passé
Chaque siècle a son virus : on a eu la peste, le choléra, la grippe espagnole, et maintenant le Covid-19. Je ne sais lequel au final aura été le plus ravageur. En revanche je constate que l’on a pas tiré d’enseignements de ce risque majeur et donc on est désarmé. Au départ on nous a confiné pendant 15 jours, puis on a renouvelé ce confinement pour au final nous expliquer qu’il faudra vivre avec le virus jusqu’à ce qu’un vaccin ou traitement efficace soit trouvé courant 2021. On sent bien que tout s’ajuste chemin faisant car on a été pris au dépourvu.

Il faut désormais assurer la relance de l’activité touristique
Il faut au plus vite libérer les contraintes des clients et des entreprises, au plus tard le 1er juin, tout en maintenant un niveau de sécurité suffisant pour lutter contre le Covid. Le reste ne sera que bricolage pour limiter les pertes mais ne protègera pas pour autant des nombreuses faillites. J’observe que l’Allemagne est plus tournée pour soutenir son offre quitte à limiter le soutien à la demande, à l’inverse de la France qui a une attitude très Keynésienne. Je ne suis pas un fervent défenseur de la relance économique par la dépense publique. Nous vivons dans un monde ouvert et avons besoin de compétitivité de nos entreprises et alléger le poids fiscal sur la production n’est pas un choix, mais une nécessité.

L’avenir du secteur du tourisme dépend de notre capacité à gérer cette crise
Une conviction: si la quatorzaine devait se poursuivre au-delà de fin juin et si on imposait de n’utiliser qu’un siège sur deux dans nos avions, nous rentrerions dans une impasse durable aux conséquences imprévisibles. En revanche je n’ai aucun doute que les vacances, même si leur coût peut servir de variable d’ajustement des ménages, sont incontournables. Elles sont devenues un élément essentiel de notre vie et ce n’est pas prêt de changer. Notre avenir dépend maintenant de notre capacité à gérer cette crise.

Ce covid va t-il changer nos comportements notre façon de consommer ?
Beaucoup disent : « il y aura un avant et un après covid-19 ». Je n’y crois pas une seconde. Nous allons rapidement retrouver notre mode de vie, nos habitudes et notre besoin d’évasion et le bonheur lié à la fuite du quotidien sera le même, la découverte du monde, des civilisations, des coutumes, des cultures, sera encore plus fort qu’avant. Ce que l’on critique, et qui pourtant est la plus belle des découvertes,  » la mondialisation » le monde sans frontières, sans racisme, sans a priori, j’en suis un fervent partisan. Lorsque ce virus passera, et il passera, le cours de la vie va reprendre sur nos mêmes fondements avec un ajustement à la marge. On a une mémoire sélective et notre priorité n’est pas la prévision sur un siècle, mais au mieux sur un quinquennat ou une décennie.

Enfin je pense que ce qui va changer notre mode de consommation, ce n’est pas le covid-19 mais
l’intelligence artificielle qui va bouleverser de nombreux métiers : l’agence de voyage, le transport, la banque, les assurances, le conseil, la santé et de nombreuses entreprises de service, avec une efficacité remarquable, un coût et une rapidité sans commune mesure. Cela peut inquiéter mais ce progrès est irrésistible. J’assimile cela au bulldozer qui est venu remplacer les hommes et leur pioche : personne ne songe à revenir en arrière!

Je ne baisse pas les bras
La priorité d’un chef d’entreprise est son activité. En plus du risque sanitaire, cette crise a été à double, voire triple, tranchant pour les chefs d’entreprise : l’impossibilité d’ouvrir, la raréfaction des clients et aujourd’hui, à quelques jours du déconfinement, les conditions restrictives de la réouverture. Certaines activités ne peuvent toujours pas reprendre et c’est un coup d’arrêt pour l’entrepreneur. Pour autant nous ne baisserons pas les bras. Il faut s’adapter, rouvrir en garantissant la sécurité du personnel et en soignant la confiance des clients, faire preuve de créativité dans des nouveaux modes de communication, de vente, de paiement… grâce au numérique notamment. La CCI des Iles de Guadeloupe sera à vos côtés pour vous accompagner dans cette phase transitoire que nous souhaitons la plus courte possible, comme elle l’a été pendant le confinement par mail, téléphone et tous les canaux numériques.Faisons en sorte, ensemble, de ressortir de cette crise par le haut.

Patrick Vial-Collet

Patrick Vial-Collet © DR

Patrick Vial-Collet © DR

61 ans, marié 2 enfants
Co-Président du Groupe Des hôtels et des îles et KFC Antilles et Datex Guadeloupe(restauration
collective)
CA du groupe : 60M€
Nombre de salariés dans le groupe : 700
Parcours professionnel
1985- 2019: Co-fondateur du Groupe Leader Hotels Propriétaire et Gestionnaire : Hotels Créole
Beach, Mahogany, Yucca, Golf Marine, Toubana
Commercialise 22 Hôtels et villas en Guadeloupe, Martinique, Saint-Martin, Saint-Barthélemy,
Sainte-Lucie, la Dominique, Antigua, Anguilla, Barbade, Iles Vierges Britanniques Ile Maurice.
2000 : Création de la Marque “ Des Hôtels et des Îles», bureau commercial et de
représentation d’hôtels pour l’Europe, les USA et le Canada, site Web : www.deshotelsetdesiles

 

Mandats électifs ou Personnalité Qualifiée
1990 à 2004 Président du Syndicat des hôteliers
Trésorier adjoint de la chambre de commerce de Pointe à Pitre
Vice-président de la Chambre de commerce de Pointe à Pitre
Président du directoire de l’aéroport de Pole Caraibes gestion CCI
1 er Président du comité du tourisme des îles de Guadeloupe
2004 à 2006 Président du Medef de Guadeloupe
2004 Conseiller économique et social Régional de la Guadeloupe
Membre de l’institution d’émission de la Guadeloupe
Administrateur du Port autonome de la Guadeloupe
A ce jour
Président de la Chambre de commerce des Îles de Guadeloupe
Président du comité d’investissement de l’aéroport Pole Caraibes- Vice-Président du Conseil de surveillance de l’aéroport Pole Caraibes
Membre du comité directeur des chambres de commerce de France
Trésorier de l’association des chambres de commerce des Outre mer
Vice- président de l’OTI de la Riviéra du Levant Guadeloupe
Administrateur du Medef de Guadeloupe.
Membre du comité national de la filière Tourisme

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