L’Après en Outre-mer : Et maintenant ? par Muriel Pontarollo, Déléguée générale de La French Tech Polynésie

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Outremers360 vous donne la parole et partage le sentiment des acteurs socio-économiques des territoires d’outre-mer, à la veille de la période post-pandémie. Aujourd’hui, nous donnons la parole à Muriel Pontarollo, Déléguée générale de La French Tech Polynésie et Représentante des Outre-mer au Conseil National des Capitales et Communautés French Tech. 

L’innovation, levier du REBOND des « îles d’après »

CONTEXTE

La crise sanitaire, économique et sociale internationale déclenchée par la pandémie de coronavirus COVID-19 a agi comme un révélateur de la vulnérabilité de nos économies insulaires, et de leur très – trop – grande sensibilité aux chocs externes.

Les mesures de confinement, la fermeture des frontières et la suspension du trafic aérien frappent de plein fouet les ressources propres de nos économies, ainsi que les emplois directs et induits par ces activités, qu’il s’agisse des secteurs prépondérants du tourisme international et de l’économie bleue, comme des principales productions endogènes.

Des mesures économiques et sociales sans précédent ont été et devront encore être prises pour aider les ménages et les entreprises à résister à cette crise d’autant plus lourde qu’elle continue de faire peser de grandes incertitudes sur l’évolution de l’économie mondiale, la protection des populations, leurs ressources et moyens de subsistance.

Le « Grand Confinement » aura été aussi le révélateur du rôle essentiel des outils technologiques tant dans la gestion de la crise sanitaire, que dans la continuité de l’éducation et le maintien des liens sociaux et de solidarité.

Imaginons juste un instant les effets de ce « Grand Confinement » sans l’Internet, au temps pas si lointain du seul téléphone fixe et du fax… L’isolement absolu.

Transition digitale et stratégie d’innovation

C’est bien grâce à ces nouveaux outils technologiques que les familles ont pu maintenir leurs liens malgré la distanciation, et que chacun a pu rester « présent » et soutenir ses proches, par tchat ou grâce aux nombreuses applications gratuites de visioconférence. Que les élans de solidarité ont pu se manifester et être rejoints et soutenus avec autant de force citoyenne. Que la continuité de l’éducation a pu s’organiser malgré la fermeture des écoles, collèges, lycées et universités. Que la Culture, les concerts de musique, les trésors des Musées et de l’Humanité ont pu se diffuser librement en ligne et en accès gratuit au bénéfice du plus grand nombre.

Les solutions de télémédecine, télédiagnostic et téléconsultation à distance ont permis de fluidifier le suivi médical des patients tout en désengorgeant les cabinets médicaux et les hôpitaux, tandis que les entreprises de biotechnologies, fer de lance de l’innovation thérapeutique, se mobilisent pour la mise au point d’un vaccin efficient contre ce terrible coronavirus Covid-19.

Les acteurs économiques, tous secteurs confondus Publics comme Privés, ont pu bénéficier des nouvelles solutions technologiques pour poursuivre à distance leur activité : le télétravail a permis aux collaborateurs de continuer à travailler depuis leur domicile, les logiciels de télétravail dans le cloud ont vu leur nombre d’utilisateurs exploser durant ce confinement. Comme d’ailleurs les messageries professionnelles instantanées, les outils de travail collaboratif, et les meetings « virtuels » grâce aux applications de visioconférence.

Du côté des commerçants comme de la grande distribution, ce sont les sites de e-commerce et les services en ligne (Drive et livraison à domicile) qui ont permis de limiter la casse et sauver l’essentiel des chiffres d’affaires des commerçants partout dans le monde.

Beaucoup moins en Polynésie, confrontée plus encore dans cette crise au retard de sa transition digitale, à l’échelle des secteurs privé comme public.

Citons à ce propos le président d’OPEN Polynésie, l’Organisation des Professionnels de l’Économie Numérique, Vincent Fabre qui expliquait dans une interview que, « si les infrastructures de télécommunications se sont montrées robustes », l’insuffisance de la préparation des entreprises notamment dans la gestion du télétravail a mis en lumière le retard du Pays dans la transition digitale : « On a vu lors de la gestion de cette crise que toutes les entreprises n’étaient pas prêtes. En tout cas pas de la même façon. Les retards accumulés ne se rattrapent pas pendant des périodes de crise. Elles se préparent à l’avance. »

Citons également le président de La French Tech Polynésie, Olivier Kressmann qui considérait pour sa part que la Polynésie « traîne un peu sur le sujet. Outre les boucles locales qui ne sont pas totalement abouties aux atterrages des câbles sous-marins de nos îles, ce qui impacte forcément la performance de leur e-Santé ou la e-Éducation, on a parlé d’un Digipole mais qui se fait attendre. Et pourtant, c’est quelque chose de fondamental parce que le contexte d’un Digipole, c’est un point de convergence des jeunes entrepreneurs pour s’y retrouver, y confronter leurs projets, pour qu’il y ait une véritable émulation et qu’en plus des entreprises bien installées de la place pourraient comprendre qu’elles auraient là de vraies richesses à utiliser. »

Convergence des forces d’innovation

Au sein d’OPEN Polynésie et de La French Tech Polynésie (anciennement Digital Festival Tahiti), nous œuvrons pourtant depuis des années à sensibiliser les acteurs économiques et publiques à l’urgence de franchir ce nouveau cap économique et social de la transition digitale. En insistant à la fois sur la formidable opportunité que cette évolution technologique apporte à nos îles éloignées pour leur désenclavement et leur interconnexion au monde, créatrice d’activité et d’emploi, et à la fois sur l’importance de former les populations à ces nouveaux usages pour ne pas ajouter une fracture numérique à la fracture territoriale et sociale.

Inauguration de la 3ème édition du Digital Festival Tahiti, le 16 octobre 2019 ©Outremers360

Inauguration de la 3ème édition du Digital Festival Tahiti, le 16 octobre 2019 ©Outremers360

Engagement fort également au sein de la force de co-construction public-privé du plan d’actions numériques de la Polynésie française, le plan SMART POLYNESIA, qui semble lui aussi un peu en léthargie. Mais nous restons confiants et engagés dans la capacité des acteurs de Polynésie française à avancer ensemble et rapidement. Nécessité fait loi désormais.

Pour la transition digitale du Fenua, comme d’ailleurs pour la stratégie d’innovation de la Polynésie française. Le Pays est l’une des dernières collectivités d’outre-mer à ne pas avoir adopté une stratégie d’innovation ambitieuse pour la Polynésie, sa stratégie de spécialisation intelligente, dite S3 pour « Smart Specialization Strategy », afin de s’assurer un positionnement fort pour les appels à projets nationaux, européens et internationaux. Mais c’est en cours, le cadre stratégique est désormais prêt, en attente de validation par le gouvernement de Polynésie.

L’innovation scientifique et technologique est considérée au niveau mondial, européen, national et territorial comme une priorité pour le développement socio-économique durable et inclusif, respectueux des normes environnementales et soucieux du bien-être des populations.

Pour prendre son essor, un écosystème d’innovation a besoin de l’engagement de tous ses acteurs, et du rapprochement entre les mondes de l’entrepreneuriat, de l’innovation et de la recherche, avec le soutien affirmé des pouvoirs publics.

C’est dans ce sens que La French Tech Polynésie, convergence des forces d’innovation de Polynésie française, a mis à profit cette période de confinement pour travailler avec les acteurs économiques et académiques de Polynésie à la co-construction de grands axes du REBOND de nos économies insulaires.

Et ce en collaboration approfondie avec le Cluster Maritime de Polynésie française, l’Université de la Polynésie française et le Consortium RESIPOL (Recherche Enseignement Supérieur Innovation pour la POLynésie) qui fédère les organismes de recherche de Polynésie. Collaboration étroite aussi avec la Délégation à la Recherche de la Polynésie française et la Délégation Territoriale à la Recherche et à la Technologie (DTRT) du Haut-commissariat de la République, qui travaillent, dans la continuité de la contribution aux Assises de l’Outre-mer, à la mise en œuvre du plan S3 de stratégie de spécialisation intelligente de la Polynésie française sus-cité, ainsi qu’à la préparation des réponses aux Programme d’Investissement d’Avenir (PIA).

Vers un modèle plus autosuffisant, durable et résilient

Dans ce grand concert international de recherche de nouveaux modèles du « Monde d’après », du moins pour tous ceux qui ne se réfugient pas dans le repli sur le « Monde d’antan » ou l’improbable « tout-comme-avant », il nous est apparu plus qu’urgent de consacrer cette période de confinement à enclencher une  réflexion collective sur les « îles d’après ».

Les territoires insulaires n’ont pas été et ne seront pas plus demain la priorité des grandes nations dans cette vaste recomposition économique mondiale. Si les îles ne font pas elles-mêmes entendre leur voix, pour montrer leur voie et faire émerger leurs propres solutions, personne ne le fera en leur lieu et place.

Plus que jamais, il est urgent pour nos îles de sortir du bon vieux modèle dit du « copier/coller », pour se mettre à travailler ensemble à repenser notre propre REBOND.

Les populations insulaires sont les premières concernées par les grandes orientations mondiales qui seront prises. Ce sont elles qui sont aujourd’hui en première ligne du changement climatique et des menaces qui pèsent sur l’environnement, les océans et la biodiversité. Ce sont elles qui les premières disparaîtront corps et biens sous les coups de la montée des eaux. Ce sont leurs barrières récifales qui se meurent sous les coups du réchauffement climatique. Ce sont leurs ressources, leurs moyens de subsistance, leurs organisations traditionnelles, culturelles et sociales qui subissent les atteintes à l’environnement et à la biodiversité.

Qui mieux que les insulaires eux-mêmes pour poser les bases d’un développement mieux adapté à leur contexte, leurs contraintes autant que leurs opportunités, en faveur du renforcement de leur autosuffisance, de la gestion raisonnée de leurs ressources naturelles, espaces et infrastructures, de la résilience aux grands changements tant économique que climatique mondiaux.

Une réflexion déjà entamée à l’échelle océanienne par les institutions publiques des pays et territoires du Pacifique Sud, à travers différentes démarches communes (stratégie Blue Pacific, engagement Te Moana O Hiva, Conférence des parlements des îles du Pacifique…), qui visent à atteindre les objectifs partagés de développement durable de l’ONU. Les acteurs privés s’engagent aussi avec des structurations par filière telles que la South Pacific Cruise Alliance et des synergies entre les clusters maritimes d’Outre-mer, notamment ceux de Polynésie française et de Nouvelle-Calédonie.

Le concours international Tech4Islands Awards vision REBOND lancé le 26 Mai

L’urgence du REBOND des économies insulaires s’est ainsi imposé comme l’objectif prioritaire des deux principaux événements internationaux de la dynamique Tech4Islands, impulsée à l’échelle mondiale ces dernières années par La French Tech Polynésie : le concours international Tech4Islands Awards pour faire émerger des solutions innovantes PAR et POUR les îles, et le Tech4Islands Summit (ex-Digital Festival Tahiti), 4e Rencontres internationales des îles intelligentes et terres d’innovation, pour les partager.

Cette vision Tech4Islands en faveur de technologies plus durables, écologiques et résilientes, bonnes pour les îles et donc « bonnes pour la Planète », bénéficie désormais d’un puissant soutien international et de partenaires qui œuvrent également à travers le monde à un REBOND plus juste et durable, au rang desquels :

  • La Fondation Solar Impulse de Bertrand Piccard qui sélectionne, soutient et promeut les technologies propres à travers son défi des 1000 Solutions, dans les domaines de l’eau, de l’énergie, des infrastructures, de la mobilité, des processus industriels et de la production agricole ;
  • L’association RespectOcean de Raphaëla Le Gouvello qui rassemble une communauté ouverte pour « mettre en avant des solutions pour avancer vers une transition avec l’Océan, pour l’Océan et pour notre Planète. »
  • L’initiative reCOVery de Philippe Zaouati, CEO de MIROVA, et Stéphane Distinguin, CEO de FABERNOVEL qui fédère les réseaux et les entreprises sur les enjeux de responsabilité sociale et environnementale, en soulignant que « le plus grand risque de cet après-crise serait un “back to business”, qui ferait l’économie des défis sociétaux ».

La dynamique Tech4Islands de l’innovation PAR et POUR les « îles d’après » a également reçu l’entier soutien de Bpifrance, du Fonds Pacifique, du Ministère des Outre-mer, de Business France, ainsi que le soutien et l’engagement fort de la Mission La French Tech et de ses réseaux internationaux qui propulsent l’innovation française aux quatre coins de la Planète. La French Tech accompagne aussi la montée en puissance des Outre-mer avec la toute récente labellisation des Communautés de Nouvelle-Calédonie, de Guadeloupe et de Guyane qui rejoignent La French Tech La Réunion et notre Communauté La French Tech Polynésie dans la dynamique d’innovation ultramarine. Convergence des forces, suite… et ce n’est qu’un début.

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Faire émerger des solutions pour les « îles d’après »

Le concours international TECH4ISLANDS AWARDS vision REBOND sera lancé à l’échelle mondiale dès le Mardi 26 Mai prochain, afin de mobiliser les startups, les entreprises innovantes, les organismes de recherche et les universités, pour faire émerger des solutions à impact environnemental et social raisonné, des solutions d’une tech plus éthique et écologique.

Cinq grands axes prioritaires sont ainsi proposés aux porteurs de solutions qui souhaitent candidater aux TECH4ISLANDS AWARDS 2020 :

1. Health Tech & e-Santé : pour protéger les populations et permettre un égal accès aux soins dans les îles éloignées, ainsi que soutenir les personnes fragilisées psychologiquement par les effets induits de la crise Covid-19.

2. Blue Tech durable et résiliente : pour accélérer la relance et réduire la crise sociale en préservant les îles, les océans et la biodiversité, renforcer la résilience insulaire au changement climatique et développer des richesses partagées et décarbonées.

3. Clean Tech & Économie circulaire : pour réinventer notre façon de produire et de consommer, et devenir des modèles d’éco-consommation qui intègrent une gestion globale des déchets et de leur valorisation.

4. Smart Tourisme écoresponsable : pour permettre un accès aux nouveaux métiers du tourisme pour les populations des îles, favoriser le retour rapide d’une activité régulée et maîtrisée qui valorise les équilibres culturels et naturels.

5. EdTech & Inclusion numérique : pour réduire les inégalités et permettre à chacun d’accéder aux services publics, aux formations, aux enseignements supérieurs, à l’activité économique et à l’emploi, et favoriser le télétravail.

L’édition 2020 des TECH4ISLANDS AWARDS est organisée en version bilingue français et anglais afin de mobiliser également la région Océanie et les Pays et Territoires du Pacifique Sud autour de la dynamique Tech4Islands.

Trois GRANDS PRIX seront remis cette année :
●      Grand Prix Tech4Islands Monde
●      Grand Prix Tech4Islands Océanie
●      Grand Prix Tech4Islands Outre-mer

Les solutions lauréates du concours TECH4ISLANDS AWARDS vision REBOND seront présentées au prochain TECH4ISLANDS SUMMIT (ex-Digital Festival Tahiti), 4e Rencontres internationales des îles intelligentes et terres d’innovation, qui réunira fin avril 2020 à Tahiti le meilleur des solutions d’avenir pour les « îles d’après ».

Retrouvez toutes les informations sur le concours international Tech4Islands Awards sur notre site et CANDIDATEZ à partir du 26 Mai et jusqu’au 20 Juillet 2020 > https://www.tech4islands.com/

BIO-EXPRESS de Muriel Pontarollo :

Déléguée générale de La French Tech Polynésie et Représentante des Outre-mer au Conseil National des Capitales et Communautés French Tech, Muriel Pontarollo est également Vice-Présidente de l’Organisation des Professionnels de l’Économie Numérique en Polynésie française (OPEN Polynésie) et gérante-fondatrice de Digital Experts Tahiti, société spécialisée dans l’accompagnement des décideurs privés et publics dans la mise en œuvre concrète de leur transition digitale et d’une stratégie d’innovation efficiente et maîtrisée. Diplômée de Sciences-Po Grenoble, Muriel réside depuis plus de 20 ans en Polynésie après 5 années à La Réunion et de multiples et enrichissants voyages autour du monde, à la rencontre des peuples et cultures, poussée à la découverte par ses racines vénitiennes.

La citation qui l’inspire, cette pensée de Marc-Aurèle :

« Que la force me soit donnée de supporter ce qui ne peut être changé et le courage de changer ce qui peut l’être mais aussi la sagesse de distinguer l’un de l’autre. »

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