Innovation Outre-mer : The ‘Arioi Experience, la Start-up qui rend accessible la culture polynésienne

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Lorsqu’elle fonde le Centre culturel et artistique ‘Arioi dans la commune de Papara (Tahiti), la Polynésienne Hinatea Colombani n’imagine pas alors que le numérique s’offrira à elle comme une solution pour rendre la culture accessible à tous. Depuis 2017, Hinatea Colombani entreprend le virage digital en proposant d’abord une plateforme de réservation d’expériences culturelles puis, une plateforme d’e-learning. Fin 2018, Hinatea Colombani espère lancer une application mobile, toujours pour la transmission de la culture polynésienne.

« Cela fait 9 ans que je suis professeur de danse tahitienne. J’ai la chance d’exercer ce métier au Fenua mais également à l’international », raconte Hinatea Colombani, dont le parcours atypique s’avère être une arme redoutable à l’adaptation. « A Tahiti avec mon conjoint, on a fondé un Centre culturel, parce qu’une école de danse, c’est seulement des pas de base, alors qu’un centre culturel enveloppe tous les aspects de la culture : la langue, les instruments, l’alimentation, l’Histoire et on va jusqu’à l’agriculture puisque nous avons un fa’apu (un champ) au centre », explique-t-elle. Ce centre, elle le dédie avant tout aux enfants de Papara et de Polynésie en général. « On accueille des enfants défavorisés car la culture, pendant des années, était réservée à des élites ». Malgré cette dimension sociétale, Hinatea peine à disposer d’aides publiques pour faire vivre son centre culturel et transmettre le savoir aux jeunes.

Pour Hinatea Colombani, l'aventure commence physiquement, lorsque qu'elle créé le Centre culturel et artistique dédié aux enfants défavorisés de sa commune ©Centre culturel et artistique 'Arioi

Pour Hinatea Colombani, l’aventure commence physiquement, lorsque qu’elle créé le Centre culturel et artistique dédié aux enfants défavorisés de sa commune ©Facebook / Centre culturel et artistique ‘Arioi

C’est alors que vient le déclic numérique. « Arrivée au Japon, je découvre des gens qui adorent notre culture. Elle leur apporte une philosophie de vie, une discipline, des valeurs et rompt avec le quotidien métro-boulot-dodo. Ça apporte même de l’espoir à certains. Je me suis également rendue compte que ces personnes avaient un pouvoir financier. Comment faire alors pour créer une dynamique pour que nos enfants puissent bénéficier de cette chance ? », s’interroge-t-elle. « En rentrant sur Tahiti, j’ai discuté avec un ami doctorant et informaticien qui m’a dit que le numérique pouvait être une solution. A ce moment-là, je n’avais pas vraiment compris ». Et pourtant, il n’aura pas fallu longtemps pour que Hinatea et ses équipes se saisissent de l’opportunité numérique.

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« On a l’espace, les collaborateurs qui ont le savoir-faire, qui ont aussi des difficultés pour vivre mais qui ont de l’or dans leurs mains. Du coup, on a décidé de monter cette start-up. D’abord, le site internet était une plateforme de réservation d’expérience culturelle ». En d’autres termes, permettre à des touristes, des passionnés, de découvrir la Polynésie à travers un parcours culturel, bien évidemment. « Ça a été très concluant. On s’est rendu compte du chiffre d’affaire qu’on pouvait faire et des métiers qui pouvaient être créés autour. On a pu récupérer 60 000 Fcfp (entre 500 et 600 euros) pour nous occuper des enfants », et ainsi continuer à faire vivre son Centre culturel et artistique voire même, en créer d’autres.

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« En venant au Prism (premier incubateur à Start-up en Polynésie), je me suis rendue compte qu’on pouvait aller encore plus loin », poursuit-elle. « Au Japon, on y va tous les trois mois et ceux qui sont passionnés par notre culture ne s’arrêtent pas à la danse : ils demandent des traductions par exemple. Et c’est là que je me suis dit qu’il fallait monter une plateforme d’E-learning : avoir des vidéo-conférences avec des personnes qui ont le savoir ». En somme, mettre en relation des touristes, des passionnés par la culture polynésienne en lien avec des sachant, des « ambassadeurs » culturel que Hinatea trie sur le volet. « Je pensais qu’on allait surtout répondre à un besoin des étrangers. Mais pas du tout, on répondait aussi à un besoin local : la population polynésienne souhaite renouer avec sa culture », indique-t-elle.

C'est au Prims, premier incubateur de Polynésie, que Hinatea a développé la partie numérique de l'expérience 'Arioi ©Outremers360

C’est au Prims, premier incubateur de Polynésie, que Hinatea a développé la partie numérique de l’expérience ‘Arioi ©Outremers360

Surtout, Hinatea s’est rendue compte des incompréhensions, des « aberrations » que l’on pourrait raconter aux touristes ou autres passionnés. « Quand un Japonais adhère à une passion, il s’y met à fond. Si on lui raconte des bêtises, il se sent trahi ». Seule, Hinatea n’a pas le savoir absolu et le sait. Mais avec ses équipes d’experts en la matière, The ‘Arioi Experience veut remettre les pendules à l’heure et éviter les éternels incompréhensions culturelles.

L’aventure numérique s’avère payante puisque Hinatea Colombani et The ‘Arioi Experience obtiennent le 2ème Prix du grand concours numérique lancé par le gouvernement polynésien en 2017. En outre, le numérique lui permet de monétiser ses cours, ses vidéo-conférences et par conséquent, créer des vocations chez les jeunes polynésiens qui souhaitent enseigner leur savoir-faire culturel et en vivre. Et par-dessus tout, ce virage numérique fait vivre son Centre culturel et artistique, dédié aux jeunes défavorisés de Polynésie.

Hinatea Colombani ©Outremers360

Hinatea Colombani ©Outremers360

Pour la suite, Hinatea Colombani veut entreprendre un nouveau tournant : celui de l’internet mobile. « En fin 2018, on espère lancer une application de danse, de percussion, de ‘ukulele, de Re’o Tahiti (langue tahitienne) », confie-t-elle. Encore une fois, Hinatea puise cette idée de ses expériences à l’international,  au Japon surtout. « En montant dans le métro, je me suis rendue compte que tout le monde était sur son application. Et c’est pareil pour toutes les grandes villes ! Les gens s’assoient, et se mettent à jouer du piano sur leur téléphone ». Après tout, pourquoi ne joueraient-ils pas du to’ere (percussion polynésienne) ? Hinatea en a bien conscience : le numérique ouvre des brèches, des ouvertures, des opportunités à investir. Elle pense déjà à l’exportation de la matière première, « pour faire vivre et mettre en valeur l’artisanat ». The ‘Arioi Experience prouve, dans tous les cas, que la renaissance de la culture polynésienne ancestrale et sa démocratisation passe aussi par ce qui fait l’essence de nos sociétés modernes.

Qu’est-ce qu’un ‘Arioi ?

Les ‘Arioi était une caste adulée aux temps anciens. Ils étaient des comédiens talentueux, des danseurs, des conteurs, ils étaient les maîtres des cérémonies et les détenteurs des savoirs ancestraux, ils étaient également des navigateurs hors pairs puisqu’ils se déplaçaient d’îles en îles afin de transmettre leurs savoirs. Ils pratiquaient cependant l’infanticide, car rien ne devait les détourner de leur art.

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