EDITO. L’épisode de la crise du COVID : Un révélateur pour les Outre-mer, par Luc Laventure

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La crise sanitaire qui a pétrifié le monde, déstabilisé les gouvernants et l’économie a naturellement  impacté l’Outre-mer de manière plus importante que la métropole. Elle a crûment révélé des points de faiblesse déjà connus et reconnus, mais de fait jamais autant mis en lumière qu’à l’aune de cette période.

Mesurer ce choc et agir pour remettre la machine en route constituent aujourd’hui la priorité des pouvoirs publics. Des dispositifs d’urgence et des mesures complémentaires mis en place par l’État sont nécessaires et attendus. Mais ne nous y trompons pas, cette crise doit aussi être un aiguillon pour reconstruire des économies ultramarines plus modernes, plus durables, plus inclusives, plus solidaires et donc plus résilientes.

Dans un avenir plus ou moins rapproché, d’autres crises se présenteront sans doute. Ce serait une faute grave de ne pas avoir au moins tenté de mettre en place les amortisseurs utiles au maintien de notre cohésion sociale. C’est notre responsabilité collective. C’est aussi celle des politiques publiques.

1) Un constat : cette crise a profondément ébranlé des économies construites sur un modèle par nature fragile

Géographiquement, historiquement et du fait de leur structuration, les Outre-mer sont dépendants des flux et des apports extérieurs. Les territoires sont insulaires ou enclavés (la Guyane) et leurs systèmes sont bâtis sur le modèle colonial de l’économie de comptoir favorisant la rente et la déperdition de valeur, sans profondeur de marché interne et sans ouverture historique sur des voisinages proches. Déjà fragiles, ces territoires ont pris de plein fouet la fermeture brusque de ces flux, le secteur aérien constituant l’exemple le plus problématique.

Les conséquences sont immédiates : le moteur économique de ces territoires a été coupé. Comme ailleurs, certes, mais avec des conséquences plus importantes et surtout certainement plus durables

3 impacts sont clairement identifiables :

La fragilité des collectivités

Les collectivités qui portent la commande publique sont trop fragiles. Leurs budgets sont contraints et leurs recettes sont déstabilisées à un niveau inconnu chez leurs homologues hexagonales. Plus ou moins de flux et les conséquences ne tardent pas : des recettes d’octroi de mer externe et interne en moins, des droits de douane en chute libre, des taxes et des droits sur les carburants taries avec, pour effet immédiat, le fameux « effet ciseau » qui oblige les collectivités à jouer le triple rôle d’amortisseur de la crise économique, d’acteur de la crise sanitaire et de pompier de la crise sociale qui se dessine. L’enjeu est double : il faut consolider les collectivités pour leur permettre de relancer l’économie via le moteur de la commande publique et garantir la qualité du service public, notamment en direction des plus précarisés. C’est indispensable pour éviter tensions et crises sociales que ne peuvent à nouveau se permettre ces territoires.

La fragilisation du tourisme

La crise de ce secteur est générale et ne touche pas uniquement les outre-mer. Mais la levée des restrictions de déplacements en France hexagonale devrait raisonnablement conduire au retour de la clientèle « nationale » qui pourra compenser la perte de la clientèle internationale. Par ailleurs, les dispositifs d’urgence annoncés et les mesures mises en place en faveur du tourisme permettent d’être assez confiants sur un « rebond » dans l’Hexagone. Mais qui peut vraiment croire à une reprise rapide dans les outre-mer, ne serait que des vols ? Et quelles conditions vont donner ou non envie à la clientèle de reprendre l’avion, de fréquenter des aéroports, de s’adapter une refonte des programmes de desserte et donc le risque de devoir payer des billets plus chers.

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Quel que soit l’océan, le tourisme en outre-mer est toujours lointain. Et que dire du « grand outre-mer », le plus éloigné, le Pacifique ?

Une précarisation renforcée

Particulièrement vrai en Guyane et à Mayotte, des territoires jeunes et en tension démographique, les outre-mer présentaient déjà des ratios de précarité importants et des disparités de revenus flagrantes. Quant aux stratégies de rattrapage, elles patinaient trop souvent. La crise ne va rien arranger : elle va encore renforcer la fragilité pour les publics les plus précaires et privés des emplois formels, gage d’insertion sociale, des travailleurs à faible qualification.

2) Une nécessité : agir

Face à ces constats, tous les acteurs, les élus, les responsables institutionnels et les chefs d’entreprises doivent agir.

Des leviers existent. Certains sont facilement identifiables et doivent être rapidement actionnés. Mais au-delà des réponses habituelles – et nécessaires -, il faut profiter de cet épisode pour faire évoluer les modèles, assurer une transition vers une économie plus résiliente, plus responsable et plus solidaire.

L’immédiat, c’est naturellement la commande publique, moteur classique et toujours pertinent dans les outre-mer où les économies « fermées » autorisent le retour à la bonne « vieille » relance keynésienne. Les infrastructures, les besoins en logements sociaux, il y a de quoi plaider pour un plan de « relance ».

L’immédiat c’est aussi de préserver au mieux l’offre touristique et, territoire par territoire, de mettre en place un « plan » visant la reconquête de la demande, la consolidation et la modernisation de l’offre, le maintien de la capacité des lignes aériennes et la préservation de la continuité territoriale grâce à des compagnies dédiées bien gérées. La reconquête des flux touristiques passera par une offre modernisée, plus digitalisée, mais aussi plus vertueuse et montée en gamme.

Mais rebâtir sans penser à faire évoluer les modèles, à anticiper les crises futures, à comprendre et intégrer les grands enjeux actuels (la prise de conscience environnementale, la recherche de sens et de valeurs) serait une erreur.

Profiter de cette période pour porter une ambition pour des outre-mer plus durables c’est aussi faire de l’économie. La commande publique doit aussi être orientée vers des infrastructures durables, vers une vraie transition énergétique et écologique. Les outre-mer sont riches de leur biodiversité, de leurs paysages, mais ils sont aussi en première ligne pour les risques climatiques.

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Bâtir un vrai plan « vert » pourrait aussi constituer une saine ambition collective.

Pendant 2 semaines Outremers360 a donné la parole aux élus, aux responsables des collectivités locales pour parler confinement, déconfinement.

Ces responsables, ces femmes et ces hommes de terrain ont, chaque jour, partagé avec nous leurs expertises, leurs expériences concrètes où ils ont dû faire appel aux responsabilités individuelles et collectives et surtout faire preuve d’imagination et de courage.

Dans les jours qui suivent nous allons aborder le volet économique

En effet la crise sanitaire qui a secoué le monde entier a impacté également l’économie. L’ensemble des économies mondiales et nationales ont été mises à mal,

Les Outre-mer n’échappent pas à ces secousses.

D’autant que, personne ne le conteste : Les économies des Outre-mer sont fragiles du fait de leur histoire.
Elles sont nées d’économies de comptoir et sont dépendantes des flux et des apports extérieurs compte tenu de leurs positions géographiques et de leur éloignement par rapport aux centres de décision stratégiques.

Comment mesurer le choc, les effets de cette crise sur nos économies de Outre-mer ?

Quel est, quels sont les impacts sur ces économies fragiles ?

Comment mesurer le choc produit ?

Il y a-t-il des moyens d’agir pour remettre en route cette machine ? Cet édifice complexe, Comment redresser cet édifice à plusieurs étages ?

Face à cette précarité quels sont les leviers à actionner ?

Ne faut-il pas se saisir de cette situation pour faire évoluer nos modèles économiques ?

C’est ce dossier que nous allons feuilleter avec vous dès aujourd’hui, avec une série d’interviews vidéos, conclue par une grande table ronde ce mardi 2 juin.

Nous allons le faire en nous appuyant sur les acteurs de cette économie : les industriels, les responsables économiques de tous les secteurs, surtout les praticiens et acteurs quotidien de ce monde, notamment les acteurs du secteur du tourisme, durement fragilisés par la restriction des déplacements

Nous aurons l’honneur d’être accompagnés dans ces entretiens et débats par :

Shenaz Bagot, Membre des Administrateurs de la Caisse d’Epargne, Fondatrice de l’école de la Deuxième chance à La Réunion

Bruno Blandin, Président du Medef Guadeloupe et Président du Comité Outre-mer du Medef national

Josette Borel-Lincertin, Présidente du Conseil Départemental de Guadeloupe

Thara Govindin, Présidente du Medef Guyane

Jean-Pierre Philibert, Président de la Fedom

Didier Robert, Président de La Région Réunion

Pascal Thiaw Kine, Président-directeur général Groupe Excellence, Acteur de la grande distribution à La Réunion

Margie Sudre, Ancienne Ministre et Présidente du Haut Conseil de La Commande Publique de La Réunion

Hervé Tonnaire, Directeur des Outre-Mer à la Banque des Territoires

Alexandre Ventadour, Ancien Directeur Facebook France

Patrick Vial-Collet, Président Chambre de Commerce des îles de Guadeloupe

Soyons tous ensemble à la hauteur des enjeux qui nous font face.

Luc Laventure

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