Tribune de Fabienne Couapel Sauret: Politiques publiques des transports et déplacements dans les Outre-mer, soyons exigeants et ambitieux !

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Les Assises des outre-mer, vaste consultation populaire organisée par le gouvernement, ont démontré que la problématique des transports et déplacements était la première préoccupation des populations ultramarines. Plus de 2,5 millions de personnes témoins des déséquilibres des territoires sont aussi conscientes des défis à relever dans le secteur des mobilités durables. Réaliser la mise à niveau des infrastructures de transports et déplacements, c’est penser l’avenir des outre-mer et l’Etat indique vouloir accorder une priorité particulière aux projets de TCSP, transport en commun en site propre, et aux pôles d’échanges multimodaux pour faciliter les mobilités alternatives respectueuses de l’environnement dans la future programmation 2018-2022.

Un mémorandum a été rédigé par la commission outre-mer du groupement des autorités responsables de transport, le GART qui est l’expert incontournable des mobilités et porte-parole des autorités organisatrices de transport à l’échelle nationale et européenne. Ce mémorandum véritable état des lieux des politiques publiques de transports et déplacements en outre-mer a été remis aux ministères fin 2017. Il soulignait déjà que les transports et déplacements étaient « les parents pauvres des politiques publiques dans les outre-mer » notamment pour des raisons historiques liées à l’absence de gouvernance partagée, à l’absence de documents stratégiques de planification et ainsi à l’absence de vision globale et cohérente. Tandis que les pouvoirs publics investissaient dans les infrastructures routière et son corollaire le tout voiture, les transporteurs privés assuraient les premiers transports de passagers.

Un défi sociétal

Même si les outre-mer ont entamé, depuis une dizaine d’années, la transformation des politiques publiques des transports et déplacements qui représentent un défi sociétal et des enjeux économiques et environnementaux forts et même si les nouvelles dispositions législatives nous obligent à davantage de cohérence et de coordination avec l’ensemble des acteurs, force est de constater que des freins, pour certains historiques, existent. En outre des procédures réglementaires souvent lourdes et des arbitrages budgétaires contraints constituent des obstacles à la capacité de nos territoires à répondre rapidement aux attentes de nos concitoyens.

La Réunion a co-construit avec l’ensemble des acteurs, sa politique régionale à l’échelle du territoire tant sur le volet des infrastructures que sur le volet de la programmation régionale l’intermodalité. Les schémas directeurs comme le SAR (schéma aménagement régional), le SRIT (schéma régional des infrastructures de transports), le PRV (plan régional vélo), le plan covoiturage et la PRI (programmation régionale de l’inter modalité) fixent la vision globale et partagée et se déclinent en plan d’actions ambitieux dans chaque micro région. L’évaluation annuelle permet d’analyser la progression des réalisations, des kms de TCSP, d’itinéraires cyclables….

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Chaque jour à la Réunion, plus de 2,5 millions de déplacements sont réalisés, soit en moyenne 3,35 déplacements par jour et par personne. La voiture reste le principal mode de déplacement des Réunionnais avec 66% des déplacements recensés dont 45% en tant que conducteur et 21% en tant que passager. Longtemps sous-estimée dans les politiques publiques de mobilité, la marche à pied représente le deuxième mode de déplacement à l’échelle régionale avec un taux de 25%.
Les transports collectifs représentent le troisième mode de déplacement à La Réunion avec une répartition modale de 7%. Les deux roues motorisées ainsi que les vélos ne représentent respectivement que 1% des déplacements.

Ce constat doit nous conduire à mettre en œuvre des politiques cohérentes. La politique volontariste de la Région Réunion s’est exprimée par l’accompagnement des réseaux de transports urbains avec le programme TransEcoExpress qui a permis la création de 51 lignes nouvelles (soit 392 kms de lignes nouvelles ou d’extension de lignes), l’implantation de 718 arrêts et abris voyageurs, le renouvellement d’une partie de la flotte de bus par des bus hybrides et électriques, la réalisation de 28 kms de voies dédiées aux transports en commun.
Elle s’exprime aussi par la reprise, depuis le 1er janvier 2017, du réseau historique interurbain Car Jaune qui s’est depuis doté de la wifi, d’un système de billetique sans contact, d’un système de géolocalisation des bus pour faciliter les correspondances, ainsi que par la réhabilitation en cours des gares et très récemment par l’inauguration du premier pôle d’échanges multimodal.

Elle s’exprime ensuite par la mise en œuvre du RRTG RunRail, équipement structurant se développant sur 150 kms, prévu pour desservir les villes et grands axes de connexions avec les autres réseaux urbains. Le mode ferré léger est une nécessité qui permettra de réduire la congestion routière et les émissions de gaz à effet de serre. C’est aussi une ambition pour le développement économique des 10 prochaines années avec l’accompagnement de l’Etat et de l’Europe. Les travaux du premier tronçon avec ses 10 stations pour décongestionner l’entrée Est et la traversée de Saint Denis sont prévus pour 2020-2021. Les extensions vers l’Ouest et l’Est sont déjà en études.

Les projets sont anticipés, les chantiers de TCSP, d’itinéraires cyclables, de pôles d’échanges, sont en cours et d’autres vont commencer. Le covoiturage est également un élément de la politique publique des transports déplacements et il se développe de plus en plus grâce à la création d’aires de covoiturage, et d’une plateforme.

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L’enjeu d’une tarification attractive

Mais au delà des chantiers, le constat alarmant du coma circulatoire dans certaines zones et à certaines heures de la journée doit nous conduire à un discours de vérité. Nos concitoyens seront incités à utiliser davantage les transports en commun si l’offre est performante. L’attractivité passe par une meilleure connexion entre les différents réseaux avec l’augmentation des rotations de bus ainsi que par une tarification attractive.

La question de la tarification, qui doit garantir un droit au transport pour tous, est un sujet qui fait débat. En métropole, la gratuité est mise en avant par des collectivités comme étant l’élément clé pour favoriser l’attractivité des réseaux de transport public. Or si le transport est gratuit pour l’usager, il ne l’est pas pour les autorités organisatrices des mobilités durables et par conséquent pour le contribuable. La position du GART, position majoritaire actuellement, est celle de promouvoir une tarification sociale basée sur les revenus. À La Réunion, le système des tarifications est complexe dû en partie à la multiplicité d’autorités de la mobilité et aux liens historiques entre les transporteurs et un opérateur national en quasi situation de monopole sur notre territoire.

Il est nécessaire d’harmoniser la tarification comme il est nécessaire de développer une tarification attractive comme celle que nous avons réussi à mettre en place, pour les étudiants. Mais la nécessité d’agir pour améliorer les connections, les rotations, la tarification se heurte à des freins qui découlent d’une gouvernance qui n’est plus adaptée aux enjeux de territoire.
Les conventions de délégation de service public négociées et signées entre les AOMD et les groupements de transporteurs en sont le reflet. L’usager n’est pas au cœur des dispositifs complexes aux enjeux financiers considérables.

Le projet de loi d’orientation des mobilités qui renforce encore le rôle des régions, chargées d’organiser, en qualité de chef de file, les modalités de l’action commune des autorités organisatrices de la mobilité et la coordination des politiques de mobilité au service de l’intermodalité peut apporter tant sur les outils que sur les financements un nouveau souffle pour les transports publics et les mobilités durables.

Ce que n’a pas réussi à faire le SMTR dont le Président a été désavoué, La Région et ses partenaires peuvent et doivent le faire et ainsi renforcer encore cette coopération mise en œuvre dans le cadre de l’observatoire des mobilités durables animé par l’AGORAH.

Nous devons faire face à au moins 5 défis :
– réduire les fractures sociales et territoriales car le manque de mobilité performantes est un frein à l’autonomie des personnes,
– répondre à l’urgence environnementale et climatique en accélérant la décarbonation transports et en incitant au changement de comportement,
– cibler les financements en intégrant davantage d’innovations et les possibilités du numérique, des nouvelles technologies,
– renforcer le dialogue entre les acteurs publics, les acteurs privés et les usagers.
– renforcer la sécurité et garantir des déplacements plus sûrs.

Les politiques publiques des transports et déplacements doivent mette en œuvre des solutions de mobilités soutenables et adaptées aux besoins. Il est donc essentiel de travailler ensemble au delà des clivages politiques. C’est ce que La Région continuera à faire.

Fabienne COUAPEL SAURET
Conseillère Régionale déléguée aux transports déplacements intermodalité RunRail et au schéma d’aménagement régional
1ère Vice-présidente du SMTR

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