Octroi de mer : Les boulangers se sentent-ils roulés dans la farine ?

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Les boulangers de la Réunion ont protesté mi-juillet contre la fixation du taux de 6,5 % de l’octroi de mer sur la farine importée. Cette augmentation conduit à une hausse du prix du pain entre 5 et 10 centimes pour le consommateur réunionnais. Mais quelles sont les raisons de la colère des boulangers qui craignent pour leur activité économique ?

Les artisans boulangers-pâtissiers de la Réunion se sentent rouler dans la farine. Ils protestent contre la décision du Conseil Régional de fixer l’octroi de mer sur la farine importée à 6,5%, jusqu’alors exonérée. Une taxation qui n’est pas sans conséquences. Les professionnels envisagent de répercuter cette hausse sur le prix du pain et des viennoiseries. Le consommateur devrait alors débourser entre 1 et 5 centimes de plus pour une baguette, mais qu’en sera-t-il pour le macatia, le petit pain local de l’île. De son côté, le conseil régional minimise les effets de cette taxe en expliquant “qu’il n’y aura pas de flambée du prix du pain”. Cette mesure d’imposition de la farine importée, effective depuis le 1er juillet, répond à un objectif de préservation de l’emploi et de la production locale selon la Région Réunion. Sur l’île, la plupart des boulangeries sont fournis en matières premières par la Cogedal, qui emploie une trentaine de salariés. Pour les boulangers, dont le secteur compte plus de 1500 personnes, il s’agit surtout d’une manoeuvre pour conserver le monopole de la précédente entreprise.

Derrière cette tension, c’est aussi le dispositif fiscal de l’octroi de mer qui est remis en cause. La Cogedal, seule meunière locale, importe du blé pour sa production de farine. Cette céréale destinée à la production locale est dispensée d’octroi de mer. Il s’agit là, de l’une des modalités d’exonération du paiement de l’octroi de mer prévue par le législateur. Ce dernier prévoit la possibilité pour les conseils régionaux d’exonérer l’octroi de mer des importations concernant les “matières premières destinées à des activités locales de production”. Mais cette entreprise se trouvait concurrencée par la farine mauricienne et hexagonale importées. Avec la décision du Conseil Régional, la farine produite par la Cogedal reste exempte d’octroi, lorsque sa concurrente se voit taxée de 6,5%. Une injustice selon les boulangers se fournissant chez des meuniers extérieurs.

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Ce tableau représente la taxation des produits importés par catégorie. Ce tableau est disponible en intégralité sur douane.gouv.fr, rubrique Datadouane

Mais l’injustice pourrait se trouver autre part. En consultant les tarifs d’octroi de mer de la Direction régionale des douanes et des droits indirects de la Réunion, on découvre que “les pains frais congelés ou surgelés, y compris ceux dont la composition a été enrichie en sucre ou matières grasses” importés sont exonérés. Dans ce cadre, sommes-nous encore dans un souci de protection de la production locale ? Ainsi, l’appréciation est laissée au consommateur qui devra faire le choix entre un pain de qualité plus cher ou un pain “bon prix” saturé de gras ou de sucre.

 

Catégories : Economie

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