Les bananes guadeloupéennes reprennent le chemin de la France après Maria

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Des régimes de bananes sont entreposés dans le centre de conditionnement de Changy Dambas à Capesterre Belle-Eau, en Guadeloupe, le 10 avril 2018 ©Hélène Valenzuela / AFP

Dans la station de conditionnement de l’exploitation Changy Dambas en Guadeloupe, les premières bananes vertes sont rangées dans des cartons prêts à être expédiés dans l’Hexagone. La production reprend doucement sur l’île, sept mois après le cyclone Maria.

La bananeraie située à Capesterre-Belle-Eau aligne sur 70 hectares un damier de champs de bananiers où des régimes entourés d’un film protecteur bleu attendent d’être récoltés, et des parcelles laissées en jachère après l’arrachage des plans par le cyclone. Les 17 et 18 septembre 2017, le cyclone Maria, de catégorie 5, est passé entre la Guadeloupe et la Martinique causant d’énormes dégâts dans les cultures des deux îles. « On s’est trouvé au lendemain du cyclone sans un régime de banane ni un arbre debout », a rappelé Francis Lignières, président du groupement des producteurs de bananes de Guadeloupe. « Nous avons passé six mois sans exporter un kilo de banane, c’est la première fois que ça arrive ».

Francis Lignieres, président des producteurs de bananes en Guadeloupe, dans l'exploitation de la SCA Blondinière à Capesterre Belle-Eau, (Guadeloupe), le 10 avril 2018 ©Hélène Valenzuela / AFP

Francis Lignieres, président des producteurs de bananes en Guadeloupe, dans l’exploitation de la SCA Blondinière à Capesterre Belle-Eau, (Guadeloupe), le 10 avril 2018 ©Hélène Valenzuela / AFP

Aujourd’hui, « nous sommes en train de reconstituer notre bassin de production », a raconté Francis Lignières, en expliquant que depuis ce mois d’avril, les producteurs « recommencent à faire chaque semaine des expéditions vers la métropole ». Selon l’Union des producteurs, 60% des pieds de bananiers guadeloupéens ont été arrachés et 40% couchés. Les pieds couchés ont été coupés pour qu’un rejet puisse reprendre. C’est eux qui, six mois après, commencent à donner des bananes. Lorsque les pieds ont été arrachés, il faudra attendre 12 à 24 mois pour replanter, le temps d’assainir les sols. Chaque producteur a dû faire des arbitrages, parcelle par parcelle, selon la quantité de plants arrachés ou couchés. « Au-delà de 40% de taux d’arrachage sur une parcelle, cela devient trop coûteux de la relancer et il vaut mieux repartir sur une jachère », a expliqué Jean-Pierre Perianin, qui exploite une vingtaine d’hectares de bananes à Capesterre-Belle-Eau et va recommencer à expédier ses bananes la semaine prochaine.

37,6 millions d’euros de pertes

Alors qu’il produit habituellement 650 à 700 tonnes de bananes par an, Jean-Pierre Perianin s’attend cette année à une récolte de 250 tonnes. « Ce n’est qu’en 2020 qu’on va retrouver notre niveau de production », selon l’agriculteur. Le groupement de producteurs estime à 37,6 millions d’euros les pertes de production pour la Guadeloupe. Cette année, la récolte ne représentera qu’un tiers des 77 000 tonnes produites habituellement. Or, les producteurs de banane ne sont pas assurés pour les pertes de production.

Une employée met des étiquettes sur les bananes dans le centre de stockage de l'exploitation de Changy-Dambas à Capesterre Belle-Eau, en Guadeloupe, le 10 avril 2018 ©Hélène Valenzuela / AFP

Une employée met des étiquettes sur les bananes dans le centre de stockage de l’exploitation de Changy-Dambas à Capesterre Belle-Eau, en Guadeloupe, le 10 avril 2018 ©Hélène Valenzuela / AFP

Edouard Philippe avait déclaré en novembre, lors d’un déplacement dans les Antilles françaises, que l’Etat verserait une indemnisation aux agriculteurs affectés par l’ouragan Maria de 20 à 30 millions d’euros. Les dossiers sont en cours de traitement selon la Direction des affaires agricoles et forestières (DAAF) de la Guadeloupe. « Si nous avions attendu l’aide du gouvernement, vous ne verriez pas de bananes aujourd’hui », se plaint Francis Lignières. Il admet néanmoins que ce sont les aides de la politique agricole commune du POSEI (programme d’options spécifiques à l’éloignement et à l’insularité) qui ont permis aux producteurs de redémarrer leur activité.

Exploitation de bananiers à Capesterre Belle-Eau, (Guadeloupe), le 10 avril 2018 ©Hélène Valenzuela / AFP

Exploitation de bananiers à Capesterre Belle-Eau, (Guadeloupe), le 10 avril 2018 ©Hélène Valenzuela / AFP

La filière qui emploie 1 500 à 2 000 personnes a aussi bénéficié d’aides au chômage technique et au financement de formations pour les salariés pendant les 6 derniers mois. Claudy Behary qui emploie deux salariés sur son exploitation de 2,6 hectares à Capesterre-Belle-Eau, a ainsi gardé ses employés deux jours par semaine depuis le cyclone. Le reste du temps, ils étaient en formation. « Petit à petit d’ici fin avril, ils vont reprendre le rythme normal », alors que l’exploitation a repris les expéditions de bananes il y a deux semaines, selon Claudy Behary.

Avec AFP.

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