La Guyane et la filière aurifère ou le pari du développement par le Think Thank les Alizées -La Fabrique Outremer

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Le projet minier Montagne d’Or en Guyane focalise l’attention des associations de défense de la nature depuis de nombreux mois et est loin de faire consensus dans la population et parmi les élus locaux. Confronté à ce projet, l’actuel ministre de la transition écologique et solidaire a fait « le pari qu’on pourrait sortir de ce problème par le haut ». Le Ministre a annoncé qu’il se décidera après une visite en Guyane, qui viendra clore son examen de ce dossier. Pour le think tank Les Alizées- La Fabrique Outremer ce projet minier est « un pari (qui) doit être relevé et gagné » pour « favoriser la transformation de l’économie guyanaise par la mise en valeur de toutes ses ressources ». Outremers 360 publie ci-dessous leurs recommandations.

La Guyane et la filière aurifère ou le pari du développement

Le projet minier Montagne d’Or en Guyane focalise l’attention des médias et des associations de défense de la nature depuis de nombreux mois. Confronté à ce projet, l’actuel ministre de la transition écologique et solidaire a fait « le pari qu’on pourrait sortir de ce problème par le haut »(1).

Ce pari doit être relevé et gagné. Il y va du développement de la Guyane, il y va de l’emploi des jeunes, qui n’ont pour beaucoup d’entre eux que le chômage comme seule perspective d’avenir.
L’enjeu des mois et années qui viennent est clair : pour favoriser en Guyane le développement d’une économie pourvoyeuse de valeur ajoutée et d’emplois, il s’agit de soutenir la structuration de toutes les filières de production susceptibles d’être développées (pêche, bois, biomasse, agriculture, biodiversité, tourisme, exploitation pétrolière…) et, dans ce cadre, de transformer des mines d’or, encore trop souvent alluvionnaires, peu productives et très polluantes, en une filière aurifère durable comportant des exploitations industrielles, respectueuses des valeurs environnementales et sociales, adossées à des groupes suffisamment puissants pour appliquer et financer les mesures prévues par la Charte de la mine responsable.

Cela suppose une forte implication de la puissance publique qui doit avoir des exigences, en contrepartie des autorisations de forer puis d’exploiter, allant bien au-delà des mesures compensatoires habituelles, par exemple :
– Obliger ces grands groupes à mener activement sur le sol guyanais des travaux de recherche destinés à réduire la teneur en cyanure et à mettre au point des procédés alternatifs ;
– Mettre en place une régulation environnementale au travers d’une autorité indépendante disposant de pouvoirs de sanctions, qui s’assurerait que toutes les exploitations d’or en Guyane respectent bien les principes du code international du cyanure, élaboré dans le cadredu programme des Nations unies pour l’environnement (destruction du cyanure avant rejet, processus de certification…) et qui sanctionnerait, s’il y a lieu, les manquements à cette charte ;
– Introduire un partage différent de la rente minière, de manière à assurer des retombées fiscales et financières pour la Guyane. A cet égard, plusieurs pistes peuvent être explorées : réexamen de la fiscalité actuelle sur l’or, prise de participation de la collectivité guyanaise dans les entreprises exploitant des mines d’or en Guyane, affectation des ressources fiscales issues de l’exploitation aurifère à un fonds de développement guyanais (fonds souverain pour les
générations futures …). Les communautés amérindiennes doivent être parties prenantes et acteurs de ce nouveau partage. La dynamique enclenchée en Nouvelle-Calédonie autour du nickel en faveur des communautés kanaks ne peut-elle se reproduire, dans une forme renouvelée adaptée à la situation guyanaise ?
– S’agissant des aménagements précolombiens – « les montagnes couronnées » -, veiller à l’application sur les sites d’exploitation aurifère, de la réglementation relative à l’archéologie préventive tant en matière de diagnostics préventifs que, s’il y a lieu, de fouilles archéologiques, leur financement étant à la charge des compagnies minières. La conservation des lieux et objets archéologiques pourrait être confiée aux communautés amérindiennes.

Depuis des mois, de quoi parle-t-on, à grands renforts de personnalités artistiques, sportives et même religieuses, ou d’audit prétendument réalisé par un consultant de notoriété internationale ? Contre-vérités et omissions soigneusement orchestrées ont prévalu dans un débat peu soucieux de faire émerger les véritables enjeux, économiques, environnementaux et sociétaux. Que n’a-t-on pas dit de ce projet minier :
– Il détruira en douze ans 10 Km2 de forêt. Sait-on que, en une seule année, les orpailleurs clandestins détruisent 17 km2 de forêt, soit 20 fois plus ?
– Il utilisera 4 500 tonnes par an d’explosifs. Sait-on que 40 000 tonnes d’explosifs sont utilisés chaque année dans les carrières françaises(2)?
– Il utilisera du cyanure. Sait-on que 94%2 de la production mondiale de cyanure va à la fabrication de plastiques, de produits pharmaceutiques et cosmétiques et même de sels de table qui font le quotidien des consommateurs, pour seulement 6% dans le traitement de l’or ?
– Il bénéficiera d’aides de l’Etat français, présentées comme excessives. Sait-on que tout projet industriel en Guyane – comme ailleurs outre-mer – peut bénéficier d’aides fiscales aux investissements, de subventions et d’allégements de charges sociales. Le projet Montagne d’Or sera traité comme n’importe quel projet industriel, ni plus ni moins.

©Parc Amazonien de Guyane

©Parc Amazonien de Guyane

Comment, enfin, affirmer que ce projet de la Montagne d’or est un mirage économique alors que la Guyane est un territoire jeune qui a besoin de mettre en valeur ses ressources naturelles et de proposer des emplois à ses jeunes. Le chômage de la Guyane, déjà double de celui de l’hexagone, est encore plus important chez les jeunes (40%). Mesure-t-on bien le besoin gigantesque d’emplois alors que la population guyanaise va doubler d’ici 2040 pour dépasser 570.000 habitants ?

La Guyane dispose d’un important potentiel de ressources naturelles dans son sol, son sous-sol, son off-shore maritime et d’une position géographique privilégiée. A-t-on jamais vu un territoire se développer sans mettre en valeur ses ressources naturelles, sauf à persister dans un modèle de développement fondé sur la consommation de certains ménages, la commande publique et l’importation, condamnant une grande partie de la population au chômage et au RSA ?

Il s’agit maintenant de favoriser la transformation de l’économie guyanaise par la mise en valeur de toutes ses ressources. Un tel développement, plus endogène, passe par une stratégie de structuration progressive des filières de production, de toutes les filières sans opposer ces filières l’une à l’autre, la filière aurifère et les autres (pêche, tourisme, agriculture, exploitation du bois, de la biomasse et de la biodiversité, exploitation pétrolière ….). Comment peut-on dire, comme le fait une récente étude que la filière aurifère aurait le plus faible effet d’entrainement sur l’économie guyanaise, justifiant ainsi son abandon, alors que le seul projet Montagne d’Or verserait 1,4 milliard € en salaires et cotisations sociales pour l’emploi d’un personnel largement guyanais, soit plus de 7% des salaires annuels versés en Guyane (3)?

Au-delà du projet Montagne d’Or, qui focalise toutes les attentions et les oppositions, c’est l’émergence d’une véritable filière industrielle qui est en jeu. Comme le sous-sol des Etats voisins du Surinam et du Guyana, le sous-sol guyanais recèle de l’or mais aussi de l’argent, de la bauxite, du cuivre, du zinc…. tous métaux dont les nouvelles technologies de communication ou les énergies renouvelables ne peuvent faire l’économie, sauf à décréter le retour au pigeon voyageur et l’avènement de la croissance Zéro …. En Guyane, ces ressources ont été très peu exploitées jusqu’à ce jour sauf de manière illégale : 10 à 12 tonnes d’or sont produites chaque année par les orpailleurs clandestins pour 1 tonne par les exploitations artisanales et semi-industrielles régulièrement enregistrées. Les procédés alluvionnaires utilisés par les orpailleurs clandestins à base de mercure rejeté directement dans les rivières et de cyanure non recyclé sont illégaux, interdits et criminels pour la population et la biodiversité. Veut-on laisser se poursuivre ce gâchis et perdurer le pillage des ressources guyanaises, qui échappe à toute régulation environnementale (4) et à tout prélèvement fiscal au bénéfice de la collectivité ?

Illustration ©AFP / Deichmann / ANA / Only World / Only France

Illustration ©AFP / Deichmann / ANA / Only World / Only France

La forêt guyanaise et sa biodiversité sont une richesse pour la Guyane et l’humanité tout entière.Tout doit être fait pour la préserver. 55% du territoire guyanais est d’ailleurs déjà protégé (Parcamazonien, parc régional, réserves biologiques …). Mais veut-on mettre sous cloche le reste du territoire guyanais et faire de ce département français, une « colonie écologique » pour reprendre l’expression d’un parlementaire guyanais ? Peut-on continuer à porter haut le drapeau mondial de
la biodiversité tout en laissant le champ libre aux garimperos (plus de 600 sites (5)d’orpaillage clandestin dont une partie dans le parc amazonien pourtant très protégé), alors que les jeunes chômeurs guyanais sont sans perspectives d’activité ?

Le projet Montagne d’Or ne serait, s’il voit le jour, qu’un des éléments d’une filière industrielle aurifère en cours de constitution, à partir de la transformation des exploitations semi-industrielles existantes, portées par des groupes d’origine française et guyanaise (Compagnie minière Boulanger, Compagnie minière Espérance, groupe Auplata…). Il convient d’accompagner le développement de cette filière, notamment dans ses dimensions environnementale et sociale.

L’exploitation aurifère, comme toute activité minière, est une activité à hauts risques (cours de l’or et parité euro/dollar) et très capitalistique, exigeant de très importants investissements pour exploiter un gisement de manière responsable : les exploitants abandonnent peu à peu le procédé alluvionnaire, le plus polluant, le plus dommageable pour la préservation de l’espace amazonien, pour évoluer vers un procédé de la « mine responsable » comportant une usine de recyclage qui détruit le cyanure avant que les résidus ne quittent l’usine. Pour financer ces investissements, ces compagnies ont dû se résoudre à ouvrir leur capital à des capitaux étrangers, canadiens ou sud-américains notamment, pour disposer des capitaux très importants nécessaires à la transformation de leur exploitation. Comme ces autres compagnies, la société Montagne d’Or,
fondée à l’origine par des Guyanais, a dû ouvrir son capital pour assurer sa croissance.

Reproche-t-on à ces groupes et au projet Montagne d’Or, de recourir à des capitaux étrangers ? Rappelons qu’en 2017 la France a pu créer ou préserver 33 000 emplois grâce à des investissements étrangers. De surcroît, les groupes miniers savent très bien qu’ils sont de plus en plus attendus, en Guyane comme ailleurs, sur leur capacité à promouvoir une mine responsable et à développer des actions en faveur de la protection de l’environnement : ainsi, Norgold (partie prenante de la compagnie Montagne d’Or) a signé un mémorandum avec le WWF pour conduire des actions de protection de la nature dans la région de l’Amour (Sibérie) où elle exploite de l’or ; ainsi encore, la compagnie Montagne d’Or a déjà fait évoluer son projet guyanais en prévoyant la création d’un couloir de biodiversité entre deux réserves biologiques intégrales.

De surcroît, le développement de la filière aurifère a un effet d’entrainement sur d’autres filières. Ainsi, la revégétalisation enclenchée à la mine Dieu-Merci (groupe Auplata) pour replanter 40% de la surface forestière détruite engendre une activité de pépinière bénéficiant à l’activité forestière.

Enfin, la Guyane a besoin d’infrastructures. La construction d’un port industriel dans l’ouest ou la nouvelle piste de 120 km de long sont bien évidemment nécessaires à l’exploitation de la mine de la Montagne d’or mais aussi au développement de la population de l’ouest guyanais (6) et des communautés qui vivent dans la forêt. A l’issue des douze ans d’exploitation de la mine, ces investissements seront encore là pour desservir l’ouest guyanais et sa population.

« L’écologie et l’économie peuvent et doivent marcher main dans la main » (7). La Guyane peut ainsi devenir une terre d’innovation en développant des standards environnementaux et sociaux de référence dans le domaine de l’exploitation minière, ce qui semble plus porteur d’activité et d’emplois que la mise sous cloche de l’espace guyanais. Cela suppose de renouer les fils d’un dialogue devenu inexistant. Le respect de l’environnement mérite mieux que l’anathème et les fausses évidences.


Les Alyzées-La Fabrique Outremer

(1)Interview dans « France-Guyane » du 19 septembre 2018.
(2) Chiffres issus d’une étude du BRGM
(3) A partir des données DGFIP (rapport annuel 2017 sur la Guyane – IEDOM)(4) Le mercure utilisé dans les procédés alluvionnaires (ou gravimétriques) rejeté directement dans les rivières ne se dégrade pas dans la nature avec le temps alors que le cyanure s’oxyde. Surtout, le taux de cyanure présent dans les résidus miniers peut être fortement abaissé dans une unité de cyanurisation au niveau exigé par la réglementation européenne (10 PPM).
(5) Selon le Procureur de la République, la Guyane compterait 609 sites d’orpaillage clandestin fin décembre 2017 dont 542 sites alluvionnaires au bord des rivières et 87 sites creusés dans la roche primaire.
(6) 70 000 Habitants attendus à Saint-Laurent du Maroni en 2020 pour 42 000 en 2015.
(7) Interview du ministre de la transition écologique et solidaire, F de Rugy, dans France-Guyane, le 19 septembre
2018.

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2 Commentaires

  1. Martin Ferrari

    certes certains élus guyanais restent favorables. mais il y a mille et une autre façon de développer une filière aurifère digne de ce nom en Guyane . Hier soir à Montpellier , la ministre Annik Girardin rappelait « en son nom propre qu’elle n’était pas favorable à ce projet  » et qu’il nécessiterait « pourquoi pas un referendum? » La France n’est peut être ni l’Afrique, ni le brésil, mais les opérateurs du projet restent de mauvais exploitants « ailleurs » et si les risques d’ éboulements de digues avec 200 morts à la clé n’empêchent pas le think tank de prendre position, bel avenir!

  2. Isabelle GUILLARD

    Bonjour, qui sont les  » Alizées-La Fabrique Outremer ». Aucune info sur le net … Merci de votre réponse. Bonne journée

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