Filière Pêche : Que représente la pêche australe à la Réunion ?

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© TAAF

Alors que s’est tenu ce 15 décembre le Conseil du Comité Régional des Pêches Maritimes et des Elevages Marins (CRPMEM) de la Réunion, l’Insee a publié une analyse sur les retombées  économiques de la pêche australe en 2014. 

Avec 80 millions d’euros de chiffres d’affaires en 2014, la pêche australe est le deuxième secteur exportateur à La Réunion, après le sucre (82 millions d’euros). Elle constitue une activité à forte valeur ajoutée en dégageant de 56 millions d’euros de valeur ajoutée en 2014. Cette marge s’explique par une matière première très prisée des consommateurs, plus particulièrement américains et asiatiques. La légine est l’un des poissons les plus onéreux du marché : son prix de vente de gros est supérieur à 45 euros en métropole ; en comparaison, la lotte, le bar ou le turbot se vendent à moins de 25 euros. « près des trois quarts de la légine et de la langouste australes quittent La Réunion à destination de l’Asie (71 % des exportations en 2014). Les États- Unis sont le deuxième client majeur de La Réunion pour ces produits, achetant 23 % des exportations », révèle l’analyse de l’Insee.

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En 2014, la pêche à la légine et à la langouste dans les mers australes pèse pour 11 % de la valeur ajoutée nationale dégagée par le secteur de la pêche en mer. En comparaison, la pêche en mer en Bretagne génère 36 % de la valeur ajoutée de la pêche en mer national. En revanche, sur le plan local, cette pêche représente moins de 1 % du chiffre d’affaires déclaré par les entreprises marchandes réunionnaises. La quasi-totalité de ces poissons pêchés au large des îles australes est ensuite exportée (98 %).

Un secteur plus outillé et à fort rendement capitalistique 

L’éloignement des îles Australes de La Réunion, leur isolement et les conditions climatiques extrêmes qui y règnent obligent les armateurs à déployer un outillage important. « Ils immobilisent en moyenne 260 000 euros de capital par salarié en 2014, montant supérieur aux 220 000 euros consacrés par les armateurs de pêche français dans leur ensemble ». En raison de la valeur ajoutée des produits exportés (légines et langoustes), les armateurs de la pêche australe dégagent un excédent brut d’exploitation de 35 millions d’euros en 2014, soit 60% de taux de marge.  Des bénéfices qui permettent à ces derniers de financer des investissements futurs ou passés. En France, le taux de marge des entreprises de pêche en mer est nettement moins élevé : 30%

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La pêche australe génère 580 emplois directs, indirects et induits à La Réunion en 2014. Plus précisément, la pêche à la légine et à la langouste dans les mers australes génère 380 emplois directs à La Réunion. Six armateurs (Armas Pêche, Armements Réunionnais, Cap Bourbon, Compagnie Maritime des Terres Australes, Pêche Avenir et Sapmer) mobilisent 240 salariés pour leur activité de pêche australe. À ces salariés « pêcheurs » s’ajoutent 140 emplois administratifs et de soutien nécessaires à l’activité de pêche australe.
Parmi les salariés des armateurs de pêche australe, 60 % résident à La Réunion et habitent majoritairement dans les communes du Port, de La Possession et de Saint-Paul. Parmi ceux qui ne résident pas à La Réunion, une partie habite en Bretagne. « En 2014, la moitié de ces salariés de nationalité française perçoivent un revenu net supérieur à 3 690 euros chaque mois, contre 1 370 euros par mois pour l’ensemble des salariés réunionnais. Cadence de travail soutenue, conditions de travail difficiles et compétences rares expliquent cet écart », explique l’Insee.

La pêche australe, une filière strictement encadrée et soumise à des quotas

Les terres australes et antarctiques françaises (TAAF) sont, depuis la loi du 6 août 1955, une collectivité située en Outre-mer, dotée de l’autonomie administrative et financière. Les TAAF sont formées par l’archipel Crozet, les îles Kerguelen, les îles Saint-Paul et Amsterdam, la Terre Adélie et les îles éparses (depuis la loi du 21 février 2007).Au sein des zones économiques exclusives (ZEE) des îles australes (Crozet, Kerguelen, Saint-Paul et Amsterdam), 111 espèces y prospèrent, mais seule une dizaine d’espèces au maximum peut être pêchée et commercialisée. La pêche australe se développe sous l’impulsion des frères Boissière. Ils établissent dans un premier temps un port baleinier aux îles Kerguelen (Port-Jeanne d’Arc), puis érigent la pêche à la langouste comme activité phare de Saint-Paul et Amsterdam.

La pêche française investit les îles du Grand Sud plus tardivement. À la fin des années 1970, les chalutiers français s’engagent dans la pêche au poisson des glaces, jusqu’alors ciblé par les navires soviétiques. Dans les années 1980, le poisson des glaces cède la place à la légine australe, poisson vivant en partie dans les grands fonds. La hausse constante de la valeur commerciale de la légine incite le développement de son exploitation. Cette pêche constitue aujourd’hui l’activité phare des mers australes.

À Saint-Paul et Amsterdam, la langouste est pêchée au casier par un unique navire. À Kerguelen et Crozet, la légine est pêchée à la palangre. Elle est transformée à bord des sept palangriers-congélateurs historiquement engagés dans cette pêche. Depuis 2016, un nouveau navire les a rejoints. Enfin, depuis 2016 également, la pêche du poisson des glaces au chalut pélagique offre une potentielle diversification de l’activité traditionnelle des Kerguelen.

La collectivité des TAAF gère ces zones de pêche afin de garantir la durabilité des ressources et la préservation d’une biodiversité unique. À cet égard, elle s’appuie sur les recommandations du Muséum national d’histoire naturelle et l’avis des administrations centrales. Concrètement, en mer, cette politique de pêche est supervisée par des contrôleurs de pêche embarqués à bord des navires. Elle est également soutenue par les moyens de la Marine nationale et des Affaires maritimes pour lutter contre la pêche illégale. Par ailleurs, la collectivité des TAAF dispose d’un budget global qui s’élevait à 35 millions d’euros en 2014, dont 18 % (6,4 millions d’euros) proviennent des droits de pêche. Ceux-ci sont plafonnés et assis sur la valeur moyenne des produits de la pêche et perçus auprès des armateurs.

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