Energies en Polynésie française: Atteindre 50 % d’énergies renouvelables en 2020 : la difficile équation

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En novembre 2015, le gouvernement de la Polynésie française a réaffirmé son intention d’atteindre en 2020 une production d’électricité provenant à 50% des énergies renouvelables (EnR). Pour atteindre cet objectif, il faudra mettre en place différents projets, dont celui du nouveau barrage hydroélectrique dans la vallée de la Vaiiha sur l’île de Tahiti. Mais il y a aussi un enjeu économique sur le tarif de l’électricité qu’il faut prendre en compte.

Une enquête de notre partenaire le magazine polynésien Dixit.

Un nouveau barrage hydroélectrique est indispensable si l’on veut atteindre les 50 % d’énergies renouvelables en 2020, cap fixé par le Pays (gouvernement de la Polynésie française, ndlr). Tous les professionnels du secteur s’accordent sur cette analyse. Mais il ne suffira pas, il faut aussi que les autres projets se mettent en place : projets de stockage de l’énergie photovoltaïque, SWAC, centrales hybrides, etc.

L’hydroélectricité : actuellement l’énergie verte au meilleur potentiel

Aujourd’hui les énergies renouvelables produisent environ 33 % de l’énergie électrique totale de la Polynésie française. Dans ce ratio, on trouve 75 % d’hydroélectricité, 15 % de photovoltaïque et 10 % de substituts énergétiques (chauffe-eau solaires, SWAC…). Parmi toutes les possibilités en matière d’énergies vertes, l’hydroélectricité aurait, selon Nuihau Laurey, ministre polynésien en charge de l’Énergie, l’un des meilleurs potentiels : « L’hydroélectricité est l’énergie la plus susceptible de nous amener à l’autonomie. L’avantage de l’hydroélectricité est d’une part son coût économique qui est faible et d’autre part l’existence de la ressource ». Sans nouveau barrage, faut-il alors, comme il l’écrivait dans son livre sur les énergies renouvelables paru aux éditions Au Vent des îles en 2009, renoncer à la transition énergétique ? « On peut être contre tous les barrages en général, mais dans ce cas, l’honnêteté intellectuelle voudrait que l’on accepte en contrepartie une totale dépendance énergétique du Pays. Que l’on accepte le risque d’une rupture d’approvisionnement. Que l’on accepte de dépendre du prix du pétrole ».

Nuihau Laurey ©Cédric Valax / Radio 1 Tahiti

Nuihau Laurey ©Cédric Valax / Radio 1 Tahiti

On parle depuis longtemps de ce projet de nouveau barrage hydroélectrique de la Vaiiha. Mais après les erreurs faites dans les autres vallées, les Polynésiens échaudés, craignent les barrages qui pâtissent d’une terrible réputation : destruction de la vallée, expansion des pestes végétales comme le miconia, déclin de certaines espèces… Ces barrages ont été construits dans les années 80 et 90 et les gouvernements, comme la population, ont aujourd’hui d’autres exigences. Les erreurs du passé sont sans cesse rappelées par les opposants à ce projet, mais les industriels, de leur côté, insistent sur le fait que le respect de l’environnement fait partie intégrante des cahiers des charges.

©Anne-Charlotte Bouleau / La Dépêche de Tahiti

La vallée de la Vaiiha est au cœur d’un dilemme entre écologie, énergie et économie ©Anne-Charlotte Bouleau / La Dépêche de Tahiti

Même si l’approche n’est plus la même qu’il y a 30 ans, le défi du gouvernement polynésien reste de réussir à convaincre la population d’accepter ce projet de la Vaiiha. En fin d’année 2016, un cabinet spécialisé a été engagé par le Pays pour faire ce travail de communication et de concertation. Des réunions publiques ont eu lieu avec la population et les élus. L’idée est aujourd’hui de proposer un projet de développement global de la vallée, dans lequel viendrait s’insérer le barrage hydroélectrique. Mais les oppositions restent toujours fortes sur le sujet.

Développer les EnR sans augmenter la facture d’électricité

Un autre élément est à prendre en compte dans la transition énergétique : celui du prix de l’électricité. Tout le monde réclame plus de renouvelable et moins de thermique, tout en payant moins cher le kilowattheure. Une équation difficile à résoudre pour les autorités qui fixent les tarifs de l’énergie. Tant que le kilowattheure produit par le fioul sera à un prix acceptable, les industriels comme les politiques ne seront pas encouragés au développement du renouvelable. Car ces énergies vertes, comme on les appelle, ont un coût. C’est d’ailleurs pourquoi, en 1998, la charte de l’énergie mise en place était accompagnée d’un moratoire du développement des énergies renouvelables. Les coûts des EnR renchérissaient le coût du kwh.

Le tarif de Marama Nui était alors de 13,06 Fcfp/kwh (11 centimes d’euros environ), nettement supérieur aux coûts de production thermique qui étaient de 8 à 9 Fcfp/kwh (6 à 7 centimes d’euros). Au mois de septembre 2016, l’électricité thermique était encore meilleur marché que toutes les autres. Le kilowattheure thermique coûtait 11,20 Fcfp en moyenne (environ 10 centimes d’euros), le kwh solaire 30,49 Fcfp (25 centimes) et celui de l’hydroélectricité 12,65 Fcfp (10 centimes). Mais ces prix ne tiennent qu’à un fil : le prix du baril de pétrole qui évolue chaque jour et celui des énergies renouvelables qui baissent régulièrement. Le solaire par exemple est beaucoup plus abordable qu’il y a dix ans.

Panneaux solaires installés sur le toit de la Caisse de Prévoyance Sociale à Papeete ©Dixit

Panneaux solaires installés sur le toit de la Caisse de Prévoyance Sociale à Papeete ©Dixit

Il s’agit de trouver un juste équilibre. « Le prix du baril fluctue tous les jours. Pour se prémunir contre ce risque et cette volatilité, le seul moyen dont nous disposons à moyen terme et avec une certitude économique en termes de coûts, ce sont les projets hydroélectriques comme celui de la Vaiiha », insiste Nuihau Laurey. Car si demain le prix du baril montait à 100 dollars, alors le prix de l’électricité atteindrait un niveau qui risquerait de mettre à mal l’économie polynésienne. Le développement des énergies renouvelables évolue donc en fonction du prix du baril. Quand celui-ci est haut, les EnR deviennent intéressantes et inversement quand le pétrole est bon marché.

C’est ce jeu d’équilibre entre développement des EnR et tarifs du kwh que le gouvernement doit réussir à trouver. D’ailleurs pour le Pdg d’EDT-Engie, Grégoire de Chillaz, « on ne peut pas dissocier la question de la transition énergétique de la question économique. Le Pays est-il prêt à augmenter le prix de l’électricité pour faire de l’EnR ? Il faut aller vers la transition énergétique, mais à quel prix ? Aujourd’hui malheureusement le fioul et le gasoil restent meilleur marché, le choix politique n’est donc pas simple à assumer ».

par Lucie Rabréaud, Magazine Dixit

Le Dixit, référence de l’économie en Polynésie française

Publié une fois par an, en début d’année, le magazine Dixit est une revue économique, sociale et culturelle de Polynésie française. Fondé en 1984, le magazine Dixit aborde tous les sujets liés au développement économique polynésien avec, chaque année, une thématique mise en avant. Pour l’édition 2017, c’est l’économie digitale en Polynésie qui a été passée à la loupe par les rédacteurs et contributeurs du magazine. Des thématiques comme la transition énergétique et la réforme de la Protection sociale généralisée (PSG) en Polynésie sont venues compléter l’édition 2017 du magazine.

©Tahiti-infos

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« Nous montrons des choses positives, donnons de l’élan pour participer au développement économique. Comme le consommateur, l’employé, l’entrepreneur ou l’auto-entrepreneur, nous sommes les maillons d’une chaîne. En détaillant par exemple les aides disponibles, en présentant les acteurs, en montrant les projets qui marchent, le Dixit se veut être un moteur et un soutien », explique Dominique Morvan, Directrice éditoriale.

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