El Nino 2016 : Pénurie de poisson en Polynésie

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©Tahiti-infos

Les polynésiens feront-ils face à une pénurie de poisson ? C’est ce que laisse penser un récent article de Tahiti-infos qui a mené l’enquête sur place auprès d’armateurs et professionnels du secteur. Une des causes ? Le phénomène El Nino qui maintient les eaux du Pacifique équatorial chaudes et les poissons hors de portée de la zone de pêche polynésienne.

Les polynésiens devront très probablement faire face à une pénurie de poisson pendant quelques semaines. Les mois de janvier et février étant des plus chauds de l’année dans l’hémisphère sud, le poisson se fait déjà rare dans le Pacifique équatorial à cette période de l’année. Mais cette année, les armateurs et pêcheurs sont plus inquiets, la pénurie dure. « Normalement, la saison basse dure jusqu’à mi-mars, mais à partir de Pâques les choses reviennent à la normale. Cette année, le volume de poisson sera stabilisé dans environ deux ou trois semaines », confie un armateur au média. Selon Cédric Ponsonnet, directeur adjoint des ressources marines, il n’y a rien « d’alarmant à la situation, (…) certes le volume est très bas, mais rien d’atypique ». Il poursuit, « Après, la diminution de l’offre fait forcément augmenter les prix, mais nous n’avons pas encore d’inquiétudes sur la situation ».

Tahiti-infos révèle d’ailleurs une flambée du prix du poisson et prend pour exemple celui du thon blanc, anormalement plus cher que le thon rouge, « en ce moment, le prix du thon blanc varie entre 1600 et 2000 Fcfp le kilo (13-16 euros), tandis que le thon rouge se vend lui entre 1500 et 2000 Fcfp le kilo (12-16 euros) ». Une poissonnière de Faa’a s’émeut, « c’est encore pire que l’année dernière. J’essaie de ne pas trop augmenter mes prix pour pouvoir continuer de vendre parce que les gens n’ont pas beaucoup de sous, mais le poisson est presque plus cher que la viande, je n’ai jamais vu ça ! ». Du côté des restaurateurs, même impasse, « difficile d’augmenter les prix de la carte, du coup, là encore soit on perd de l’argent sur la vente de poisson, soit on diminue les portions ». Les armateurs aussi font face au problème de rentabilité, « la hausse des prix nous permet de tenir, mais le risque principal reste quand même que le client se désintéresse du poisson. Cette pénurie est saisonnière, mais là, elle dure plus longtemps que d’habitude, ce sont quelques semaines de trop ». Tahiti-infos révèle que, selon les derniers chiffres des armateurs, 10 à 15 poissons ont été pêchés par jour ces dernières semaines, contre un quarantaine en temps normal et jusqu’à 100 les jours de bonne pêche. Une campagne de pêche en Polynésie française durent 7 à 10 jours, toujours selon nos confrères.

Qui est le coupable de cette pénurie ? La première raison selon l’enquête journalistique est climatique. En effet, « le thon blanc est un poisson migrateur qui suit les courants d’eau fraîche ». Chaque année, l’eau est plus chaude en janvier et février, le thon blanc se déplace donc vers les eaux du Pacifique est et reviens à la mi-mars. Mais l’exceptionnelle saison El Nino 2015/2016 retarde le retour du thon blanc et accentue la pénurie. Par conséquent, et la est la deuxième raison, les stock pêchés sont plus souvent privilégiés à l’export, plus rentable, « les exportations représentent un appel d’air continu, ainsi en cette période de vache maigre les pêcheurs remplissent leurs commandes à l’export avant de renflouer le marché local ». Qui plus est, le « cour du dollar incite les pêcheurs à privilégier ce secteur », d’autant qu’en Polynésie française, le thon blanc est classé dans les Produits de première nécessité, ce qui n’arrange pas forcément les armateurs. En attendant, les pêcheurs changent de stratégie et se rabattent alors sur le thon rouge, l’espadon et d’autres poissons du large sans pour autant renflouer les pertes. « Si fin avril, début mai, le poisson n’est pas revenu au niveau des bons jours, là, il y aura matière à s’inquiéter », conclut Cédric Ponsonnet.

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