Économie en Nouvelle-Calédonie : Le président de la CCI veut « développer une économie endogène »

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Il y a 7 mois, David Guyenne a pris la succession de Jennifer Seagoe à la présidence de la Chambre de commerce et d’industrie de Nouvelle-Calédonie, pour un mandat de 5 ans. Béryl Ziegler, journaliste de notre partenaire Actu.nc a rencontré cet entrepreneur qui représente les intérêts de quelque 14 000 ressortissants. INTERVIEW. 

C’est votre 3ème mandat à la CCI. En 9 ans, comment le contexte économique a-t-il évolué ?

Il y a eu une période de fort investissement porté par la puissance publique. Les usines du Nord et du Sud ont été construites, puis quelques grands chantiers publics et privés ont pris le relais : CHT, aéroport, clinique. On arrive au bout de ces grands chantiers qui ont été cruciaux. Nous avons fait beaucoup de visites post-Covid. On constate que les îles et le Nord, dépendantes de la puissance publique, ont un système de résilience plus important face à la crise. Mais on voit aussi que cela ne suffira pas à créer de la richesse pour intégrer la population à la marge des circuits économiques et les jeunes qui entrent sur le marché du travail tous les ans. On sait par ailleurs que le système des grands travaux et des dépenses publiques va décliner.

Que préconisez-vous pour relancer la machine ? 

Il faut miser sur l’initiative privée. Si la puissance publique est cruciale, il faut la limiter à l’amorçage de secteurs d’avenir et aux infrastructures nécessaires au développement économique de la Nouvelle-Calédonie. Ensuite, c’est à nous de créer le marché. Nous l’avons fait sur l’aéroport de Tontouta, et nous allons le faire sur le projet de port de grande plaisance pour développer une activité de yachting de niche.

Pourquoi vouloir à tout prix gérer l’exploitation de ces infrastructures ?

Nous préférons y aller en premier pour impulser une dynamique. Nous sommes un des acteurs importants de la croisière. Rentrer dans ce secteur de niche permet de créer un écosystème. Idem pour l’aéroport de Magenta, dont la concession de gestion a été renouvelée pour un an, et que nous souhaitons garder.

Il a été proposé d’ouvrir l’aéroport de Magenta à la concurrence. Qu’en pensez-vous ?

La gestion de Magenta doit être réfléchie avec celle de Tontouta pour des questions de mutualisation. On a besoin de mettre en relation les acteurs pour que l’écosystème grandisse. Quand il sera assez compétitif tout en répondant aux objectifs de service public et de concurrence saine, peut-être qu’une activité́ de gestion privée pourra être envisagée. Mais pour l’heure, c’est trop tôt. Dans tous les cas, c’est le gouvernement qui tranchera. Pour l’heure, nous avons reçu un écho favorable.

Quels sont les principaux défis à relever pour les années à venir ?

A long terme, horizon 2040-2050, notre objectif est de développer une économie endogène. Que faut-il faire ces 5 ou 6 prochaines années pour y parvenir ? Il ne s’agit pas uniquement d’avoir une production locale, comme l’a exacerbé la crise du Covid-19. Pour que cela fonctionne, c’est tout un système à travailler. C’est s’assurer d’avoir des entreprises et industries fortes qui se basent sur une consommation forte et une attractivité suffisante du territoire à l’extérieur. Nous insistons sur l’aspect économie ouverte. Pour avoir une économie endogène, l’un des prérequis est d’avoir une population suffisante pour assurer un niveau de concurrence, de compétence, et de consommation suffisante. D’après l’économiste Olivier Sudrie, qui animait une conférence récemment à la CCI, c’est à partir de 500 000 voire 1 million d’habitants qu’on pourrait avoir une industrie compétitive.

Comment se portent les entreprises suite à la crise Covid-19 ? La reprise est-elle au rendez-vous ? 

Tout dépend des secteurs. Il y a la situation des secteurs durablement touchés qui est problématique car personne n’a de visibilité́ sur l’ouverture des frontières. Tant qu’il y aura la quatorzaine, légitime par ailleurs, le tourisme et l’aérien ne pourront pas redémarrer ou seulement à la marge. Dans les autres secteurs, en revanche, on constate une bonne reprise, boostée par la consommation intérieure et le fort taux d’épargne réalisé pendant le confinement. Les frontières bloquées, ce sont aussi des Calédoniens qui ne partent pas à l’étranger et consomment sur place. D’après Olivier Sudrie, on observe une reprise, mais le vrai moment critique n’est pas juste après le Covid, mais dans les mois après. Il faut donc toujours surveiller et accompagner les entreprises pour éviter la rechute. Car elle coûterait cher à l’ensemble de l’économie. Pour le moment, on constate qu’on s’en sort plutôt bien. Les aides ont été bénéfiques, notamment pour les entreprises les plus fragiles.

A-t-on distribué ces aides aux entreprises qui en avaient vraiment besoin ?

Les entreprises qui ont bénéficié du fonds de solidarité et d’aides de la province vont avoir des contrôles a posteriori, certainement sur échantillon. De notre côté, on constate plutôt que les chefs d’entreprise calédoniens n’osaient pas demander des aides ou ne savaient pas comment procéder. Tout ce qui a été pris a finalement permis d’éviter la casse. Et puis, chaque chef d’entreprise étant aussi un consommateur, ce sont des aides qui retournent dans le circuit économique et qui participent au moral des Calédoniens.

Où en est la création d’une entité inter-consulaire ? 

Nous travaillons déjà en inter-consularité depuis plusieurs années. Nous avons des antennes en commun en Brousse qui permettent la mutualisation des coûts. Ce travail de mutualisation se poursuit. Exemples récents, pendant le Covid-19, les trois Chambres ont créé un numéro vert unique et gratuit pour répondre aux questions des entre- prises. Nous avons reçu 8 200 appels entre le 30 mars et le 12 juin. Nous avons aussi organisé ensemble la Semaine de l’alternance qui s’est déroulée du 1er au 8 juillet. C’était la 5ème édition organisée conjointement. Nos objectifs : le développement de la présence physique, la formation et l’alternance…

L’élection d’une nouvelle équipe au MEDEF-NC va-t-elle induire des changements ?

Une partie de la nouvelle équipe était membre consulaire à la CCI. Cette partie sera certes plus active au MEDEF, mais elle pourra aussi créer des passerelles entre nos deux entités. Nous serons ravis de pouvoir travailler ensemble si des projets communs sont identifiés.

Où en est le renouvellement de la concession de gestion des deux plateformes aéroportuaires de Tontouta et de Magenta ?

La concession de gestion de Magenta par la CCI vient d’être prolongée pour un an alors qu’elle devait se terminer cette année. Le temps, espérons-le, de négocier avec le gouvernement un nouveau contrat de type concession pour pouvoir mutualiser l’ensemble des plateformes et mettre en place les gros chantiers d’investissement de Magenta que sont le système de sûreté, le parking le réaménagement des surfaces de restauration… Quant à la concession de gestion de Tontouta, elle s’achèvera en 2024.

©EyeFly

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La fermeture des frontières a-t-elle impacté vos activités de gestion à Tontouta ?

Oui, nous subissons l’impact du Covid-19 de plein fouet. Une grande partie de nos équipes sont en chômage partiel. Nous avons d’ailleurs officielle- ment demandé à notre autorité de tutelle, la DGAC à Paris, la prolongation de la concession de plu- sieurs années pour compenser l’effet Covid sur notre exploitation. Toutes les études mondiales montrent que le trafic aérien ne redeviendra normal que dans 4 ou 5 ans.

Cela représente des pertes conséquentes… 

On devait avoir 5 milliards d’investissement d’ici à 2024. On les a baissés à 3,5 milliards Fcfp et priorisés. Mais ce sont des investissements que l’on va devoir faire, alors qu’on a peu de recettes et des charges fixes, notamment de personnel. C’est ce qui a motivé la décision de ne pas demander de l’argent aux institutions, mais une prolongation de notre activité de gestion.

En tant qu’entrepreneur, quels sont les projets qui vous tiennent le plus à cœur ?

Je parlerai plutôt au nom des 80 entrepreneurs qui composent « Une chambre pour tous ». Nous souhaitons rendre la CCI toujours plus utile et proche de ses ressortissants. Nous voulons qu’elle soit un moteur d’inclusion et l’ouvrir ainsi à tous les chefs d’entreprises souhaitant s’impliquer, quels que soient leur secteur, leur ethnie, leur sexe, leur expérience de vie… Plus que de former des jeunes à des compétences et des métiers, nous souhaitons avant tout former des individus épanouis et bien dans leur peau. A l’EGC, on a conclu des partenariats avec HEC, on lance les start-up week-end et les concours de business plan. Il s’agit de véhiculer les passions et les envies d’entreprendre. Nous avons aussi participé au jeu « Ose ta boîte » qui remet l’entrepreneuriat au centre de la vie sociale et sociétale calédonienne. Et puis le 15 novembre, nous lancerons la Journée des petits entrepreneurs pour les 7 à 17 ans à Lifou, Bourail, Nouméa et Koné. Ce qui nous semble important aussi, c’est la mutation économique de nos entreprises. S’orienter vers des modèles de développement porteurs économiquement, mais aussi harmonieux et en adéquation avec notre pays et notre environnement.

Un exemple pour être plus précis ? 

Il peut s’agir de la simplification administrative, ou encore de la mutation d’un tourisme de masse vers un tourisme durable, de niche. C’est la demande actuelle à laquelle on ne fait que répondre. Pour une fois que cette demande est en adéquation avec nos forces, notre environnement et nos populations qui veulent un nombre limité de bateaux, on aurait tort de s’en priver !

Propos recueillis par Béryl Ziegler

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