Donald Trump à la Maison Blanche: « L’impact sur les économies ultramarines sera surtout indirect » selon l’économiste réunionnais Phillipe Jean-Pierre

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© Twitter Phillipe Jean-Pierre

Si l’élection de Donald Trump ce 9 novembre suscite de nombreuses réactions politiques, elle soulève aussi des incertitudes sur le plan économique. Pour Phillippe Jean-Pierre, professeur d’économie à l’université de la Réunion, le programme économique de Donald Trump basé sur le repli sur soi et le protectionnisme aura des effets indirects sur l’économie ultramarine.

Quelle est votre première réaction d’économiste suite à l’élection de Donald Trump ?

Ma première réaction est celle de la stupéfaction et de l’étonnement par rapport aux prévisions qui semblaient se profiler, même si nous savions que la candidature d’Hillary Clinton n’était pas celle qui permettait d’évacuer tous les doutes. La volonté exprimée par le peuple américain, prônant davantage de protection et de repli sur soi  l’a emporté. Cette notion de repli sur soi lève beaucoup d’incertitudes. Ce sont plusieurs décennies de globalisation et de mondialisation qui semblent peut-être toucher à sa fin.

Le protectionisme américain est l’un des thèmes forts de la campagne de Donald Trump. Comment cette notion  peut-elle se répercuter sur le marché mondial ?

Les Etats-Unis ont un rôle important dans l’économie mondiale, soit parce qu’ils produisent  pour l’économie mondiale, soit parce qu’ils consomment. On a bien vu ce matin, la réaction des pays qui dépendent économiquement des Etats-Unis comme le Mexique par exemple où  la monnaie mexicaine s’est effondrée et certains marchés et actions boursières ont été fortement chahutés. L’arrivée de Trump au pouvoir, s’il maintient ses promesses de campagne, entraînera sans doute la remise en cause d’accords internationaux ou d’ouverture de l’économie américaine.

Cette période de repli de soi s’accompagne d’une période d’incertitudes et d’instabilité qui n’est jamais bonne pour l’économie mondiale. C’est une nouvelle source de crainte dans un contexte où le monde n’avait pas besoin de cela: nous sortons d’une crise, on essaie de redonner et reconstruire la confiance. Il y aura également beaucoup de questionnement sur les possibles remises en cause d’accords bienveillants comme l’Accord de Paris ou des traités sur la protection de  la planète.

Quelles conséquences pour les pays partenaires ? L’économie ultramarine?

La Chine, l’Amérique du Nord et l’Union Européenne sont des économies fortement reliées à l’économie américaine. Cela ne sera pas sans conséquences sur une économie internationale déjà fragilisée ces derniers mois, si l’on subit une augmentation des droits de douane, un rapatriement des entreprises américaines délocalisées. Le repli sur soi des Etats-Unis peut être aussi défavorable pour des pays en développement comme Madagascar, l’île Maurice qui avaient noué des habitudes commerciales avec les Etats-Unis.

En ce qui concerne l’économie ultramarine, l’ouverture de ces territoires au sein de l’économie américaine n’est pas suffisamment réelle pour dire que nous dépendions de ce qui se passe aux Etats-Unis. On peut dire que cela est notre chance. Malgré tout, nous pouvons être indirectement impactés puisque lorsqu’on agit l’économie américaine est déstabilisée, on voit bien que cela influe sur notre économie nationale et européenne. Déjà fragilisée, l’économie nationale risque d’être crispée vis-à-vis de ses relations avec les départements d’Outre-mer. On peut également craindre un contexte défavorable pour les liens économiques entre les Outre-mer  et leur voisinage, qui peuvent être déstabilisés par le changement de politique américaine. On peut par exemple citer un cas particulier de la crise financière en 2008. En effet, lorsque  que  General Electrics, financeur pour des crédits automobiles avait dit à ses filiales implantées à l’étranger qu’il fallait resserrer, le financement de crédits automobiles à la Réunion par cette entreprise avait  été aussi vissé, resseré. L’impact direct sur les économies ultramarines sera assez limité mais aura des effets indirects via les canaux de l’économie nationale et du voisinage.

Economiquement, cela signifie-t-il qu’on assistera à la fin du marché libéral américain ?

Certes le président a un certain pouvoir mais encore faut-il que le Congrès ou la Chambre des Représentants accompagnent la politique du président. Il est possible que le Congrès ne soit pas aussi facilitateur dans l’application du programme de Donald Trump, on peut assister à  une forme de cohabitation. Selon les dossiers, des négociations sont à prévoir et il est  possible que le nouveau président Donald Trump devra mettre un peu d’eau dans son vin.

De plus, par l’histoire, le géant américain était toujours « plus protectionniste qu’intégré ». Ce sont ces trente dernières années après la Seconde guerre mondiale ont montré aux Etats-Unis qu’il y avait un intérêt à commercer avec l’étranger, puisque le monde était source d’opportunités de croissance pour l’économie américaine. Il me semble que le repli sur soi comporte plus de risques que d’avantages pour l’économie anglo-saxonne. Pour faire simple, le pouvoir d’achat des Américains a  été fortement appuyé d’une part car un grand nombre de produits consommés par les Américains sont produits à l’extérieur, d’autre part beaucoup de productions de richesses de firmes américaines sont réalisés grâce à la vente de ses produits. Sur ce point, prenons l’exemple de l’Iphone, le succès d’Apple n’est pas seulement américain.

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