Croisière en Polynésie : 2018, la meilleure année depuis plus de 20 ans

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Trois paquebots amarrés au Port de Papeete ©Port autonome de Papeete

En 2018, la Polynésie aura accueilli 33 650 touristes en croisières intrapolynésiennes et 55 399 excursionnistes en croisières transpacifiques, ce qui représente 436 541 nuitées dans l’ensemble des escales polynésiennes. En plein essor, le tourisme de croisière en Polynésie a enregistré sa meilleure année en 2018. Un dossier économique de Dominique Morvan, pour notre partenaire le magazine Dixit.  

De 2012 à 2018, le nombre annu el de passagers dans l’ensemble des escales polynésiennes a doublé. Il est à noter que les 5 premières îles en termes de fréquentation des croisiéristes sont les mêmes que pour la clientèle terrestre. Aussi les acteurs du secteur se sont attachés à élargir et diversifier l’éventail  des opérateurs et à travailler avec chacun à l’augmentation du nombre de touchées dans davantage d’îles d’escales.

Tahiti en « tête de ligne »

La politique de diversification et de multiplication des « têtes de ligne » (rotation complète de passagers à Papeete) continue de porter ses fruits, avec toujours davantage de compagnies. Aux côtés du Paul Gauguin (qui a fêté ses 20 ans d’opérations en 2018), du Wind Spirit ou de l’Aranui (qui croise depuis 34 ans dans les eaux polynésiennes avec le pavillon polynésien). Les compagnies internationales Océania, Ponant, Holland America Line et Lindblad-National Geographic, ont choisi Tahiti pour des itinéraires complets. Papeete est le 4ème port de tête de ligne français, toutes façades maritimes confondues, avec 130 têtes de ligne, 24 compagnies et 31 navires différents.

Le poids de la croisière dans l’économie polynésienne

Les retombées économiques directes estimées par le CEROM et le Tahiti Cruise Club en 2016 étaient de 12 milliards de Fcfp (100,8 millions d’euros), soit près de 25% de l’ensemble des retombées économiques du tourisme pour la destination. Elles prennent en compte les emplois directs embarqués, les retombées touristiques (tours, excursions, transports…), les opérations portuaires (frais de port, remorquages, agences, pilotage…), les approvisionnements (fuel, transbordement, produits frais, productions locales…). 40 % de ces retombées seraient dépensées directement à terre, lors des escales, auprès des commerçants, fournisseurs, transporteurs, prestataires d’activités, et artisans locaux.

Une nouvelle phase d’essor du secteur 

L’ouverture de nouvelles escales pose la question d’une croissance raisonnée. Il faut trouver le nombre moyen de passagers/escale permettant de s’assurer que les opérations sont dimensionnées à l’échelle du territoire et des différentes îles d’escales. Par-delà les problèmes structurels d’accueil, par-delà la diversité (et la qualité) des offres d’excursions, un travail d’information et de formation est nécessaire pour faire lever des réflexes protectionnistes qui apparaissent parfois.

Une mobilisation générale autour du secteur 

Depuis 2010, les professionnels locaux du secteur se sont réunis en créant le Tahiti Cruise Club, pour  participer à la stratégie de développement de la croisière menée par la collectivité. Une nouvelle phase d’essor du secteur a été lancée en août 2017 grâce à un comité de pilotage gouvernemental dédié à la croisière ; son objectif étant d’optimiser les retombées économiques.

Le Paul Gauguin, mis en service fin 1997 ©Paul Gauguin Cruise

Le Paul Gauguin, mis en service fin 1997 ©Paul Gauguin Cruise

De son côté, le Port de Papeete a entrepris les travaux pour la réalisation, d’ici 2022, d’un terminal de croisière, permettant de faciliter les opérations de têtes de ligne et d’optimiser l’expérience vécue par les passagers et les compagnies pendant l’unique escale urbaine polynésienne. De même, dans les différentes îles, la collectivité investit pour l’aménagement en infrastructures et équipements dédiés aux escales, pour faciliter et rendre plus confortable le débarquement à terre des passagers.

De nouveaux sites d’escales sont créés, le dernier sur la presqu’île de Tahiti en juillet 2018. L’objectif pour la compagnie Paul Gauguin est d’offrir de nouvelles escales à ses passagers et de faire découvrir la beauté de la Presqu’île peu connue des touristes. Aucun paquebot n’avait jeté l’ancre depuis 46 ans à Vairao, dont la population s’est activement préparée pour l’accueil et la proposition d’activités.

Élaboration d’une stratégie avec la région Pacifique

Depuis 2011, et à l’initiative de la Polynésie française, l’association régionale South Pacific Cruise Alliance permet aux destinations du Pacifique Sud insulaire, de coordonner et mutualiser leurs efforts à l’échelle régionale. Qu’il s’agisse d’harmoniser les pratiques et réglementations, de travailler à la différentiation des différentes escales des États et territoires insulaires polynésiens et mélanésiens, et d’avoir une approche concertée et commune auprès des armateurs, afin que chaque destination puisse progresser, il est nécessaire d’avoir une approche à l’échelle du bassin de navigation.

Depuis 2017, la stratégie polynésienne repose sur la consolidation et l’expansion de son positionnement comme tête de ligne majeure dans le Pacifique Sud, en complément des ports de Honolulu, Auckland et Suva.

Repenser la fiscalité

Le dispositif réglementaire de l’activité a été étalonné sur les pratiques instituées dans le monde depuis plus de 10 ans. La Taxe pour le développement de la croisière (TDC) a été votée à l’unanimité à l’Assemblée de la Polynésie française (Loi de Pays du 7 octobre 2010). La TDC représente une rentrée fiscale directe pour la collectivité de l’ordre de 95 à 120 millions de Fcfp/an (97 287 750 Fcfp, en 2016). Elle s’applique aux opérateurs de croisières et consiste en un forfait par passager et par escale touristique en Polynésie française:

•< 50 escales / an : 500 Fcfp / passager /escale

•50-249 escales / an : 200 Fcfp / passager /escale

•> 250 escales / an : 50 Fcfp / passager /escale

Ces taxes abondent le Fonds de Développement du tourisme de croisière, géré par le Service du Tourisme, qui permet des opérations sur les infrastructures d’accueil dans les îles (comme sur Moorea dans les deux baies) et une partie des opérations de promotion, réalisées par Tahiti Tourisme, ou de relations aux armateurs, par le Tahiti Cruise Club.

Une défiscalisation nationale sur les bateaux de croisière à remettre sur l’établi

En novembre 2018, l’Assemblée nationale a adopté un amendement qui étend les aides fiscales à l’investissement aux navires de croisière de moins de 400 passagers dans la zone économique exclusive (ZEE) des outre-mer. La députée Maina Sage avait déposé un amendement pour que ce dispositif puisse aussi s’appliquer aux navires naviguant parfois hors des ZEE ultramarines, citant le cas d’un investisseur polynésien (Aranui) qui prévoit, sur un bateau, « une croisière qui, deux fois par an, ira jusqu’aux îles Pitcairn ».

L'Aranui 5 est un cargo mixte : il transporte à la fois du fret et des passagers vers les îles Marquises ©Aranui 5

L’Aranui 5 est un cargo mixte : il transporte à la fois du fret et des passagers vers les îles Marquises ©Aranui 5

Si l’amendement n’a pas été retenu par les députés, Gérald Darmanin, ministre des Comptes publics, a assuré « que le bureau des agréments aura une interprétation souple du dispositif, afin qu’il profite aux Polynésiens et à l’économie polynésienne, et non aux pays qui entourent la Polynésie, dans un souci de bonne utilisation des fonds publics ». L’amendement voté par le gouvernement prévoit une aide fondée sur une assiette de 20% et un taux de 35%, soit une aide de 7 % du montant total de l’investissement.

Un impact environnemental à prendre au sérieux

Les médias internationaux dénoncent régulièrement la pollution provoquée dans les ports par les navires de croisière dont les moteurs fonctionnent en continue, même lors des escales, pour alimenter leurs infrastructures à l’image d’une petite ville (piscine, restaurants, cabine, etc.). Les acteurs du secteur s’efforcent de ne pas bouleverser les équilibres des différentes îles touchées, avec une démarche de conseil auprès des armateurs internationaux. La majorité des navires en activité sont de petites ou moyennes capacités (400 passagers en moyenne par escale en Polynésie française), leurs rejets atmosphériques sont donc en proportion assez faibles, et ce sont pour la quasi totalité des navires récents disposant de moyens de traitement des déchets à bord les plus modernes et efficaces.

La convention internationale pour la prévention de la pollution par les navires (MARPOL) régit la prévention de la pollution du milieu marin : pollution par les hydrocarbures, par les eaux usées, par les ordures, et pollution de l’atmosphère par les émissions d’oxyde de soufre et d’azote provenant des gaz d’échappement. Tous les navire s de croisières respectent cette loi et sont régulièrement contrôlés.

La collectivité définit peu à peu, île après île, des points et zones de mouillages pour les navires de + de 90m, en fonction de la nature du fond concerné, de sable ou de vase, afin de préserver les fonds coralliens. L’utilisation de pilotes maritimes permet également d’éviter les trains de houle éventuels qui peuvent affecter le littoral en limitant volontairement la vitesse des navires au sein des lagons et à proximité des côtes.

Le Paul Gauguin en chiffre :

166 cabines / 332 passagers

10 % de passagers « repeaters »

42 croisières par an en Polynésie française, depuis 1998 12 000 passagers par an

Chiffre d’affaires net annuel de 44 millions de dollars

227 membres d’équipage, une quinzaine de nationalités à bord

Les croisières 2018 : 6 croisières Cooks de 11 jours, 6 croisières Tuamotu de 10 jours, 3 croisières aux Marquises de 14 jours et 28 croisières Iles-sous-le-Vent de 7 jours Nouveauté 2018 : 5 escales à Vairao

 

L’Aranui en chiffre :

103 Cabines/254 passagers

+ 5 000 passagers/an

30 % de passagers « repeaters »

Nombre de membres d’équipage : 103

Longueur : 126 m – Largeur : 22 m

Tirant d’eau : 5,20 m – Vitessede croisière : 15 nœuds

Fret : 2 300 tonnes

Taux de remplissage en 2017 : 82 % 17 à 20 croisières/an

Nouveauté 2019 : 2 croisières Tuamotu / Gambier / Pitcairn / Australes

 

Les capacités réceptives par escale
En termes d’infrastructures et de capacités en activités touristiques :
•    3 îles peuvent opérer des navires de 1500 à + de 3 000 passagers dans des conditions acceptables : Tahiti, Raiatea et Bora Bora
•     4 îles peuvent recevoir des navires de 800 à 1 500 passagers : Moorea, Huahine, Rangiroa, Nuku Hiva
•12 îles peuvent accueillir des escales jusqu’à 800 passagers :Tahaa, Fakarava, Hiva Oa, Ua Pou…etc.
•En deçà de 300 passagers, ce sont en tout plus de 25 îles d’escales qui peuvent être concernées.

Dominique Morvan

 

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